Contrainte de repartir sur Kampala : la RDC au pied du mur

L’annonce de l’arrivée de la Brigade Spéciale d’Intervention de l’ONU pour traquer les forces négatives dont particulièrement le M23 avait été saluée comme le début de la résolution de la crise armée qui sévit dans les territoires de l’Est de la République.

Mais au regard des déclarations tenues au cours de la dernière semaine, aussi bien par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon que par  le Tanzanien Jakaya Kikwete, il est apparu que les Congolais n’avaient vu jusqu’ici qu’une seule face de l’iceberg. La brigade internationale d’intervention n’arrive pas sur notre territoire pour combattre le M23. Bien au contraire. Le M23 est désormais considéré par l’ONU comme une partie de la solution alors que du point de vu congolais, il est le problème.

            C’est à Kigali et au lendemain de ses entretiens avec Paul KAGAME, que Ban Ki Moon a souligné que  que la crise de l’Est doit se résoudre par le dialogue entre le gouvernement congolais et le M23. Autrement dit, il lançait un appel pressant à Kinshasa et aux plénipotentiaires de ce mouvement politico-militaire pour reprendre le chemin des négociations de Kampala. Une douche froide pour le camp de ceux qui avaient crié trop vite victoire et qui se sont finalement rendus à l’évidence que ce sont les thèses du Rwanda qui sont prises en compte par la communauté internationale.

            Alors que l’on n’avait pas encore séché les larmes de cet échec, voilà qu’un chef d’Etat du pays qui fait partie de ceux qui vont envoyer des contingents militaires pour cette brigade spéciale, en l’occurrence la Tanzanie monte au créneau pour reprendre la même position. Laquelle renferme une variante : tout en se ralliant à la position de la communauté internationale articulée par Ban Kii-MOON, le chef d’Etat tanzanien vient de jeter un pavé dans la marre en proposant aux deux autres Etats impliqués dans ce conflit armé, notamment le Rwanda et l’Ouganda, de souscrire à l’ouverture d’un dialogue politique avec les autres forces négatives qui sèment la mort, la désolation et les viols sur le territoire congolais. Il s’agit des FDLR et des éléments de l’ADF-NALU de l’insaisissable et indécrottable John KONYI, qui eux opèrent en Centrafrique, en RDC et au Sud Soudan.

            A cette proposition, Yoweri Museveni a réagi d’une seule phrase : «On discute avec ceux qui veulent discuter et on isole les autres». Le problème, c’est que Museveni n’a jamais fait la moindre offre de dialogue à son opposition armée. Et l’isolement dont il parle est celui de la guère qu’il mène directement ou par procuration sur les territoires de ses voisins. Question : comment peut-on jouer honnêtement le rôle de médiateur dans un autre pays quand on ignore tout des vertus d’un dialogue dans son propre pays ?  Et quelle confiance peut-on faire à un tel médiateur dans le cas comme celui de la RD Congo ?

            Si Museveni isole, Kagame, lui, mène une guerre éternelle au nom de la prévention contre toute vélléité de parachever  le génocide de 1994 dans le chef des FDLR. Louise Mishikwabo, sa ministre des Affaires étrangères s’est chargée de rejeter  la proposition tanzanienne sur un ton méprisant : «Ce sont des propos aberrants», a-t-elle déclaré sur un ton qui n’appellait aucune réplique.

Urgence et nécessité d’un débat national  

            Si la communauté internationale par la bouche de Ban Kii-MOON et du président tanzanien Jakaya KIKWETE insiste pour la relance des négociations de Kampala, c’est qu’elle détient des éléments du dossier rendant inévitable et incontournable cette démarche. De quels éléments dispose cette communauté internationale pour contraindre la RDC à se mettre autour d’une table avec une force déclarée négative par la résolution 2098 du Conseil de Sécurité ? C’est probablement dans cette logique que M. Jakaya KIKWETE a pris la balle au bond pour lancer le même appel à Kigali et Kampala à ouvrir des négociations politiques avec les FDLR et l’ADF- NALU, considérés aussi à l’instar des FDLR  comme des forces négatives.

            Pour ne pas surprendre l’opinion nationale par des décisions politiques de nature à semer le doute et la suspicion dans les esprits, de nombreux observateurs estiment à juste titre l’urgence et la nécessité d’un dialogue national inclusif et sans tabou. On rappelle qu’au lendemain de la suspension des négociations de Kampala par le M23, le ministre Rd congolais Raymond TSHIBANDA avait été convié à une question orale au niveau de la chambre basse du parlement. Ses réponses avaient laissé un arrière-goût amer dans la salle pour n’avoir pas dissipé les craintes exprimées quant à ce projet d’accord présenté par le M23 et dont les 23 articles sur les 26 ne concernaient que le gouvernement congolais. Un débat escamoté, aux dires de nombreux parlementaires qui voudraient voir cette question débattue dans un cadre plus élargi et plus serein.  De sorte à intéresser le commun des mortels.

Respecter l’opinion interne

            Pour les observateurs, les concertations politiques tant vantées devraient se pencher particulièrement sur cette question avant que les plénipotentiaires de Kinshasa ne reprennent le chemin de Kampala. Et si ces concertations ne peuvent se tenir dans des délais compatibles avec les exigences de la situation de l’Est, il est souhaitable qu’un vrai débat public s’engage au niveau du Parlement avec une parole libérée, de manière à permettre à la repérsentation nationale de maîtriser les tenants et les aboutissants du dossier en discussion et particulièrement de la proposition d’accord dont les fuites avaient déjà été publiées par la presse sans susciter la moindre réaction des officiels congolais.  Il est temps que Kinshasa tienne compte dans ses engagements extérieurs du point de vu de son opinion interne. Après tout, ceux qui dirigent le font au nom de cette opinion et non à titre privé.

FM

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