Concertations Nationales : Majorité-Opposition : décor de conflictualité

Les préparatifs de futures Concertations Nationales initiées par le Chef de l’Etat et formalisées par « ordonnance » semblent évoluer à double vitesse. D’un côté, la Majorité Présidentielle, avec sa « Sociétés Civile » et sa « Diaspora, n’attend que le go pour répondre à l’appel du présidium collégial confié à Léon Kengo wa Dondo (président du Sénat) et Aubin Minaku (président de l’Assemblée Nationale). Et pour confirmer le bien-fondé et la transparence de la démarche de Joseph Kabila, son « Autorité nationale », la mouture d’un Projet de Règlement Intérieur est même en circulation sous les manteaux. En sus, des compagnes de sensibilisation sont amorcées en direction de l’opinion pour balayer les zones d’ombres que l’on impute au camp adverse.

 

         La ligne de défense de la Majorité Présidentielle s’articule autour du refus d’une « modération » ou d’une « facilitation » internationale, de la remise en question de la légitimité des institutions de la République et de leurs animateurs, de focaliser le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle ou un partage des postes de responsabilités dans le style de Sun City ou de la Conférence Nationale Souveraine. Pour cette famille politique, les représentants de la Nation sélectionnés pour ce forum devraient réfléchir ensemble aux voies et moyens de retrouver la cohésion nationale, d’impulser la réforme de l’armée, de la police et des services de renseignements, de booster l’économie nationale, de relancer la production industrielle et agricole, de moderniser les infrastructures de base dans les secteurs des routes, de la santé, de l’éducation, de l’eau potable, de l’électricité, etc. Bref, il est question de faire l’état des lieux en vue de permettre aux Congolais de vivre mieux hier qu’aujourd’hui.

         Mais, de son côté, l’Opposition parlementaire et extraparlementaire, avec ses « Sociétés Civiles » et ses « Diasporas » également, multiplient tantôt des appels au boycott, tantôt à la satisfaction de certains préalables avant sa participation à ce forum national. Ici, l’on n’est pas d’accord avec l’acte de convocation des Concertations Nationales, la structure devant les piloter, les quotas de représentation de leurs différentes « composantes » et « sous-composantes », les matières à discuter, etc. L’on prévient que les Concertations Nationales ne devraient pas ouvrir la voie à la révision des articles verrouillés de la Constitution, à la banalisation de la crise de légitimité au sommet de l’Etat née des fraudes électorales de 2011, à la fuite des responsabilités dans la fragilisation de l’armée, de la police et des services de sécurité, au saupoudrage de la mauvaise gouvernance, à l’oubli d’atteintes aux libertés publiques et individuelles, etc.

         Pour plusieurs autres partis de l’Opposition, leurs «Sociétés Civiles» et «Diaspora», le dialogue national est sans objet dès lors qu’il fait table rase sur la «vérité des urnes». Cette question de fond devait être vidée avant toute autre démarche.

Conservation ou conquête du pouvoir

         L’enjeu des Concertations Nationales, au regard des approches de la Majorité Présidentielle et de l’Opposition ainsi que de leurs « Sociétés Civiles » et de « Diasporas » semble se situe davantage au niveau de la conservation ou de la conquête du pouvoir que du besoin de se mettre ensemble, d’échanger et de dégager de nouvelles pistes de cohabitation dans la conduite des affaires nationales. Chaque camp se débat pour ne pas perdre la bataille de la direction des débats, de la majorité numérique et des matières à inscrire à l’ordre du jour.

         Des flèches empoisonnées partent de la Majorité Présidentielle vers l’Opposition et vice versa, dans le but inavoué de montrer que l’on tient le bon bout.

         Les divergences dans la forme comme  fond de ce dialogue national sont telles que le résultat final, s’il était organisé, risque d’être l’aggravation du fossé séparant les différentes forces politiques et sociales de la Nation.

         L’on peut à ce propos se demander à quoi auront servi les consultations menées d’abord par le Chef de l’Etat et ensuite le président de l’Assemblée Nationale auprès des affiliés de leur famille politique, de différentes sensibilités de l’Opposition, de la Société Civile ainsi que de la Diaspora avant la convocation des Concertations Nationales. Les préoccupations des uns et des autres avaient-elles été correctement décryptées et les objectifs à atteindre clairement définis ?

Si la classe politique congolaise reste dans la logique de la conservation et de la conquête du pouvoir, il n’y a rien de bon à attendre du futur dialogue entre Congolais, à travers leurs représentants aux Concertations Nationales, car le décor de la conflictualité est solidement planté.

KIMP

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