Comment la société civile s’organise pour protéger la population contre le terrorisme du M23 dans le Kivu (PAR TSHISWAKA MASOKA HUBERT)

1. Dire non aux actes terroristes qui endeuillent la RDC

 Des voix de la société civile autant que celles des parlementaires et des partis politiques qui ont pris position publiquement, s’élèvent contre des exactions terroristes du M23. Ceci, suite aux révélations évidentes faites sur l’appui substantiel apporté à ce mouvement par le Rwanda. L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’en était insurgée et les Etats Unis d’Amérique (USA) viennent de couper l’aide militaire au gouvernement rwandais en représailles à ce soutien au terrorisme au Kivu. Au niveau interne, il y a lieu d’attendre une explication claire de l’option à prendre par le gouvernement en rapport avec leurs obligations constitutionnelles.

 Déjà, le mardi 03 juillet, la Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) avait souligné l’importance pour la communauté internationale de condamner le Rwanda, autant le Collectif d’organisations des jeunes solidaires du Congo-Kinshasa (Cojeski) s’était montré préoccupé, le 09 juillet, du silence ou manque d’orientation de la part des autorités congolaises. D’autres organisations dont des églises, des corporations des entreprises, des maisons de presse ont pris diverses initiatives pour exprimer leur désapprobation de la guerre, du plan de balkanisation, du terrorisme pour inciter ainsi les dirigeants congolais à prendre des mesures qui conviennent pour y mettre fin. A cet égard, des rapports et communiqués de presse sont publiés régulièrement. Les confessions religieuses font circuler, depuis le jeudi 12 juillet, une pétition pour dire non à la guerre comme « stratégie de conquête de pouvoir politique» et demander au Conseil de sécurité de l’Onu de prendre des mesures contre Kigali, initiative que la Fédération des entreprises du Congo (Fec) soutient dans sa prise de position rendue publique le 18 juillet.


 Des partis politiques du pouvoir et de l’opposition, représentant la quasi-totalité des sièges au parlement sont en accord avec l’opinion publique générale. En juin déjà, L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) dénonçait « une guerre exécutée et entretenue par les troupes étrangères »2 . Dans son communiqué du 12 juillet, l’Union pour la Nation Congolais (UNC) condamnait la guerre à l’Est en invitant « les mutins » à rendre sans conditions les armes, afin de permettre le retour des déplacés. Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) avait démarré, le 13 juillet, une campagne pour prévenir des jeunes à ne pas succomber à la ruse du M23. Sur la même lancée, l’Engagement Citoyen pour le Développement (ECID) déplorait l’absence de prise de position publique du gouvernement et le huis clos imposé à l’Assemblée nationale sur les débats portant sur cette question.
 Depuis mai dernier, la population du Nord-Kivu est tourmentée par le groupe terroriste M23 qui pour des raisons politiques non élucidées s’attaque violemment aux innocents, causant des dizaines et des centaines de mort ainsi que des dizaines des milliers de déplacés internes évalués à plus de 200 mille fuyant ces frasques de la guerre.

2. Demander des réponses du Président Kabila aux questions pendantes

 De cet état de choses, des questions importantes demeurant pendantes à ce jour relèvent de la compétence exclusive du gouvernement. Une personne normale vivant en RDC, même sans parent au Kivu, qui suit le développement de la situation des exactions du M23 s’attendrait à l’expression du sens de plus de solidarité avec les victimes de la part de l’Exécutif national. Autant chacun se poserait la question de savoir comment lui-même accomplirait son devoir de résistance au terrorisme, afin de ne pas laisser la possibilité à quiconque le jugerait de penser qu’il fasse preuve d’un aveuglement volontaire certain.
 L’article 69 de la constitution exige du Président de la République, le Chef de l’Etat, « d’assurer le fonctionnement régulier des Institutions ainsi que la   continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux ». Par l’article 83, il est « le commandant suprême des Forces armées ». En outre l’article 91 donne au Premier Ministre, chef du Gouvernement et responsable devant le peuple, l’obligation de définir « la politique de la Nation » et assumer la gestion de l’administration publique, des Forces armées, de la Police nationale et des services de sécurité.
 Dans une interview sur « Talk to Ajazeraa »3 sur la situation sécuritaire a l’Est de la RDC, du samedi 21 et dimanche 22 juillet ; le Président rwandais Paul Kagame avait parlé des choses qui nécessitent un éclaircissement des dirigeants congolais : (i) la loyauté au régime rwandais des forces ayant combattu sous son commandement, devenues rebelles du Congres National pour la Défense du Peuple (CNDP), puis intégrées au sein des FARDC ; (ii) le comportement de certaines personnes de la communauté «rwandophone» en RDC ; et (iii) l’extrait du rapport de l’ONU annonçant la création d’un Etat autonome du Kivu.


 Par rapport à la loyauté des soldats ayant servi sous son leadership et restés loyaux au Rwanda bien que devenus membres du CNDP, le Président du Rwanda répond que « ce ne sont pas seulement les membres du CNDP qui sont associés aux structures militaires rwandaises ; même dans le gouvernement, il n’y a pas une seule personne qui ne soit associée au Rwanda. Alors, pourquoi faire une sélection ? » (Entre ceux qui sont restés à Goma et ceux qui sont allés à Kinshasa).
 A propos de la communauté rwandophone, l’opinion de Kagame est que ces gens sont congolais et qu’ils doivent être traités comme tels. Quand ils commettent des bévues, ils doivent y répondre comme des citoyens congolais. Il n’appartient pas au Rwanda de répondre des faits historiques de ces gens congolais.
Au sujet des rumeurs sur le prétendu soutien à la création d’un Etat autonome au Kivu, Paul Kagame répond que c’est une fiction, il ne peut être «tenu  responsable du fait de la mauvaise gouvernance politique et économique de la RDC, et du manque d’institutions étatiques». «Il y a là un problème systémique de gouvernance lié à la complexité du pays», a-t-il conclu.
 Le Président rwandais parle du manque généralisé de compétences nécessaires pour lesquelles la communauté internationale devrait aider la RDC, mais elle a spectaculairement échoué. Il dit : « the Congo is messed up » (le Congo est complètement mis en désordre). Il conclu en disant que le Rwanda a ses problèmes et ne peut pas passer tout le temps à résoudre ceux de la RDC.

3. Mobiliser la communauté internationale

La réaction de la communauté internationale, selon Radiookapi.net capté le mardi 10 juillet, vient en premier, avec le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, M. Roger Meece qui avait déclaré devant la presse qu’il avait « beaucoup d’informations du soutien et une implication du Rwanda » dans les activités du M23 qu’il estimait être « une situation inacceptable et [qu’] il faut immédiatement arrêter ». La Monusco avait reçu certains membres du M23 qui avaient confirmé le soutien du Rwanda et la présence des éléments des Forces de défense du Rwanda. Bien que ces informations aient déjà été publiées par Human Rights Watch4, M. Meece l’avait dit en se référant au rapport des experts des Nations Unies, citant notamment des tenues militaires des membres du M23 qui sont différentes de celles des FARDC ; bien équipés et approvisionnés ; et qu’ils ont des tactiques des combats comme des attaques nocturnes qui sont différentes de celles des FARDC.


 En solidarité avec la population congolaise contre le terrorisme du M23, les Etats-Unis ont annoncé le samedi 21 juillet la décision de couper USD 200.000 destinés au centre d’entraînement de l’Armée rwandaise. La sanction américaine est la première à soulager la population devant le silence des pays membres de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Australe (SADEC), de l’Union Africaine (UA), de l’Union Européenne (UE) et de la Grande Bretagne. Cette action est en elle-même suffisante pour affirmer que la population congolaise n’est pas seule devant la barbarie du M23. Le  communiqué stipule qu’ à « la lumière d’informations faisant état du soutien apporté par le Rwanda à des groupes armés en RD Congo, le Département d’Etat Américain a décidé de ne plus accorder l’assistance militaire étrangère pour cette année budgétaire au Rwanda, comprise dans la loi financière de 2012 ». Il ne reste plus qu’ à engager des mesures concrètes pour combattre la menace terroriste du M23 consistant en des assassinats ciblés, des attaques contre les civils dans le Nord-Kivu, les contraintes au déplacement massif, etc.


 La proposition de déploiement d’une énième force internationale discutée par la Conférence Internationale des Pays des Grands Lacs serait inopérante, si des acteurs principaux comme l’Ouganda ne sont pas impliqués directement dans la crise actuelle dans le pays. La Cour Internationale de justice (CIJ) avait entendu et condamné ce pays pour avoir envahi et vandalisé la RDC, à travers le financement des rebellions et la guerre entre son armée régulière et celle du Rwanda, à Kisangani. Ces deux Etats ne se sont jamais acquittés de leurs obligations internationales décidées par cette instance. Croire qu’ils sont disposés à apporter des nouvelles solutions, relève d’une naïveté que personne ne saurait accepter.  
 L’opinion publique congolaise est unanimement contre le terrorisme du M23. C’est une création inutile et inadéquate qui ne contribue qu’à aggraver la crise multiforme de la RDC. Le terrorisme n’a ni de place ni d’avenir dans un pays qui a besoin de discussions profondes sur des valeurs morales, des principes de bonne gestion et des bonnes politiques qui aideraient à renforcer ses institutions, afin de contribuer au bien-être collectif.

4. Demander des comptes aux autres dirigeants congolais qui ont des mandats constitutionnels de protéger la population

 Il est de la responsabilité constitutionnelle du Chef de l’Etat de garantir la souveraineté et l’intégrité du pays, ainsi que la protection de la population. De même il est de son obligation de rendre compte régulièrement au peuple à travers le parlement ou directement par les Medias, quand la situation est aussi grave que ces attaques terroristes du M23 au Nord-Kivu. Faire fi des obligations a rendre compte comporte le risque de créer des malentendus avec la population ou l’interprétation de compétences extrêmement limitées au sein du gouvernement. A cette fin, il y a lieu de reconstruire la légitimité et la crédibilité des institutions publiques ainsi que celles de leurs animateurs.
 La participation de la société civile à la lutte contre le terrorisme du M23 se limite a une participation massive aux actions citoyennes telles que l’appel à la résistance contre la balkanisation amorcée par les Médias congolais et suivi par les confessions religieuses et les ONGDH; les actions de masse planifiées par les confessions religieuses et les ONG des droits de l’homme, afin d’apprendre à dire non aux actes terroristes qui endeuillent la RDC ; la récolte des données, afin de bien informer l’opinion publique et la tirer de la naïveté ; et enfin développer des stratégies pour demander des comptes aux dirigeants congolais qui ont des mandats constitutionnels de protéger la population.

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