CPI : Germain Katanga jette l’éponge

Des jours après sa condamnation au mois de mai, alors qu’on attendait sa réaction dans le sens de se pourvoir en appel, pour solliciter la révision de l’arrêt lui infligeant 12 ans de prison, Germain Katanga a contre toute attente, laissé entendre en Hollande, qu’il acceptait cette décision de la Cour pénale internationale.  Une façon d’approuver les conclusions des juges de cette juridiction internationale, quant à son rôle pénal éminent dans la rébellion qui a secoué pendant des années, l’Est de la RDC.

Depuis qu’il a adopté ce profil bas, la Cour va considérer qu’il a déjà purgé une partie de la peine d’emprisonnement, durant la période de détention préventive. Cet aveu d’impuissance devait servir de leçons, à tous ceux qui se croient intouchables alors qu’ils traînent les préventions dans leur curriculum vitae.                        

Petits souverains dans les villages et territoires de la Province Orientale jadis sous leur contrôle, où ils se faisaient obéir au doigt et à l’œil, rebelles patentés qui ont su narguer le gouvernement central, et braver les forces armées de la RDC,  les quelques seigneurs de guerre de l’Est de la RDC, devenus aujourd’hui de simples prévenus dans les geôles de la CPI, à la suite des poursuites judiciaires lancées contre eux, sont réduits à leur plus simple expression. Tombés du piédestal, ils inspirent non pas la pitié, pour le sort leur infligé, mais la révolte pour les crimes innommables parsemant l’histoire douloureuse de la RDC écrite en lettres de sang.

Après Thomas Lubanga, la terreur de l’Ituri, qui s’en est tiré avec une condamnation de 14 ans de prison, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, c’est au tour de son alter ego, Germain Katanga, un autre seigneur de guerre ayant fait trembler pendant des années, des localités de la province Orientale, à subir la rigueur de la loi.

En effet, à l’issue d’une longue instruction juridictionnelle au cours de laquelle des victimes et des témoins s’étaient succédés pour appuyer les accusations du procureur près la CPI, Germain Katanga a été condamné à 12 ans de prison en mai dernier pour enrôlement des enfants mineurs, leur utilisation dans les conflits armés, et les violences et esclavage sexuels sur des femmes et des enfants. Ce seigneur de guerre, comme l’a reconnu la Cour pénale internationale, s’était également illustré dans le massacre dirigé contre les ethnies, en opposant les Hemas et les Lendus. Lors de ces affrontements ethniques, ses hommes ont torturé et même abattu sauvagement de paisibles citoyens opposés à leur autorité, procédant aux incendies des maisons dans certains villages, et au pillage et extorsions des biens des habitants.

Si pour certains observateurs, cette condamnation était moindre par rapport aux crimes perpétrés par Germain Katanga et ses hommes, des crimes de grande ampleur qui avaient transformé Ituri, dans la province Orientale, en un enfer où la mort était distribuée sans états d’âme particulier. On peut rappeler à cette occasion, les milliers de compatriotes qui s’étaient réfugiés en Ouganda pour échapper aux tueries sauvages, aux violences sexuelles  et à l’esclavage sexuel dont les séquelles marquent encore jusqu’à ce jour, le mental des victimes.

            D’autres estiment par contre, que ce seigneur de guerre doublé de tortionnaire invétéré n’a reçu que les sanctions qu’il méritait. Et ce, à la mesure des souffrances qu’il avait infligées aux paisibles populations du territoire de l’Ituri et de ceux du Nord-Kivu.

            Les analystes se réjouissent pour leur part, du signal fort lancé par la Cour pénale internationale, à d’autres seigneurs de guerre qui hument encore l’air empesté du Centre pénitencier de Scheveningen où la particularité est qu’il y a restriction totale des mouvements. Les détenus, comme partout ailleurs, sont soumis à un régime carcéral draconien propre à les dépouiller de leur carapace de petits souverains, des roitelets, voire des demi-dieux.

            Le même message de fermeté est lancé à l’endroit des autres seigneurs de guerre en herbe, les chefs miliciens Maï-Maï et les déserteurs de tous bords qui, tous continuent encore à semer la mort et la désolation comme dans des territoires conquis. Dans la province Orientale, il y a ces ADF et la LRA, les Mbororo, au Katanga dans le tristement célèbre «  Triangle de la mort », avec Gédéon Kyungu et les Maï-Maï Bakata Katanga. A Beni, ce sont les ADF qui multiplient des incursions. Dans le Rutshuru, il persiste des poches de rebellions alimentées par des infiltrations sporadiques.

            Tous ces seigneurs de guerre ont-ils bien capté le signal fort de la CPI leur adressé et qui devrait les assagir ? On le pense vivement.

Car, toutes ces condamnations aux peines d’emprisonnement et au paiement des dommages et intérêts aux centaines des victimes, ont la vertu de ramener sur terre, ces aigles qui volaient haut dans les cieux, et de restituer aux seigneurs de guerre, leurs propriétés des humains.

                                                                       J.R.T.   

Leave a Reply