Crise de l’Est : l’UNC craint le pire : non un Congo à genoux et pleurnichard !

Déjà auteur de deux « plans de sortie de crise » en République Démocratique du Congo, respectivement en 2007 et 2008, Vital Kamerhe, président national de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise), vient de se signaler avec un troisième plan de sortie de crise. Il a partagé sa nouvelle vision avec plusieurs de ses pairs de l’Opposition non armée, le vendredi 05 octobre 2012 à la paroisse Notre Dame de Fatima. Le prétexte choisi par cet ancien ministre et ancien président de l’Assemblée Nationale était la nouvelle guerre qui déchire la partie Est du pays depuis le mois d’avril de l’année en cours. Il s’est dit interpellé par un Congo à genoux et pleurnichard à longueur de journée, incapable de prendre en mains sa destinée et attendant qu’un miracle se produise pour lui apporter la paix. Plus le temps passe, et davantage l’Etat-Nation s’enlise dans la balkanisation de fait. Entre 1996 et 2012, plus de 8 millions de compatriotes ont déjà rejoint l’au-delà, soit le dixième de notre population. A ces pertes en vies humaines s’ajoute un manque à gagner en termes de milliards partis en fumée suite au pillage de nos minerais.

Cet acteur politique pense qu’il faut tout faire pour mettre un terme à l’inquiétant bilan des dégâts humains et matériels que cause l’insécurité récurrente au Nord-Kivu. Remontant à l’aube de l’indépendance, Vital Kamerhe constate que la RDCongo est le théâtre des guerres, rébellions, sécessions et crises politiques depuis plus de 50 ans, à cause des erreurs aussi bien de la communauté internationale que des Congolais eux-mêmes. A chaque étape de l’histoire nationale, le pays a souvent souffert d’un déficit de leadership.

Tel est le cas présentement. A propos du pouvoir actuel et de la nouvelle guerre de l’Est, l’ancien speaker de la Chambre basse du Parlement note que le pays est victime d’alliances contre nature avec le Rwanda et l’Ouganda pour une vaine lutte contre les FDLR et la LRA; de deux accords ambigüs passés avec le CNDP et les différents groupes armés présents au Nord Kivu; de la caution apportée au général Bosco Ntaganda pourtant éligible à la CPI (Cour Pénale Internationale); de la déliquescence de l’armée, etc. Politiquement, un leadership responsable nous fait défaut, notamment à cause du hold up électoral de 2011.

A la communauté internationale, à travers ses structures militaires supposées protéger les populations civiles congolaises, Vital Kamerhe reproche un attentisme qui donne des ailes aux mouvements rebelles et groupes armés, qui contrôlent des territoires de la RDC, massacrent, pillent et ont transformé l’insécurité en fond de commerce. Il en vient ainsi à mettre en doute les assurances de la Monusco d’empêcher le M23 de prendre la ville de Goma, d’autant qu’elle ne fait rien face aux conquêtes militaires de Sultani Makenga et ses hommes à travers le Nord-Kivu.
En somme, il brosse un sombre tableau de la situation sécuritaire du Nord-Kivu, dont les origines remontent aux années Mobutu, notamment avec l’arrivée massive des réfugiés Hutu rwandais en 1994, dans les rangs desquels s’étaient infiltrés des miliciens génocidaires Interhamwe et ex-FAR (Forces Armées du Rwanda) de feu Juvénal Habyarimana. Selon Kamerhe, l’erreur de Mobutu est d’avoir cru rentrer dans les bonnes grâces de l’Occident, en ouvrant les frontières de son pays à cette vague de réfugiés, contre l’avis du gouvernement Kengo et du Parlement (HCR-PT) alors que sa disqualification était irréversible avec la fin de la guerre froide Est-Ouest.

Le plan Kamerhe

Plusieurs pistes de sortie de crise sont explorées par Vital Kamerhe. Il pense, à cet effet, à une solution globale qui impliquant à la fois la normalisation des relations politiques, diplomatiques, économiques, humaines, culturelles, militaires, entre la RDC et ses voisins. «Paix pour tous» dans les Grands Lacs : tel est son credo. Cela devrait passer absolument par un dialogue franc et sincère entre Kinshasa et Kigali d’abord, ensuite entre Kinshasa, Kampala et Bujumbura.

Le président de l’UNC est de ceux qui croient que le pouvoir en place à Kinshasa ne devrait pas fermer la porte du dialogue au M23 ainsi qu’à la multitude de groupes armés qui écument l’Est du pays. A l’en croire, ce serait un secret de polichinelle que de signaler que des émissaires de Kinshasa et de ce mouvement rebelle ont déjà renoué le fil du dialogue à Kampala, autour du président ougandais Yoweri Museveni, président en exercice de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs).

Au plan politique interne, Vital Kamerhe préconise l’émergence d’une dynamique de « Vérité et Réconciliation » à la sud-africaine entre les délégués du pouvoir en place, de l’Opposition, du M23, des groupes armés et de la Société Civile. Les uns et les autres devraient passer au peigne fin ce qui les divise, recherche des points de convergence, se réconcilier du fond du cœur, se pardonner et demander pardon au peuple avant de repartir vers de nouveaux horizons.
Une vraie cohésion nationale suppose aussi, selon lui, la libération des prisonniers politiques (Chalupa, Kutino, Mokia), des gestes d’humilité de la part du Chef de l’Etat, Joseph Kabila qui pourrait improviser des visites surprises chez Etienne Tshisekedi et Monsengwo,  la sollicitation auprès de la CPI d’un acte de clémence en faveur de Jean-Pierre Bemba, la cessation de la traque de Roger Lumbala, Eugène Diomi et Antipas Mbusa, etc. Il rappelle, au président de la République, la décrispation politique obtenue en 2001 avec la réhabilitation de Masire comme Facilitateur du Dialogue InterCongolais et sa cohabitation avec Ruberwa, Bemba, Yerodia et Z’Ahidi sous le régime du 1+4.
Il en appelle aussi de tous ses vœux à l’organisation d’un débat national autour des causes profondes de l’insécurité que connaît l’Est du pays depuis deux décennies, de la vérité des urnes, de la mise en place de la Cour Constitutionnelle, de la restructuration de la CENI et du CSAC, de la bonne gouvernance, des droits de l’homme, de l’organisation prochaine des élections provinciales.

Quelles chances pour Kamerhe !

 

 

Même si certaines propositions de Vital Kamerhe sont sujettes à contestation, telle cette sorte de prime à accorder aux seigneurs de guerre à travers un processus peu clair de réconciliation nationale et de partage du pouvoir, l’homme a au moins le mérite de rappeler à tous nos compatriotes que la Nation est en péril et que le temps de la sauver du désastre nous est compté. Est-il possible, pourraient s’interroger d’aucuns, de construire une paix durable au Congo en faisant, comme à Sun City, la part belle à ceux qui massacrent des milliers des Congolais et dépouillent l’Etat de ses ressources naturelles ?
Un rapprochement entre Kinshasa, Kigali, Kampala et Bujumbura serait-il une voie de sortie de la crise, dès lors que des troupes étrangères se sont installées dans la durée dans la partie Est du pays et ne sont pas pressées d’en sortir ? La réconciliation avec le M23 ne serait-elle pas une nouvelle porte ouverte à l’infiltration de notre armée, de notre police et de nos services de sécurité à par des mercenaires étrangers, prompts à nous poignarder dans le dos à la première occasion?
Quant au débat national, il y a lieu de se montrer fort pessimiste quant à sa tenue, le dossier sécuritaire de l’Est étant privatisé par un club d’initiés, qui empêchent la communauté nationale de se l’approprier. Toutefois, le plan Kamerhe est là. Il appelle certainement un enrichissement pour éviter au pays l’hécatombe.             

Kimp

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