Côte d’Ivoire : vers une seconde guerre civile ?

Va-t-on revivre la malheureuse expérience de l’an 2.000 ? Celle-là même qui avait été particulièrement caractérisée par la victoire de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle mais que le général Robert Guéi avait confisquée par la force. Ce dernier, on le rappelle, avait fait un coup d’Etat ayant abouti au renversement du président Henri KONAN Bédié avant de promettre une transition censée aboutir à un régime démocratique à l’issue des élections libres, transparentes et démocratiques. Mais hélas ! Il prit goût au pouvoir jusqu’à confisquer la victoire de celui que le peuple ivoirien avait plébiscité. Jouissant cependant d’une forte  popularité acquise pendant son long combat contre le régime de Félix Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo recourut à la rue en déclenchat une lutte révolutionnaire qui se termina dans le sang par l’exécution du général Robert Guéï et les membres de sa famille biologique. 

Confusion totale 

            Si les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire avaient été acceptés par tous les candidats malheureux, dont particulièrement l’ancien président de la République Henri KONAN Bédié, ceux du deuxième tour sont teintés du sang avec une recrudescence des actes de violence physique et des tueries dans les deux camps protagonistes ; à savoir d’un côté celui du président sortant Laurent Gbagbo et de l’autre celui de la coalition des Houphouëtistes rassemblant les partisans d’Alassane Dramane Ouattara et ceux d’Henri KONAN Bédié.

            La tension était perceptible déjà pendant la campagne électorale même si le face-à-face entre les deux candidats à la magistrature suprême avait été remarquable et jovial. Mais dans l’ombre, les gens aiguisaient leurs couteaux en attendant le grand jour, à savoir celui de la proclamation des résultats provisoires par le bureau de la commission électorale indépendante.

            Cette commission disposait de 72 heures après le deuxième tour de l’élection pour proclamer les résultats provisoires en attendant la sanction définitive et sans appel du Conseil Constitutionnel. Hélas, le jour prévu pour cette proclamation à savoir le mercredi dernier, deux membres de la commission électorale indépendante se réclamant proches de Laurent Gbagbo empêchèrent le porte-parole de cette institution de procéder à la proclamation des résultats. Face aux caméras du monde entier, ils arrachèrent de force des mains du porte-parole les documents contenant ces résultats tant attendus avant de les déchirer publiquement.

            C’est donc hier vers 16 h 30 que le président de la Commission électorale indépendante, Youssouf BAKAYOKO, s’est déporté jusqu’à l’hôtel du Golfe à Abidjan pour proclamer les résultats provisoires. C’est donc Alassane Dramane Ouattara qui l’emporte avec 54,1 % sur Laurent GBAGBO qui totalise 45,9 % des suffrages exprimés. 

            Cependant, une heure plus tôt, le Conseil Constitutionnel avait fait savoir qu’il avait adressé une lettre à la commission électorale indépendante pour lui demander de lui transmettre les documents relatifs au deuxième tour de ce scrutin en précisant que le délai de 72 heures avait été largement dépassé.           

Vers une autre guerre civile ?

            Tous les ingrédients du cocktail sont donc réunis pour une nouvelle déflagration, a indiqué un observateur de la scène ivoirienne. Ceux qui espéraient que cette élection attendue depuis plus de cinq ans allaient aboutir à une réconciliation nationale doivent déchanter. C’est tout le contraire qui se dessine à l’horizon. Sauf sursaut d’orgueil et de nationalisme dans les deux camps antagonistes, tout porte à croire que la Côte d’ivoire va plonger dans une nouvelle guerre civile de légitimité. Espérons que les puissances internationales qui avaient déjà lancé des appels au calme vont user de tous les artifices diplomatiques pour ramener les deux camps à la raison. Sinon, cette sous-région va subir des remous de ce nouveau conflit sanglant. 

Le pavé du Conseil Constitutionnel 

            Le Conseil Constitutionnel s’est manifesté à son tour hier dans la soirée, en décrétant l’invalidation des résultats provisoires livrés par la Commission Electorale Indépendante. Son Président a indiqué que la CEI n’était plus compétente pour se prononcer sur les résultats de lélection présidentielle, après l’expiration du délai légal de 72 heures lui imparti.

            Le Conseil Constitutionnel s’est donné quatre jours pour proclamer les résultats définitifs du scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire.

                                 Castro

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