Commune de Lingwala : «Marché du rail» et maisons rasés

Un mini tsunami urbanistique a déferlé sur une partie de la commune Lingwala, rasant au passage le « Marché du rail » ainsi que plusieurs maisons environnantes, le vendredi 20 juillet 2012. L’opération de démolition de ce vieux lieu de négoce ainsi que des constructions dites anarchiques était encadrée par des éléments de la police nationale. Des bulldozers de l’Hôtel de Ville de Kinshasa ont « nettoyé» tout ce qui se trouvait de part et d’autre, à moins de 7 mètres de la voie ferrée, dans un périmètre compris entre les avenues de la Libération (ex-24 Novembre) et Mushie.

Il a été toutefois constaté des interventions sélectives de la part des conducteurs des bulldozers. Certaines maisons, dont les occupants avaient des relations au niveau de la « ville haute », ont été épargnées, bien que situées à moins de 7 mètres des rails.

 De nombreux vendeurs et vendeuses du « Marché du rail », surpris par l’arrivée soudaine des bulldozers, ont perdu leurs marchandises. Le décor était aux pleurs et larmes de colère aussi bien chez les victimes que les résidents de ce quartier. 
 Certains propriétaires des maisons démolies ont brandi des titres de propriété leur délivrées, de longue date, par des autorités compétentes, dont certaines sont encore en vie. Plusieurs dizaines de familles ont passé la nuit à la belle étoile, sans savoir à quel saint se vouer.
Vendeurs et vendeuses du Marché du rail étaient fort étonnés d’apprendre que celui-ci, qui existe depuis plusieurs décennies, était réputé anarchique.
  Plusieurs victimes ont jugé injuste la décision portant démolition de leurs habitations. Selon elles, une solution négociée aurait dû être trouvée parce qu’elles avaient obtenu le droit de bâtir auprès des services des Affaires foncières.
  Pendant que les propriétaires des parcelles détruites se lamentaient, un autre drame se jouait. Plusieurs locataires jetés dans la rue ne savaient s’ils devaient réclamer leurs garanties locatives auprès de l’Hôtel de Ville ou des bailleurs sinistrés. Dans cette situation de détresse générale, comment poser son problème à un bailleur ou une bailleresse sans logis et sans argent ?
 Certains bons samaritains des quartiers voisins ont accepté d’héberger, par solidarité, quelques familles sinistrées, en attendant qu’elles puissent trouver des maisons.
  «Dura lex, sed lex » (la loi est dure mais c’est la loi), ont rétorqué certaines sources proches de l’Hôtel de  ville de Kinshasa. Elles ont laissé entendre que les propriétaires  des parcelles  rasées auraient longtemps fait la sourde oreille aux sommations leurs adressées. A leur avis, cette opération de démolition devrait faire réfléchir d’autres constructeurs anarchiques qui se permettent d’agir en violation de la loi, comme si l’Etat n’existait pas dans ce pays.
 Certains observateurs qui ont assisté à cette opération ont estimé que l’Etat devait également sanctionner les agents et autorités qui délivrent des documents de propriété ainsi des autorités qui accordent des autorisations de bâtir dans les sites interdits ou à hauts risques.


  ERIC WEMBA   

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