Constitution : la 2me mi-temps a commencé

 

Il y a à peine 48 heures, Vital Kamerhe, président national de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), a animé un point de presse au cours duquel il a lancé, entre autres messages, celui exhortant chaque leader de l’opposition à initier une pétition et à collecter à cette fin 100.000 signatures en vue d’obtenir une révision de la Constitution révisée du 14 au 15 janvier 2011 au Palais du Peuple, par le Parlement réuni en congrès. L’appel du numéro un de l’UNC a visiblement porté car la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, semble avoir décidé de se porter en première ligne en vue de pousser le Parlement congolais à se retrouver de nouveau en « Congrès », à une échéance toute proche.

On apprend à cet effet que des Jeunes Patriotes de FURU, dans la ville de Butembo, font circuler, depuis le dernier week-end une pétition dont l’objectif affirmé est de réunir rapidement 100.000 signatures à canaliser vers le Parlement en vue de contraindre celui-ci à réexaminer les dispositions de la Constitution fraîchement retouchées par les députés et sénateurs de l’AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle).

A en croire des sources indépendantes, la structure que l’on a coutume de désigner sous le vocable de « Parlement de Furu » est devenue le point focal des milliers des jeunes de la ville de Butembo, tous opposés à la récente révision constitutionnelle et décidés à remettre en selle le texte adopté en 2005 par référendum et promulgué par le Président de la République le 18 février 2006. Ils revendiquent, à cet effet, leur statut de « garants » de la Constitution pour s’opposer énergiquement à toute modification de fond ou de forme de son contenu.

Les jeunes pétitionnaires soutiennent que l’initiative de la famille politique du Chef de l’Etat de charcuter la « Loi fondamentale » de la République cacherait le refus de l’alternance politique alors que les animateurs des institutions actuelles n’ont pas répondu aux attentes des populations de l’Est face aux défis de l’insécurité, de la misère, de la porosité des frontières nationales, de l’absence de l’autorité de l’Etat, des violences sexuelles et autres, du pillage des ressources naturelles, etc.

La pétition ainsi lancée se veut annonciatrice de ce que des analystes politiques perçoivent déjà comme le début de la « 2me mi-temps » d’un match qui risque d’aller jusqu’aux prolongations et aux tirs au but, tant des pétitionnaires potentiels sont annoncés aux quatre coins de la République. D’aucuns pensent que l’AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle) a bouclé la 1ère mi-temps lors de son Congrès organisé en 48 heures au Palais du Peuple. La partie, quant à elle, est loin de se terminer.

Les « anti » révision de la Constitution s’échauffent un peu partout, en prévision de leur retour sur le terrain. Partis politiques, organisations de la Société Civile et communautés religieuses, échaudés par le passage en force de l’AMP, préparent la contre-attaque. Un acteur politique a commenté, non sans ironie, que le pays est parti pour une série interminable de révisions constitutionnelles. Car, à chaque mécontentement des pans entiers de la société congolaise face à une ou plusieurs nouvelles dispositions constitutionnelles pourraient correspondre une ou plusieurs pétitions.

Il est à espérer que les Parlementaires congolais sont attentifs au feedback négatif que produit au sein de l’opinion, leur travail de toilettage de la Constitution de 2006, sans s’être au préalable assurés de l’adhésion du grand nombre à leur démarche. Le fait que le camp du refus se soit transporté jusque dans la lointaine ville de Butembo est fort indicatif des sentiments de déception de nombreux compatriotes face à ce qui s’est passé le dernier week-end au Palais du Peuple. L’image des députés obligés de sortir des biceps pour imposer ou rejeter la révision constitutionnelle est restée gravée dans la mémoire collective comme le signal de la grande fracture entre Congolais par rapport à leur patrimoine commun qu’est la Constitution.

Jacques Kimpozo

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