Comme en 1996 et 1998 : Goma, l’affront

 

En dépit d’une farouche résistance des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), la ville de Goma est finalement tombée hier matin entre les mains des rebelles du M23.  Annoncée par plusieurs médias périphériques et reconnue par les officiels congolais, la chute du chef-lieu du Nord-Kivu est ressentie par des millions de Congolaises et Congolais comme une humiliation nationale. Ce qui vient de se produire à Goma fait d’autant mal que notre armée a été battue sur nos propres terres, même si les « envahisseurs » étaient soutenus par le Rwanda et l’Ouganda.

 La prise de Goma par le M23 est révélatrice de la gamme de nos faiblesses : militaire, politique, diplomatique. C’est le lieu d’avouer que la République Démocratique du Congo souffre encore de l’inexistence d’une armée de métier, à cause notamment de la politique des essais-erreurs privilégiée dans le processus de sa réforme.

 Les formules fourre-tout de « brassage » et « mixage » entre éléments des troupes régulières et ceux des forces négatives ont complètement désarticulé le système national de défense, notamment avec le parachutage en son sein des milliers d’infiltrés rwandais ou rwandophones ainsi que de criminels et aventuriers de tous poils. La grande parenthèse du Régime 1+4 a ressemblé à un trou noir pour notre pays, moment mis à profit par les dignitaires de la période de transition pour « s’installer et installer ».

            Au plan politique, la mobilisation déclenchée par les confessions religieuses et les organisations de la société civile contre la guerre de l’Est s’est butée à la langue de bois au niveau des gouvernants, visiblement gênés de citer nommément le Rwanda comme pays agresseur et même fâchés contre tous ceux qui tenaient des propos durs contre les tenants du pouvoir à Kigali. Plus d’une fois, l’Assemblée nationale a refusé le débat public autour des tenants et aboutissants de cette sale guerre.

            Quand le gouvernement s’est ravisé et a commencé à en appeler à la résistance populaire, la fracture sociale congolaise, provoquée par les fraudes électorales lors de la présidentielle et des législatives nationales, s’est accentuée avec la chasse aux sorcières déclenchées par les services spéciaux contre des  innocents considérés comme des traîtres  à Kinshasa et dans les deux Kasai.  Bref, il était difficile d’obtenir l’adhésion du grand nombre aux appels d’autorités nationales qui donnaient l’impression de ne savoir s’il fallait faire la guerre au M23 et au Rwanda ou négocier.

            S’il y a un terrain où la RDC devait sérieusement mouiller le maillot pour gagner la communauté internationale à sa cause, sans hypocrisie ni hésitation, c’est celui de la diplomatie, largement déblayé par les rapports des experts des Nations Unies sur la collusion entre les mutins congolais, le Rwanda et l’Ouganda. D’aucuns avaient cru que le gouvernement congolais allait mettre à profit le document onusien pour tirer son épingle du jeu dans plusieurs forums internationaux, notamment l’Assemblée générale des Nations Unies, les « Sommets «  d’Addis-Abéba, Kampala I,II, III et IV et enfin Kinshasa. Hélas, au finish, les deux pays agresseurs ont réussi à échapper à toute sanction, tout simplement en contestant, sur fond de chantage, le travail des enquêteurs de l’Onu. Dans les cercles diplomatiques occidentaux, on déplorait l’ambiguïté du discours des officiels congolais, qui ont longtemps parlé des voisins agresseurs en termes voilés, lorsque le front militaire se trouvait encore confiné aux encablures de Rutshuru.

            Nos compatriotes ont du mal à admettre que le pays se retrouve aujourd’hui avec un genou à terre face à des «ennemis» archiconnus : le M23, le Rwanda et l’Ouganda. Car, cette défaite militaire paraissait impossible, au regard des assurances que ne cessaient de donner le gouvernement national, l’Etat-major général des FARDC, le commandement de la 8me Région Militaire, la Monusco, le gouverneur de cette province ainsi que le Maire de la ville de Goma quant aux dispositions arrêtées pour que la rébellion ne puisse pas franchir la «ligne rouge», à savoir le verrou de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres de là.

            Lorsque le front militaire s’est remis à bouger, à partir du jeudi 15 novembre 2012, le bilan des premiers affrontements paraissait en faveur des troupes loyalistes : 150 rebelles tués et plusieurs soldats rwandais faits prisonniers. Dimanche 18 novembre, l’on croyait la rébellion taillée en pièces quand le gouverneur Paluku parlait des opérations de ratissage des quartiers de Goma pour en déloger les résidus des insurgés. La thèse de la déroute du général Sultani Makenga et ses troupes semblait tenir la route, surtout que le président de la branche politique du M 23, Jean-Marie Runiga, exigeait des négociations politiques directes avec le gouvernement de Kinshasa, la démilitarisation de Goma, la vérité des urnes, le respect des droits de l’homme. Le lundi 19 novembre au soir, lorsque de nouvelles alarmantes du front faisaient état de l’encerclement de cette ville par les éléments du M23, l’on pouvait que faire foi aux sources officielles, qui continuaient de soutenir que cette ville se trouvait sous le total contrôle des FARDC.

Aussi, les dépêches de presse confirmant la chute de Goma ont-elles fait très mal à des millions de compatriotes, qui restent avec le sentiment que ceux qui les gouvernent leur cachaient la vérité au sujet du rapport des forces entre l’armée nationale et le M23. Pour avoir longtemps cru que rien ne pourrait lui arriver à partir de l’Est du pays, notre peuple se surprend à redouter de nouveaux revers militaires.

Maintenant que les rebelles et leurs parrains ont clairement affiché leur plan de déstabilisation du pays, le vœu le plus cher qu’émettent nos compatriotes est que la résistance par les armes s’organise effectivement, afin que Goma ne sonne pas le glas pour le drapeau national. Après le coup réussi par le M23 le lundi 19 novembre, les images des villes qui tombaient sans combat entre 1996 et 1997, lors de la guerre de libération menée par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) contre le régime de Mobutu, défilent dans plusieurs esprits.

            Si les Congolais restent distraits, le Rwanda va faire main basse sur le Nord et Sud-Kivu, l’Ouganda sur la Province Orientale.                                                                  

Kimp

Leave a Reply