Constant Omari face à un défi colossal

C’est une performance notable que Constant Omari, président de la Fédération congolaise de football association (FECOFA) vient de réaliser en obtenant la confiance de ses pairs d’Afrique centrale d’abord et de l’ensemble des délégués africains ensuite pour siéger désormais  au Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) en qualité de représentant de la zone Centre du continent.

 

La RDCongo, on s’en souvient, n’était plus arrivée à siéger à ce niveau du football continental depuis le départ du regretté Tambwe Musangelu, un homme qui avait servi le football pendant toute sa vie aussi bien au plan national que continental. Et on sait que c’est le même Tambwe qui avait continué à défendre notre pays pendant des années alors même qu’il n’assumait plus la moindre charge au niveau de la fédération et qu’il était farouchement combattu par des Congolais incapables de faire la part des choses entre les ambitions individuelles et l’intérêt collectif.

    Tambwe Musangelu décédé, il a fallu attendre plusieurs années pour voir un autre Congolais lui succéder.  L’événement s’est déroulé au Soudan, en marge du CHAN 2011 dont la finale oppose ce vendredi la Tunisie à l’Angola. Intervenue au lendemain de l’élimination de l’équipe nationale Les Léopards, l’élection de Constant Omari doit être considérée comme un challenge pour ce dernier, qui doit placer son mandat sous le signe du développement intégré du football dans notre pays.

A la suite de la défaite des Léopards face aux Tunisiens, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer des têtes. La question, malheureusement, paraît mal posée car elle ne va pas à la source de nos problèmes. Pourquoi le football congolais va-t-il mal ? Pourquoi sommes-nous constamment absents des compétitions qui préparent l’avenir ? Pourquoi sommes-nous incapables d’organiser de grandes compétitions internationales ?

    Poser ces questions, c’est en même temps mettre le doigt dans les différentes plaies qui empêchent notre pays de regarder en direction de la vraie grandeur. Ceux qui connaissent l’histoire réelle de notre football se souviennent que le football congolais se portait bien quand il n’était pas pris pour cible par l’industrie du bâtiment. Aujourd’hui, tous les espaces verts, tous les terrains de football ont été pris d’assaut par les nouveaux riches qui y érigent des bâtiments de plusieurs étages, étouffant les gens du voisinage, et mettant fin au développement du sport scolaire et des championnats intercommunaux.

    Bien plus, les écoles disposant d’infrastructures sportives sont amputées de tous les espaces permettant l’exercice d’activités sportives. Le plus grand scandale en la matière, tout Kinshasa le sait,  a été signé à l’ex-Athénée de Kalina (actuel Institut de la Gombe) où des dirigeants politiques parfaitement irresponsables sont allés jusqu’à autoriser la construction d’un hôtel d’une dizaine d’étages dans la cour même de l’école.  L’Ong SOS Kinshasa qui est très branchée sur les questions de perdition scolaire dans la capitale a beau dénoncer ces actes de barbarie morale et exiger la restauration des droits des écoles, il ne se trouve toujours personne pour l’écouter. Même pas du côté de différents parlements, aussi bien national que provinciaux. Le sort de la jeunesse reste le cadet de leurs soucis même si, bientôt, les différents honorables vont sillonner les quatre coins de nos provinces pour nous bercer les oreilles avec des nouvelles chansons en vue d’extorquer les suffrages d’un peuple toujours abandonné.

Privé de l’oxygène en provenance des écoles et des collectivités locales, le football congolais ne sait plus où donner de la tête, et ses clubs, faute d’organisation interne, sont aujourd’hui poussés à faire des recrutements à l’étranger pour se maintenir à niveau. Résultat : l’équipe nationale locale ne peut compter sur du sang neuf. Ce sont les mêmes têtes qui reviennent constamment quand bien même elles ont irrémédiablement vieilli. Au CHAN, il s’est trouvé des gens pour crier « Fécofa dégage » en écho au slogan qui conduit actuellement à la défenestration de moult dictateurs d’Afrique et du monde arabe. Et pourtant, la question est ailleurs. En l’absence du renouvellement des effectifs pour des raisons sus-évoquées, que faire avec des joueurs âgés et dont les jambes ne répondent plus aux exigences physiques des nouvelles compétitions ? 

    Constant Omari qui vient de monter de pallier dans l’échelle du football au niveau du continent doit trouver une réponse  cohérente à cette question en élaborant un plan de bataille qui tienne compte de l’organisation à la base, dans les écoles, les collectivités locales, les communes ainsi que les territoires. L’objectif n’est pas d’obtenir des résultats dans l’immédiat, mais plutôt de travailler sur la durée, en comptant sur la contribution de tous au niveau des différentes provinces.

LP

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