CPI : lourdes charges contre Bosco Ntaganda

Mr Bosco Ntaganda during his initial appearance before the International Criminal Court on 26 March 2013 © ICC-CPIAprès avoir clamé son innocence lors de l’audience consacrée à son identification, il y a plus d’une année, l’ex-général Bosco Ntaganda peut à présent deviner le sort qu’il attend à la Cour Pénale Internationale. En effet, l’acte d’accusation décliné hier lundi 09 juin 2014 par les juges de cette juridiction internationale comporte 18 préventions. Il a été constaté que celles-ci s’articulent, pour l’essentiel, autour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commis dans son « jardin » de l’Ituri entre 2002 et 2003, à l’époque où il se faisait obéir au doigt et à l’œil, en sa qualité de chef incontesté des FPLC (Forces Patriotiques pour la Libération du Congo).

 On voit mal ce sujet rwando-congolais, qui a choisi de se défendre en kinyarwanda à la CPI, alors qu’il a toujours revendiqué la nationalité congolaise et qu’il était fiché comme Congolais dans les annales des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), échapper au couperet de la justice internationale. A l’image de ses devanciers Thomas Lubanga et Germain Katanga, déjà lourdement condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés dans ce même district de l’Ituri, il devrait s’attendre à passer un long séjour derrière les barreaux de la prison de La Haye.

Le passage en revue des préventions mises à sa charge ont de quoi faire trembler plus d’un humain : massacres des Lendu, viols des mineures par lui-meme et ses troupes, traitement de jeunes filles de moins de 15 ans en esclaves sexuelles, incendies des villages et des champs, épuration ethnique, recrutement d’enfants et leur utilisation dans un conflit armé, extorsions, etc.

A Kinshasa, Kigali et Kampala… ses parrains inquiets

 Le sort de Bosco Ntaganda semble d’ores et déjà scellé. Après une année d’anxieuse attente, ses parrains planqués à Kinshasa, Kigali et Kampala ont de quoi nourrir de vives inquiétudes. On se souvient que c’est depuis 2006 que le Procureur de la Cour Pénale Internationale avait lancé un mandat d’arrêt international contre lui, avant de le renouveler en 2012. Mais entre cette date et celle de sa reddition, en mars 2013, ce seigneur de guerre avait bénéficié de la protection de ses souteneurs.

Dans un premier temps, ce sont les autorités congolaises qui avaient refusé de procéder à son arrestation et de le remettre à la CPI. Ainsi, de 2006 à 2009, il faisait des navettes entre les territoires congolais, rwandais et ougandais, sous sa casquette de rebelle attaché à plusieurs forces négatives, avant d’apparaître comme le numéro un du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), après l’éviction de son ancien mentor, le général Laurent Nkundabatware.

En tant que chef militaire de cette force négative, il avait signé l’accord de paix du 23 mars 2009 avec un délégué du gouvernement congolais, au terme duquel il était intégré, avec ses hommes, dans l’armée nationale, avec le grade de général. Associé aux opérations de mixage entre les éléments du CNDP et des FARDC basés au Nord-Kivu, il était présenté, à un moment donné, comme un acteur incontournable pour le retour d’une paix durable à l’Est du pays.

Tombé en disgrâce après le déclenchement, en mai 2012, d’une nouvelle guerre à l’Est par le M23, qui était en réalité l’émanation du CNDP, il était activement recherché par les autorités de Kinshasa, décidées cette fois à le neutraliser et le transférer à La Haye. Mais, couvert par ses parrains rwandais et ougandais, il a pu vivre en clandestinité pendant une année, pour finalement jeter l’éponge en mars 2013, en se présentant à l’ambassade américaine de Kigali, en vue de son arrestation et son transfèrement à La Haye. Bosco Ntaganda n’a jamais dit de quel coin de la RDC, de l’Ouganda ou du Rwanda il était parti pour se retrouver, comme par enchantement, dans les locaux de l’ambassade américaine de Kigali.

On attend l’audience de confirmation des charges et plus tard son procès pour connaître ses soutiens politiques, militaires et financiers dans son aventure guerrière en Ituri. S’il craque et cite des noms, plusieurs personnalités congolaises, ougandaises et rwandaises pourraient le rejoindre, le moment venu, dans le box des accusés, comme c’est déjà le cas pour certains collaborateurs de Jean-Pierre Bemba.

                                                                                  Kimp

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