Crash de Kisangani : l’enquête piétine

Les mémoires de la quatre-vingtaine de morts enregistrés dans le crash d’un Boeing 727 de Hewa Bora Airways le 8 juillet 2011 à Kisangani courent le grand risque d’être versées au compte des pertes et profits de la République. En effet, le décor de l’oubli semble s’implanter progressivement avec le piétinement des travaux de la commission d’enquête instituée par le ministère des Transports et Voies de Communications.

Il nous revient de plusieurs sources aéronautiques que la composition de cette commission d’enquête porte en elle-même les germes d’un travail de nature à ne pas clarifier, comme il se doit, les causes réelles de cette catastrophe aérienne. L’on s’inquiète notamment de la trop nombreuse et inutile présence des fonctionnaires de différents services étatiques contre une minorité d’experts en aviation civile (pilotes, mécaniciens de bord, aiguilleurs du ciel, délégués des constructeurs, loadmasters, inspecteurs aéronautiques, pompiers, météorologues, spécialistes du droit aérien, etc).

Certains pensent même que le gonflement des effectifs de la commission d’enquête répond davantage à la chasse aux frais de mission et autres jetons de présence qu’au souci de la recherche de la vérité dans le crash de Kisangani. La recomposition de cette structure névralgique dans l’examen des témoignages et pièces en rapport avec le crash de l’avion de Hewa Bora Airways s’avère urgente.

Car, selon des informations en circulation dans les milieux des transporteurs aériens congolais, des mains invisibles seraient occupées à brouiller les pistes, de manière à donner de l’accident d’avion de Kisangani des conclusions n’ayant aucun rapport avec les défaillances techniques ou humaines ayant provoqué la mort de plus de 80 innocents.

Entre-temps, une folle rumeur fait état du retour précipité, vers les Etats-Unis, de deux sujets américains arrivés il y a une dizaine de jours à Kinshasa dans l’espoir de participer aux investigations et aux travaux de la commission d’enquête diligentée par le ministère des Transports et Voies de Communications. Il semble que les deux experts américains auraient été estomaqués de constater qu’ils étaient appelés à travailler aux côtés d’une flopée de néophytes ignorant les rudiments de l’aviation. Les représentants du Bureau National d’Enquêtes et Accidents et de la compagnie Boeing seraient repartis complètement déçus et peinés de la légèreté avec laquelle ceux qui ont la gestion du secteur de l’aviation civile en RDC traitent le dossier du crash de Kisangani.

Questions toujours sans réponses

Or, l’opinion congolaise attend toujours des réponses claires à plusieurs questions. Elle veut notamment savoir si le commandant de l’avion avait reçu des tours de contrôle de Kinshasa et de Kisangani les informations liées à la météo et plus précisément à l’orage survenu au moment de l’atterrissage et, surtout, s’il en avait tenu compte dans son plan de vol. Elle se demande aussi pourquoi l’équipage n’avait pas cherché un aéroport de secours, par exemple Buta ou Kindu, dès lors qu’un cadre de l’administration de Hewa Bora a soutenu dernièrement que le pilote avait pris une quantité suffisante de carburant au départ de Kinshasa.
Des questions liées à l’état technique du Boeing 727, que l’on dit avoir subi plusieurs transformations et même avoir atteint la limite d’âge, exigent d’être vidées. De même, l’équivoque mérite d’être levée au sujet de la disparition inexpliquée des supports contenant les derniers échanges entre la tour de contrôle de Kisangani et l’équipage. On doit également expliquer l’altération partielle de l’une des boîtes noires, cette banque de données étant reconnue comme capable de résister aux chaleurs les plus fortes et à l’humidité prolongée.                  

Kimp

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