Concertations nationales : les postes d’abord… !

Palais du peupleEntre la publication de l’ordonnance présidentielle portant création, organisation et fonctionnement des « Concertations nationales » et la mise en place de la Commission paritaire mixte chargée de revisiter le Règlement intérieur, les thématiques et du format, il a été constaté un grand flottement. La classe politique congolaise, surtout celle se réclamant de l’Opposition, n’a cessé de s’illustrer tantôt par un rejet catégorique de l’initiative présidentielle, tantôt par des préalables à toute participation, ou encore par une timide adhésion à la tenue de ce forum.

Mais, dès que le présidium piloté par le duo Kengo et Minaku a ouvert le round des consultations, sur fond d’une promesse de postes dans un gouvernement d’union nationale, les entreprises du Portefeuille, la diplomatie et toutes les structures institutionnelles de placement des « chômeurs politiques », le discours de ceux qui se disent opposants a changé. Opposants « parlementaires » comme « extraparlementaires » se bousculent, avec leurs compatriotes de la « Majorité présidentielle », dans toutes les salles du Palais du Peuple où se tiennent des réunions en rapport avec les « Concertations nationales ».

La controverse autour de la terminologie de ces assises, qui avait failli bloquer la machine après le Conclave de l’Opposition au mois de juillet à Limete, s’est incroyablement s’arrêtée. C’est tout le monde qui s’est précipité le week-end dernier à Lingwala, en vue d’arracher, de haute lutte, une place au sein de la Commission préparatoire paritaire. Et les exclus fulminent de colère, pour des raisons faciles à deviner. L’histoire nous apprend qu’à chaque dialogue, les « absents » sont sérieusement handicapés au moment du « partage équitable et équilibré du pouvoir ».

Le rêve des participants

 Les Congolais entendent, voici deux mois, des membres de la Majorité présidentielle, de l’Opposition et de la Société Civile clamer haut et fort que les « Concertations nationales » ne devraient se transformer en Sun City/bis, c’est-à-dire en un énième forum de partage des postes de gestion des affaires publiques entre participants. Mais, en réalité, le rêve de chaque futur participant en « chômage » est d’en sortir sinon chef du gouvernement, en tout cas ministre ou mandataire public. La devise d’un chacun est simple : « les postes d’abord… le peuple après ».

Les membres de la Majorité actuellement aux affaires n’ont qu’une préoccupation : se battre pour rester au gouvernement, dans le Comité de gestion ou le Conseil d’administration d’une entreprise publique. Les alliés de la même plateforme politique qui s’estiment « abandonnés » au bord de la route depuis 2006 pour les uns et 2011 pour d’autres, prient les dieux des ancêtres pour être associés, cette fois, au partage du nouveau « gâteau » national.

En ce moment où certains souhaitent même le chambardement total des institutions, en vue de l’ouverture d’une nouvelle transition et de l’élargissement des opportunités de positionnement dans la « mangeoire » de la République, le peuple est devenu le cadet de leurs soucis. Les « bases » qu’ils vénèrent tant à la veille des compétitions électorales sont momentanément enterrées. Elles seront exhumées en 2016 ou plus tard, au gré des résolution des « Concertations nationales ». C’est avoir «installé» et s’être installés» qu’ils vont se rappeler que le pays est toujours en guerre, qu’il souffre d’un manque criant d’infrastructures de base, qu’il occupe le dernier rang en matière de développement humain, que la crise de légitimité n’a pas été résolue, etc.

Quel sort pour le « peuple » ?

            Le sort du peuple est celui qui lui a toujours été réservé à l’issue d’une élection ou d’un dialogue national, à savoir le statu quo. Son lot quotidien est tout tracé : misère, chômage, famine, incapacité de se loger, se vêtir, de se faire soigner, de voyager… décemment. Condamné à vivre dans des conditions infrahumaines depuis le départ du colonisateur belge en 1960, le Congolais moyen assiste à la succession des régimes politiques et de leurs animateurs, sans espoir de changement de son statut social.

            Connaissant les ambitions politiques et la soif d’argent de ceux qui prétendent exercer des charges publiques en son nom, l’homme de la rue ne se fait pas d’illusion quant à son mode de vie, qui sera le même avant comme après les « Concertations nationales ». L’incertitude du lendemain va rester son cauchemar des jours, semaines, mois et années à venir.                                 Kimp

Leave a Reply