Conditions sociales et salariales : les médecins renvoient l’ascenseur à Muzito

Le Comité Exécutif du Syndicat National des Médecins (Synamed), conduit par son Secrétaire Général, Dr Mankoy, s’est signalé hier lundi 30 mai 2011 au cabinet de travail du Premier ministre, Adolphe Muzito. Contrairement au décor de ces derniers mois, où les porteurs des revendications sociales et salariales du secteur public ont pris l’habitude d’arpenter les couloirs de la Primature, ce n’était ni pour déposer un préavis de grève, ni un cahier de charges.

Il a été donné d’apprendre que les syndicalistes des « blouses blanches » se sont annoncés à la Primature pour exprimer leur gratitude au Chef de l’Etat, Joseph Kabila, et au Chef du gouvernement, pour avoir respecté les engagements pris depuis 2008. Ils se sont particulièrement réjouis de l’exécution progressive mais sans faille, de l’accord signé entre les deux parties en 2010 en vue l’amélioration des conditions socio-professionnelles de leurs affiliés. En trois ans, ont-ils noté, la grille barémique des salaires des médecins a connu des ajustements notables dans le sens de la hausse.

S’adressant aux médias, Dr Mankoy n’a pas fait mystère des sentiments de joie qui habitent tous les membres de la corporation médicale : « Nous avons apprécié à juste titre l’adhésion du Gouvernement à nos préoccupations, à la suite de toutes les vagues de protestations et revendications diverses visant une vie meilleure. C’est pourquoi nous estimons qu’il est un devoir de reconnaissance de rencontrer l’autorité et la remercier de vive voix pour la manifestation de sa volonté politique en notre faveur, notamment pour avoir tenu ses engagements de relever les salaires des médecins, en partant du médecin débutant, qui est en mesure de se prendre en charge dès le premier jour de son engagement professionnel ».
Il a par la même occasion demandé à Adolphe Muzito d’être leur interprète auprès du Chef de l’Etat et de lui faire part de leur totale satisfaction pour avoir traduit en actes sa volonté politique d’améliorer le statut social et professionnel des médecins.

Retour des médecins du secteur privé vers le public

Le Secrétaire Général du Synamed a révélé que depuis le début de cette année, il est constaté un mouvement de retour progressif des médecins qui prestaient dans le privé vers le secteur public. Le même phénomène est observé chez les médecins congolais partis en « exil » à l’étranger voici des mois et des années, notamment en Afrique du Sud. Il s’agit certainement des retombées positives de la nouvelle politique salariale et sociale du gouvernement en direction des médecins affectés dans les formations hospitalières publiques. Dr Mankoy a émis le vœu de voir le gouvernement se montrer continuellement attentif aux préoccupations socio-professionnelles des médecins, de manière à casser l’exode des cerveaux vers le secteur privé ou les pays étrangers.

Il convient de signaler que la rencontre entre Adolphe Muzito et la délégation du Syndicat National des Médecins s’est déroulée en présence des membres de son cabinet ainsi que du ministre de la Santé, Dr Victor Makweng Kaput. Selon les statistiques officielles, 5.000 médecins opèrent au sein de l’Administration publique congolaise.

Oublié le cauchemar du passé

En 2008, 2009 et 2010, avant que le gouvernement et les médecins ne concluent la paix des braves, les hopitaux et dispensaires de l’Etat offraient régulièrement le spectacle désolant de malades abandonnés à la merci des infirmiers et autres personnels paramédicaux, tout simplement parce qu’ils étaient désertés par les médecins, mécontents de travailler pour des prunes. Parmi les premiers dossiers sociaux que le Premier Ministre  a trouvés sur sa table, après son investiture en novembre 2008, il y avait celui des revendications sociales et salariales des médecins. Les dégâts matériels et humains consécutifs aux arrêts répétés de travail chez les médecins faisaient peur à tout le monde. Des cris d’indignation fusaient de partout pour exhorter le gouvernement à arrêter la spirale des morts dans les hôpitaux publics.

Au début de l’année 2009, Adolphe Muzito avait dû faire le tour de plusieurs formations médicales de Kinshasa – Cliniques Universitaires de Kinshasa, Hôpital Général de Référence de Kinshasa, Clinique Ngaliema, Centre Neuropsychopatologique du Mont Ambz – pour tâter lui-même du doigt les problèmes qui se posaient dans le secteur public de la santé.

Cette tournée lui avait permis de réunir suffisamment des données non seulement sur la pertinence des revendications salariales des médecins, mais aussi sur la gestion empirique de plusieurs formations médicales de l’Etat ainsi que sur la vétusté des infrastructures, le manque d’équipements, la mauvaise maintenance. C’est donc en homme averti, après en avoir fait fidèlement rapport au Chef de l’Etat, qu’il s’était finalement engagé à conclure, l’année dernière, un pacte social avec les représentants du corps médical.

D’aucuns ont cru que cet accord allait connaître celui des promesses sans lendemain, tant les pouvoirs publics sont réputés mauvais partenaires. Le témoignage éloquent de Dr Mankoy et ses pairs à l’égard de l’exécutif national va faire date dans les annales de la République. Il est à espérer qu’après les médecins, d’autres corps de métiers émargeant du budget de l’Etat vont avoir l’honnêteté de renvoyer l’ascenseur à Joseph Kabila et Adolphe Muzito.

Kimp

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