Coupure du courant électrique à N’Djili-Aéro : le «Commandant» Ilunga calme l’opinion

800px-aeroport_international_de_ndjili_kinshasaL’aviation civile est considérée comme un secteur mythique dans l’opinion. Le commun des mortels qui n’est nullement outillé en la matière, n’y prête que très peu d’attention et se trouve à la merci de n’importe quel discours.

            Il y a quelques jours, une nouvelle a défrayé la chronique à Kinshasa. Les médias écrits et audiovisuels en ont fait leurs choux gras, jusqu’à se perdre parfois dans des commentaires alarmants, aux antipodes des réalités vécues dans le transport aérien international. L’on se souviendra qu’un aéronef exploitant la liaison Paris-Kinshasa n’a pas pu se poser à l’heure sur la piste de l’aéroport international de N’Djili alors qu’il amorçait l’ultime phase pour son atterrissage. Suite à la brusque rupture de la fourniture d’électricité ayant plongé tout l’aéroport dans une profonde obscurité, en ce compris les balises, le pilote a dû remettre les gaz pour se placer en holding. C’est-à-dire, se positionner dans la zone d’attente de l’aéroport jusqu’à l’amélioration des conditions d’éclairage et de visibilité.

            Quelque temps plus tard, ce gros porteur a pu se poser sans encombre. Les professionnels du métier ne se sont pas agités outre mesure. Cependant, beaucoup de profanes ont subi un choc émotionnel si fort qu’ils se sont mis à tirer à boulets rouges sur les responsables de la Régie des Voies Aériennes (RVA).

Groupe électrogène de secours

            Suivant les directives de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’aéroport international de N’Djili est doté de puissants groupes électrogènes capables d’entrer automatiquement en action pour suppléer la moindre défaillance de la fourniture en courant électrique.

            Lors de la phase critique de l’atterrissage de l’aéronef battant pavillon français, ce mécanisme n’a pas fonctionné correctement, causant ainsi l’émoi dans les rangs des personnes qui attendaient au sol pendant que les passagers à bord ne se doutaient de rien.

            De tels incidents pouvant conduire à des catastrophes, sont-ils uniquement le lot des aéroports de la RDC ? Nous avons approché un aviateur chevronné en la personne du commandant Ilunga Mikanda, ancien pilote DC-10 de renom d’Air Zaïre, pour éclairer notre lanterne.

Formation de base des pilotes

            Cette icône de l’aviation civile commerciale en RDC, avec plus de 20.000 heures de vol, a indiqué que ce genre d’incidents peut subvenir dans n’importe quel aéroport de cinq continents pour diverses raisons. Au cours de sa longue carrière, il en a été confronté plusieurs fois.

            Le commandant Ilunga confirme que pour des raisons évidentes de sûreté et de sécurité, tout aéroport (surtout international ouvert 24 heures sur 24) doit être équipé de puissants groupes électrogènes de secours, dont la mise en route doit être effective en quelques secondes, pour parer à toute éventualité.

            Les pilotes apprennent cela dans les cours de base. Ce genre d’incidents est du reste plusieurs fois reproduit au simulateur des vols pour permettre au pilote de se familiariser et d’avoir une prompte réaction de manière à garder la maîtrise des commandes de l’avion.

Carburant en quantité suffisante pour la diversion

            Le commandant Ilunga insiste sur le fait que tout pilote lors de l’établissement de son plan de vol, veille à ce que l’aéronef puisse disposer dans ses réservoirs d’une quantité suffisante de carburant pour couvrir la liaison desservie, à laquelle s’ajoute un autre volume de JP1 pour le holding et surtout pour atteindre l’aéroport de diversion en cas de problème majeur à l’escale de destination.

            En clair, aux dires de cet ancien pilote de ligne, un avion qui opère par exemple sur la ligne Paris-Kinshasa, doit emporter suffisamment de carburant pour atteindre Kinshasa. En cas d’événements impromptus (ex. corps étrangers sur la piste, mauvais temps, incendie, guerre, fermeture des frontières, non fonctionnement des balises la nuit, etc.), le carburant mis à bord doit permettre à l’aéronef d’atteindre Luanda, Franceville ou une autre escale proche bien équipée comme point de diversion.

            S’agissant d’une coupure brusque d’électricité au stade final pour l’atterrissage, si l’avion se trouve à plus de 50 mètres du sol, le pilote remet tout simplement la puissance aux moteurs pour reprendre de l’altitude et se placer dans la zone d’attente. Au bout de dix minutes, si la situation ne se décante pas, le pilote appelle l’aéroport de diversion pour aller s’y poser.

Jean Ntela Nkanga (CP)

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