Concertations nationales : attention à un nouvel Accord de Cascades !

Zemanta Related Posts ThumbnailLes Concertations nationales devraient en principe s’ouvrir ce samedi 07 septembre 2013 au Palais du Peuple. On rappelle que cette cérémonie a dû être décalée de trois jours en raison de la participation du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, au 7me Sommet de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs) à Kampala. Mais ce forum qui fait couler tant d’encre et de salive depuis sa confirmation par ordonnance présidentielle en juin dernier va se tenir sur fond d’exclusion.

En effet, plusieurs forces politiques et sociales qui comptent dans ce pays se retrouvent au bord de la route, pour des raisons multiples. Hormis les questions liées au format, à la représentativité et à la direction des travaux, il y a celles de fond concernant les thématiques. Dans ce volet, l’on relève la non inscription, à l’ordre du jour, des matières qui fâchent, notamment la crise de légitimité au sommet de l’Etat, le contentieux Kinshasa-M23 sur la guerre de l’Est, la libération des prisonniers politiques, la libéralisation effective des activités politiques et des médias, l’état des lieux des finances publiques, des contrats miniers, pétroliers et forestiers ainsi que des marchés publics, la souveraineté du forum et l’opposabilité de ses résolutions à tous, etc.

Au lieu d’une préparation consensuelle de ce Dialogue national en vue de garantir son inclusivité et de permettre à toutes les parties prenantes de se mettre d’accord sur les termes de référence, l’on assiste à un passage en force de la Majorité Présidentielle, appuyée par des fragments de l’Opposition politique, de la Société civile et de la Diaspora. Cela rappelle, à des millions de Congolais, le scénario de l’Accord de Cascades signé en mai 2002 en Afrique du Sud entre le Gouvernement de Kinshasa, la rébellion du MLC (Mouvement de Libération du Congo) et une frange de la Société Civile et présenté comme le compromis global ayant sanctionné le Dialogue Intercongolais.

On se souvient qu’au terme de ce deal politique, Joseph Kabila conservait son poste de Président de la République. Celui de Premier ministre était offert à Jean-Pierre Bemba, qui était chargé de former un gouvernement d’union nationale. Une commission mixte comprenant des représentants de Kinshasa, du MLC et de la Société Civile avait été mise sur pied et installée à Matadi en vue de finaliser les modalités de cohabitation entre les parties signataires pour une Transition de 24 mois. Au terme des travaux de Matadi, Jean-Pierre Bemba devait quitter son fief de Gbadolite pour Kinshasa, en vue de son investiture annoncée pour le 30 juin 2002. Fiévreusement attendue dans la capitale, le « Chairman » avait fait faux bond à ses partenaires politiques.

La dynamique ASD

Alors que le gouvernement de Kinshasa tentait de faire passer l’Accord de Cascades pour celui du consensus entre « Composantes » et « Entités » présentes au Dialogue intercongolais, une vive riposte était diligentée par l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Sociale) avec le soutien du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et leurs alliés au sein de l’Opposition politique et de la Société civile en vue de faire échec à une initiative « privée » qui n’engageait que ses auteurs. Etienne Tshisekedi et plusieurs de ses collaborateurs avaient dû prendre le chemin de l’exil intérieur, en direction de la ville de Goma, au Nord-Kivu, en vue de résister à l’escroquerie politique en chantier à Kinshasa.

Au bout du compte, Jean-Pierre Bemba et le MLC, ayant compris qu’un coup de force ne pouvait résoudre la crise congolaise, avait finalement dénoncé l’Accord de Cascades, obligeant Kinshasa à renoncer à son projet.

Même erreur…même résultat

Il y a 11 ans, le pouvoir en place à Kinshasa, en proie à une multitude de mouvements rebelles et privé du contrôle de près de la moitié du territoire national, avait cru bon de « dribbler » les participants au Dialogue Intercongolais en entraînant le MLC ainsi que certains membres de l’Opposition et de la Société civile dans un Accord de Cascades sans lendemain. Ce fut une grosse erreur politique qui ne régla rien.

Si les architectes des Concertations nationales persistent à croire qu’ils peuvent ignorer les partis politiques de l’opposition, les confessions religieuses, les organisations de la Société et les sensibilités de la Diaspora congolaise ayant un poids sociologique non négligeable au sein de la Nation congolaise, leur entêtement risque de produire le même résultat que celui de l’Accord de Cascades. Il est plus qu’évident qu’il n’est pas possible de booster la cohésion nationale, de mettre fin à la crise de légitimité, de construire une paix durable au Nord et à l’Est du pays, d’engager la RDC dans la voie du développement dans un climat de division de ses fils et filles en blocs antagonistes.                 

A qui la primauté : Kinshasa ou Kampala ?

Les incertitudes qui planent au sujet des dividendes que la Majorité Présidentiele pourrait tirer des Concertations nationales viennent d’être renforcées par les conclusions du 7me Sommet de la CIRGL à Kampala. En demandant au M23 de rentrer à table des négociations et en donnant aux participants 14 jours pour parvenr à un accord, l’on se demande si le forum du Palais du peuple a encore sa raison d’être.

Si l’on s’en tient au message en provenance de Kampala, rien ne pourrait être décidé par les «Concertateurs» de l’hémicycle de Lingwala avant l’atterrissage des pourparlers de la capitale ougandaise.

Ainsi, contrairement à ce que pensent les décideurs politiques à Kinshasa, la communauté internationale travaille sur un schéma de sortie de crise qui implique un partage du pouvoir entre le gouvernement congolais et sa rébellion. Cela suppose qu’après avoir obtenu sa part du gâteau à Kampala, le M23 aurait droit à une «prime spéciale» dans l’hypothèse de la tenue des Concertations.

Pendant que l’on peine à retrouver la cohésion nationale à Kinshasa afin de tordre le cou au M23, ce mouvement rebelle jouit du parapluie protecteur de la communauté internationale.

                                    Kimp

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