Contrôle technique des automobiles : Kinshasa menacé de paralysie

controle techAnnoncé plusieurs fois mais toujours reporté à une date ultérieure, le contrôle technique des automobiles de tourisme et de transport en commun a finalement démarré hier au niveau de l’arrêt des bus dit de l’Université Pédagogique Nationale à Binza. Il va se poursuivre à travers d’autres communes de la capitale, a-t-on appris. Des agents de la Police de Roulage en tenue ont envahi très tôt ce site et sans crier gare, ils se sont mis à boucler les voies conduisant vers cet arrêt important des bus en provenance du Centre-Ville via Kintambo, Bandal, Selembao, Mont-Ngafula et la Province du Bas-Congo via Benseke-Futi. Surpris par ce contrôle des documents de bord, notamment le permis de conduire, la carte rose et celle de l’assurance, les conducteurs des autobus de transport ont été les plus sollicités, surtout ceux communément appelés « esprit de mort », entendez les bus de marque Mercédès qui assurent le transport des personnes et leurs biens vers toutes les directions de la capitale depuis quelque temps. Ce contrôle est allé loin jusqu’à la peinture des véhicules, l’état des pneus, des freins, des phares et autres clignotants, bref un véritable contrôle technique jamais observé dans la mégapole de Kinshasa.

Trop d’impôts

            Dès le lancement de ce contrôle, les usagers de la route avaient des avis partagés à cet effet. Tout en saluant cette initiative pour le moins louable, d’aucuns étaient d’avis que la facture était fort élevée par rapport au pouvoir d’achat des usagers à cause de la modicité des recettes récoltées à la fin de l’exercice mensuel. Il est de notoriété publique que les propriétaires des autobus de transport en commun résistent souvent à payer les taxes relatives au secteur des transports en commun, notamment les certificats d’assurances, les autorisations de circuler, les attestations de contrôle technique, les cotisations syndicales et professionnelles, bref tout document indispensable pour être autorisé à exploiter ce secteur si vital pour la ville. Ainsi, il a été constaté que très peu de propriétaires de ces véhicules de transport en commun pourraient délier leur bourse pour s’acquitter de cette obligation des pouvoirs publics comme cela se fait partout ailleurs. A cause du taux exorbitant qui est fixé à l’équivalent en Francs congolais de la somme de 150 dollars Us par véhicule. Etant donné qu’outre le salaire du conducteur, les propriétaires des autobus de transport en commun doivent prévoir des frais d’entretien et de maintenance, notamment l’achat des pièces de rechange et taxes du parking.

            Connaissant la boulimie des agents de la Police de Roulage, les usagers s’attendent à des tracasseries quotidiennes. Que des fois, les autorités sécuritaires, administratives et politiques n’ont-elles pas sonné la sonnette d’alarme pour dénoncer les tracasseries policières sur les routes de la capitale ! Déjà hier, les Kinois habitant dans les quartiers des communes fort éloignées du centre de la ville ont été contraints à la «ligne 11» ou la marche à pieds pour rejoindre leurs lieux de travail ou pour casser leur caillou.

Trop d’impôt tuent

l’impôt

            Il s’observe de plus en plus une tendance à multiplier les taxes dans le but de renflouer les caisses du trésor public. Il se fait cependant que la multiplication des taxes se butte à une difficulté de taille, à savoir la modicité du pouvoir d’achat dès lors que 85 % des Congolais en âge de travailler vivent de l’informel. D’où la difficulté de les identifier pour les atteindre et les contraindre ainsi à s’acquitter de leur devoir civique. Un principe cher en droit fiscal indiquent que trop d’impôts tue l’impôt et que par voie de conséquence, il est conseillé de réduire les taxes pour élargir l’assiette fiscale. Ainsi, les frais exorbitants de ce contrôle technique des automobiles sont venus surtout alourdir le taux d’imposition à charge du contribuable moyen. Ce qui se répercute inévitablement sur le prix de revient en diminuant du coup le pouvoir d’achat du citoyen moyen.

            Cette initiative d’instaurer le contrôle technique des véhicules de toutes les catégories avait été saluée par tous les usagers comme un signal pour la sécurité et la protection des passagers, des piétons et des conducteurs eux-mêmes. Cependant, force est de constater qu’il ne se passe pas une journée sans que les pouvoirs publics n’inventent une nouvelle taxe ayant comme conséquence d’asphyxier davantage les contribuables au pouvoir d’achat très modeste.

            On rappelle à ce sujet que le prix d’un billet d’avion pour aller de Kinshasa vers Bukavu est plus cher que celui devant relier la capitale et Johannesburg. A cause de la structure des prix du carburant qui contient des taxes exorbitantes et inutiles. De sorte que le kilo de viande et d’autres produits vivriers produits dans le Masisi ou ailleurs dans les territoires de l’Est revient aussi cher que celui des mêmes produits importés des pays de l’Europe, d’Asie et d’Amérique.

            C’est ainsi que les propriétaires des véhicules de transport en commun et des taxis seront emmenés à revisiter les prix des billets comme cela se fait dans le transport aérien, a indiqué au Phare un expert dans ce secteur. Autant des raisons qui militent en faveur de la révision à la baisse de la taxe de ce contrôle technique des véhicules et autres engins roulant. Une autre inquiétude observée viendrait de l’opacité de l’identité des gérants de cette société chargée de ce contrôle technique. Des sources généralement bien informées signalent que cette société serait la propriété de certains hauts responsables administratifs et politiques du pays. Ce qui leur accorde le statut de juge et partie à la fois. En clair, l’on se trouverait ainsi en face d’une concurrence déloyale.               Castro

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