Comment étudier les Relations Internationales en Afrique et en RDC aujourd’hui ?

 

1) Relations Internationales africaines : une doctrine ou une théorie ?                  

            Ni l’une ni l’autre. Kwame N’Krumah disait pourtant que la nouvelle Afrique est née du monde (c’est-à-dire des relations internationales) et c’est par contestations et réinsertion dans les relations internationales que survivrait l’indépendance africaine. La question d’une théorie africaine des relations internationales était ainsi posée. Dommage que la réalité de la politique mondiale de l’Afrique soit sans bilan en ce sens, faute de pédagogie de cette délicate science politique.

            La Question de l’organisation des études des relations internationales en Afrique, en général et en République Démocratique du Congo en particulier se pose désormais avec acuité et s’impose par les grands changements intervenus à tous les niveaux de l’activité humaine dans le monde. Et dans la mesure où la particularité de ces mutations mondiales, c’est principalement la marginalisation et l’exclusion de l’Afrique des jeux mondiaux de la globalisation de l’économie et des sociétés, il s’agirait de savoir comment obtenir par la production d’un savoir spécifique, de réintroduire, de réinsérer cette partie du monde dans le monde. Il apparait ainsi clairement qu’il ne s’agit pas de bousculer le globe et d’inventer des géographies nouvelles ; parce que le monde de l’exclusion et de la marginalisation de l’Afrique est un système des relations, un espace ou un type spécial des rapports procédant d’une rationalité spécifique. L’enseignement des relations internationales en Afrique devrait permettre à la politique africaine de gagner en ambitions, en pertinence, en consistance et en responsabilité parce que l’Afrique manque de politiques responsables.

            Concrètement, il s’agit d’introduire les Etats africains dans des espaces des jeux diplomatico-stratégiques, des jeux de production et du commerce, de l’investissement international et du jeu d’humanité et de démocratie institutionnelles, espaces d’assumation, d’actions et non de présence-absence.

            L’Afrique et la RDC, tout en faisant géographiquement parties du globe terrestre ne seraient pas comme telles des réalités géopolitiques et ne constitueraient pas un système des relations internationales. Et puisque celles-ci (RI) fonctionnent désormais comme une loi du développement mondial, il se pose à l’Afrique et à la RDC la question de s’en approprier, de les domestiquer pour mieux les pratiquer.

2) Expérience congolaise des relations internationales africaines

            Depuis la création en 1973 de l’Unité de recherche et de l’enseignement des relations internationales, en remplacement des études de sciences politiques et diplomatiques, les programmes n’ont pas connu de réforme autre que la professionnalisation.

            La réforme des programmes des cours de l’enseignement supérieur et universitaire initiée par Emile Ilunga Ngoy, ministre RCD  de l’ESU  pendant la transition n’aurait pas permis de répondre à cette question. Au contraire, elle a contribué à l’institutionnalisation de la confusion et de l’exclusion en substituant aux études des relations internationales, les traditionnelles études internationales de politique internationale, de droit international et de l’économie internationale, en référence certes, à l’Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales de Genève qui n’est pas un Institut des Relations Internationales ou des relations stratégiques. La formation en relations internationales aujourd’hui en Rdc et en Afrique Centrale par exemple ne développe ni les aptitudes pratiques comme à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, école du ministère des relations extérieures, ni la dimension théorique devant alimenter la recherche. Il n’existe pas de programmes de recherche dans cette filière qui gagne pourtant en importance. Le programme de formation en graduat, en licence ou en doctorat ignore la dimension pratique de la vie diplomatique, coopération et multilatéralisme, politiques de puissance et d’influence, les études régionales ne sont pas organisées. Il est difficile de trouver en Afrique et en Rdc de spécialistes attitrés de questions régionales ou sectorielles des relations internationales contemporaines. Des filières d’études en licence conçues dans la précipitation ne reflètent pas la maîtrise du domaine parce que la politique internationale, c’est l’autre nom des relations internationales, le droit international et l’économie internationale ne sont pas de branches des relations internationales mais des disciplines à part entière. Ce n’est pas la complexité du monde global d’aujourd’hui qui autoriserait cette dénaturation d’une filière d’études spécifiques reconnue autonome quoique interdisciplinaire. L’interdisciplinarité est méthodologique mais non dans l’objet scientifique de la discipline.

            S’agissant, par exemple de la formation en Rdc, il est incompréhensible que le programme ne développe qu’un seul enseignement de politique extérieure de la Rdc n’allant pas au-delà des commentaires de sources légales de l’inspiration des gestes et actes du gouvernement. Les organisations régionales, les politiques congolaises des organisations internationales ou les relations avec l’Europe, les grandes puissances, l’Union Africaine ou l’Amérique Latine, l’Asie ou particulièrement la Chine, le monde arabe, l’islam, zones de curiosités et d’émergence ne trouvent pas place dans la détermination de profils des diplômés. A quoi donc forme-t-on les étudiants de cette filière ? Et comment les dissertations de fin d’études portant sur ces questions sont-elles fiables faute d’informations et de formation préalables ?

                        Au lieu de tout cela, le Département des Relations Internationales de l’Université de Lubumbashi, aujourd’hui, en quête des ouvertures au monde, contribue à la confusion en achevant la réforme  ministérielle par la transformation de la filière en celle des études de la paix d’une université anglaise Bradford n’organisant pas les études des relations internationales. Le prétexte, c’est le contexte des rebellions armées ou les guerres civiles, guerres intrasociétales qui même internationalisées ne deviennent pas de guerres mondiales. Il s’agirait, dit-on, de renforcer les programmes d’études par la promotion de recherches sur la paix. Toutes ces confusions tiennent au fait de la non-connaissance parfaite de cette science politique spéciale, science d’origine anglo-saxonne qui dans le monde francophone trouve de la résistance chez les sociologues français et francophones.

            Et alors, c’est quoi les Relations Internationales et comment doit-on les étudier ? et en quoi se distinguent-elles des études ou recherches sur la paix ? Et comment cette branche des sciences sociales peut-elle affirmer son autonomie et construire son développement institutionnel ?

3. La spécificité de la discipline scientifique et de l’objet d’étude

            L’expression relations internationales désigne à la fois une réalité sociale ou un champ d’études et une discipline scientifique. Cette réalité sociale est celle liée à l’organisation de l’Etat souverain selon la lettre et l’esprit de Traités de Westphalie de 1648 ayant mis fin à l’Empire et aux pouvoirs supranationaux de l’Eglise Universelle sur les Rois et leurs royaumes, parce que désormais chaque Roi était empereur dans son royaume. C’est l’existence de plusieurs Etats qui est à la base du fait des relations internationales et les chocs de souverainetés par des guerres ont contribué à la naissance d’une discipline scientifique.

L’organisation des rapports de souveraineté entre les Etats-nations allait donner lieu au développement d’un espace public dénommé l’International connu du jargon des professionnels par le vocable « anarchie » c’est-à-dire un lieu géométrique d’absence d’une autorité centrale, lieu saint de l’égalité souveraine et de la permanence des relations conflictuelles. En ce lieu deux attitudes principales s’imposent : celle de la diplomatie et de la stratégie fondamentalement ; à cet égard, les bénéficiaires de ces rapports politiques entretiennent des relations de puissance et celles de sécurité en vue d’une coexistence pacifique. Sous ce rapport, les relations internationales ne se confondent pas avec les politiques étrangères des Etats. Les relations internationales sont parfois assimilées à la politique internationale en tant que politique chargée des intérêts stratégiques et non pas des intérêts nationaux des Etats. Les relations internationales ne se confondent pas non plus avec les relations entres les hommes en termes d’échanges économiques et commerciaux ou d’échanges culturels, techniques ou scientifiques. Dans le cadre des efforts de l’Unesco pour la création d’une discipline scientifique des relations internationales, quelqu’un a appelé cela le complexe relationnel, sans préciser sa nature politique puisque caractérisé par la tension internationale. Raymond Aron avait fait savoir que l’approche de paix de l’Unesco qui construit les défenses de paix dans l’esprit de l’homme ne relevait pas des relations internationales où c’est la culture des Etats souverains qui compte. Le réalisme structurel ou le néo-réalisme qui fonde la compréhension des RI sur la structure du système international en ferait l’illustration.

            L’International qui a donné lieu à une science (théorique) des relations internationales décrit les traits communs caractéristiques des Etats souverains. La souveraineté qui rend compte de l’effectivité de l’Etat est le critère d’identification et d’appréciation de l’Internationalité. L’International ainsi décrit n’est pas un adjectif mais plutôt un substantif. De lui découle des types des relations spécifiques de souveraineté  qui au gré des régimes ou de fortunes dégagées par la santé des Etats sont de relations de puissance, brutale ou douce, de relations de sécurité ou de relations transnationales autres relations déterminantes de la posture souveraine des Etats.

            La discipline scientifique des relations Internationales s’appelle la « Théorie » des Relations Internationales de l’anglais « International Relations Theory ». Elle est une branche de la science politique au même titre que la science du gouvernement ou la science administrative. Elle a pour objet d’étude l’ordre international ou de l’organisation des jeux d’équilibre international ou mondial, ou encore l’étude de l’économie politique de la construction de la stabilité internationale. Son principe directeur qui constitue du reste sa matérialité historique c’est le principe de l’Equilibre des forces. C’est cette étude de rapports de forces dans le monde qui a donné lieu à des courants méthodologiques suivantes : l’empirico-historique, le béhaviorisme et les modélisations, l’institutionnalisme et désormais le constructivisme. Trois principaux paradigmes d’étude configurent l’ordre international : les politiques de puissance, (power politics), le world politics (politique mondiale) et le global politics. L’objet d’études des relations internationales, ce n’est pas les relations internationales ou l’international comme certains le soutiennent dans le monde francophone.

            La Théorie des Relations Internationales est une théorie réaliste et institutionnelle son objet central d’études étant la réalité de la volonté de puissance des Etats ainsi que celle de l’organisation des rapports d’interdépendance, de solidarité par l’organisation de la coopération multifonctionnelle. La coopération et l’interdépendance obéissent à l’objectif de la puissance, quelle qu’en soit la forme.

            La Théorie des Relations Internationales n’est pas une théorie historique quoiqu’elle puise presque tout dans l’histoire diplomatique de l’Europe. Elle n’est pas non plus une théorie juridique, quoiqu’elle doive au droit international tout son contour sociologique. L’histoire des relations internationales au même titre que la sociologie des relations internationales sont quant à elles, des approches européennes et principalement françaises qui comme le constructivisme aujourd’hui n’auraient pour ambition que de contester le caractère trop américain de la Théorie des relations internationales.

4. Utilité de l’étude des relations internationales pour l’Afrique

            Quoique créée par les Etats-Unis d’Amérique, une nation au fait de sa puissance nationale et développée institutionnellement dans un contexte de superpuissance mondiale, la Théorie des relations internationales peut éclairer la marche des nations faibles et marginales quant à l’émergence des relations dites internationales. Celles-ci ne découlent pas de la géographie physique mais plutôt de la géopolitique des crises et principalement des guerres. Elles sont inimagibles là où les Etats n’organisent pas les rapports de forces à vocation de surveiller les libertés des uns et des autres pour une paix fondée sur le principe de l’équilibre des forces. Il y a relations internationales là où les Etats se veulent d’abord différents les uns des autres par le développement des traditions politiques ou des expériences historiques et idéologies motivantes différentes, facteurs des conflits entre eux. Ainsi, des intérêts contraires amenant des frictions qui peuvent aller jusqu’à la guerre, les pays qui ont accepté l’existence des conflits et qui cherchent à les gérer grâce à un système d’équilibres des pouvoirs créent ainsi les relations internationales qui installent des périodes de paix. Les relations internationales sont un phénomène cyclique et qui réapparait tous les cent ans, un jeu des relations rivales.

            Les relations internationales ne naissent pas de la culture ou de l’esprit des hommes, mais de la culture stratégique des Etats, de fait que les guerres, du moins les grandes guerres mondiales du 20ème siècle sont nées de l’existence des gouvernements absolutistes, dictatoriaux ou simplement anti-démocratiques comme aujourd’hui la colonisation interne en Afrique post-coloniale s’accompagne du règne de la misère et de la pauvreté.

                        Le savoir des hommes ne suffit pas pour pacifier le monde. Les Allemands et les Japonais avant qu’ils deviennent les agresseurs de la 2ème guerre mondiale bénéficiaient les premiers des meilleurs systèmes éducatifs et les seconds d’une immense culture littéraire. Les peuples ne se ressemblent pas et les différences sont à la base des malentendus. Et qu’aucune éducation à la paix ne restaurerait l’innocence perdue. Par ailleurs, la paix permanente et totale n’est pas un but accessible. La bible n’enseigne-t-elle pas que lorsque les hommes diront paix et sécurité, alors viendra la destruction ?

            Les relations internationales ont pour objet d’études les politiques de puissance et de sécurité et de plus en plus de la coopération désormais multilatérale depuis que les organisations internationales participent au jeu d’équilibre mondial comme lieux d’actions plurielles, multidimensionnelles non exclusives, non réservées aux seules grandes puissances. La mondialisation qui a brisé la structure de l’ordre international n’a pas déconstruit les fondements géopolitiques de la logique des affaires mondiales. Au point que les nouvelles puissances mondiales nées de la globalisation et de la mondialisation dont particulièrement la Chine ne se détournent pas des jeux d’équilibres des forces quelles que soient les limites de leurs capacités d’influence ou de projection internationale. La Chine qui ne réussit pas à s’élever au rang de puissance globale se spécialise cependant à s’afficher comme une puissance régionale incontournable pour la défense des intérêts avant tout nationaux plutôt que régionaux. Elle utilise la coopération pour les objectifs de puissance.

            L’enseignement des relations internationales en Afrique et en Rdc devrait viser la connaissance de l’actuel système mondial et de l’usage combiné que les acteurs font de la double loi de la puissance et de l’interdépendance pour par exemple tempérer la fascination qu’exerce sur tous la montée en puissance économique de la Chine. Parce que la croissance et la consolidation de cette stature de puissance mondiale de la Chine ont besoin de la stabilité du contexte de la mondialisation. La Chine est un produit de la mondialisation et sa puissance ne peut valoir que si le système mondial fonctionne. Ce nouveau système mondial est différent du système international du 19ème siècle et du 20ème siècle en ce qu’il ne permet pas de prétention à la domination et à l’hégémonie écrasante ou solitaire. Ce système s’entretient par la gouvernance mondiale et les turbulences de la superbe puissance américaine qui dessinent l’horizon et le profil de puissance du 21ème siècle. Lorsque par exemple la Chine appelle à l’harmonie et à la coexistence pacifique, c’est avant tout pour préserver les structures de la globalisation et de la mondialisation même si elle en profite pour perturber non les principes et autorités de régulation mais l’assurance des puissances traditionnelles. La quête de puissance est le fondement de la politique mondiale de la Chine. L’Afrique ne le comprend pas et qui pense investir dans la rivalité et les prétentions contradictoires de la Chine avec l’Occident.

            L’Afrique aurait besoin d’ériger des chaires des relations internationales africaines en l’absence du système africain des relations internationales même conçues comme l’ensemble des structures régionales de coopération et d’intégration. Il nous faut apprendre et nous approprier les théories, idées-forces et principes des relations internationales au nom de la mondialisation et de ses principes d’ouverture et de compétitivité qui nous imposent de nous extravertir de plein gré. La pratique académique devrait guider les politiques sur terrain, surtout en cette période des interventions militaires françaises subséquentes à la faillite de la souveraineté africaine.

            C’est pour ne l’avoir pas compris que les pays africains ne savent pas traiter avec la Chine et que la Chine elle-même ne réussit pas à inventer de nouvelles approches ou alternatives de coopération au développement. La Chine qui inquiète les grandes nations s’entourent facilement des africains qui lui vendent leur faiblesse et leur impuissance … en laissant la Chine s’arranger avec l’Occident sur le malheur de l’Afrique.

            L’Afrique aurait besoin d’une ébauche de théorie des RI du monde post-blocs qui lui permettrait de comprendre comme fonctionne le monde institutionnel et comment les Etats se déploient à défendre leurs intérêts en s’assurant de la stabilité globale du système mondial.

5) Les voies d’une théorie africaine des relations internationales

            Alors que traditionnellement, les efforts de théorisation en RI partaient du socle du système international à la base des paradigmes de : 1) L’international – power politics (politiques de puissance) ; 2) du world politics (politique mondiale du monde complexe et interdépendant) ; 3) du global politics (politique globale concernant la survie de l’humanité) et dont les configurations étaient soit bipolaires soit multipolaires ou unipolaire.

            Les spécialistes qui ont tenté de penser le monde post bipolaire en termes de distribution des cartes ou du pouvoir ont été confrontés à la difficulté de qualifier le nouveau système mondial dominé par les facteurs économiques, technologiques et communicationnels (NTIC), système global, ouvert, transfrontalier…

Ainsi, au lieu de discuter des concepts comme la puissance, l’équilibre des forces et l’hégémonie et les transferts de pouvoir par les guerres mondiales, la tendance est-elle à des spéculations sur le temps mondial, le sens et la puissance, les turbulences, les rébellions, etc.

            Pour notre part, voulant concilier ces tendances nouvelles avec certains critères ou repères, notre lecture du monde et des changements recherche un ancrage géographique parce que la nouveauté signifiait la fin de la géographie pour constater que la fin des idéologies n’était pas absence d’idéologie mais le triomphe d’une d’elles, le libéralisme ou le capitalisme avec son corollaire, la démocratie s’universalisant.

            La particularité de cette tendance, c’est la référence à l’Europe où s’était construit la contradiction, la principale du capitalisme, le communisme implosé, et où la construction européenne serait de triomphe au pacifisme.

La guerre froide avait pour principal théâtre aussi l’Europe (le mur de Berlin). Aussi, l’histoire prétendue finie, reprenait-elle vie là-bas où réapparaissaient des Etats anciens et de nouvelles frontières et aussi des guerres – furent-elles de guerres d’épuration ethnique parce que faisant intervenir l’OTAN et l’ONU.

            Au fond, la sécurité européenne conduisait au partenariat de paix, à l’élargissement de l’OTAN, et aux adhésions à l’UE, même si les relations transatlantiques paraissaient en souffrir ; l’Amérique s’ethnicisait et redevenait européenne avant de mépriser la vieille Europe autour de la guerre d’Irak.

            A cette évolution principale, s’ajoutait la dynamique de la mondialisation globalisation qui faisait apparaître un autre monde géographique des affaires autour du nouveau capitalisme, la financiarisation des RI. Un système mondial à dominance économique s’installe de l’Asie en Amérique latine en passant par les USA, d’une part ; et de l’autre les nouvelles puissances mondiales asiatiques dotées des armes nucléaires conservent leurs contentieux territoriaux et leurs rivalités au point de constituer une zone stratégique ou à préoccupation sécuritaire.

            Deux logiques dominent ainsi les rapports mondiaux : logique de coopération économique et logique de rivalité ou compétition stratégique.

            Une troisième tendance, c’est celle du monde global où des acteurs transnationaux font triompher la dynamique sociale de la justice internationale pénale autour des droits de l’homme. La société civile mondiale et démocratique se mêle aux jeux traditionnels des Etats pour leur imposer des limites morales dans les domaines du social, de l’économie et du commerce : pauvreté, dettes, etc.

            Les relations internationales deviennent complexes et ne bénéficient plus de l’Unité du champ diplomatico-stratégique, la mondialisation- globalisation donnant l’impression de son éclatement vers une certaine unité spirituelle. D’où la problématique du choc des civilisations dans la quête d’un nouvel ordre mondial, après le retournement de la scène internationale et le basculement du monde.

            Henry Kissinger synthétisait ces évolutions dans la nouvelle puissance américaine conciliatrice de la coopération avec l’identité. Il soulignait le retour de la géographie autour des quatre systèmes des RI : transatlantique ; Asiatique, Moyen-Orient et Afrique auquel l’on pouvait ajouter sud-américain, s’il n’y avait pas l’Organisation des Etats Américains.

            Une théorie africaine des relations internationales aujourd’hui devrait être celle qui montre à l’Afrique les limites et les pièges du dogme de l’interdépendance économiques des nations ; qui fasse comprendre les raisons de l’agitation de certains Etats autour des religions et des armes de destruction massives pour ne pas dire la prolifération nucléaire et qui prenne position dans les politiques de coopération avec les puissances émergentes en quête d’harmonie plutôt que d’équilibre, l’harmonie pouvant être la voie douce de consécration d’un monde déséquilibré.

Par le Prof. Philippe Biyoya Makutu Kahandja, Directeur de l’IPRIS

 

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