Combien d’années pour Bosco Ntaganda ?

Après avoir pris connaissance de la hauteur de la peine prononcée hier contre le Congolais Thomas Lubanga par les juges de la CPI (Cour Pénale Internationale), tous les regards sont à présent tournés vers Bosco Ntaganda, ce général rwando recherché depuis 2006 par la même juridiction. L’interrogation qui revient sur toutes les bouches est celle de savoir à combien d’années serait condamné ce seigneur de guerre ayant fait pire que Lubanga dans le district de l’Ituri, dans le nord de la République Démocratique du Congo.

 La question se pose avec autant d’acuité du fait qu’en plus de partager les mêmes griefs que Thomas Lubanga, à savoir le recrutement d’enfants-soldats, le nommé Bosco Ntaganda s’était rendu personnellement coupable de massacres (plus de 60.000 morts), de viols, de pillages, d’incendies de maisons et villages, de destructions méchantes d’infrastructures, en sa qualité de chef d’état-major des FPLC (Forces Patriotiques pour la Libération du Congo), la branche armée de l’UPC (Union des Patriotes Congolais) dont le pensionnaire actuel de la CPI était le président.
 Si Thomas Lubanga était le patron politique et partant « autorité morale » de l’Union des Patriotes Congolais, Bosco Ntaganda était unanimement reconnu comme l’homme de terrain, la terreur des opérateurs économiques, des exploitants miniers, des populations civiles, des ménages, des jeunes et des enfants du district de l’Ituri. Des témoignages innombrables et concordants indiquent que cet officier sanguinaire venu du Rwanda dans les bagages du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) conduisait lui-même les escadrons de la mort dans des résidences privées, les terrasses, les hôtels dans la ville de Bunia. Il n’hésitait pas à exécuter ou faire exécuter publiquement des innocents qui refusaient d’accéder à ses demandes d’argent.


 Son triste palmarès, en matières de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dépassait largement celui de son chef politique Thomas Lubanga. C’est au regard de son sombre passé au sein des FPLC (Forces Patriotiques pour la Libération du Congo) que l’ancien Procureur de la CPI, Moreno Ocampo, avait délivré un mandat d’arrêt international contre lui en 2006 et demandé au gouvernement congolais de le lui livrer. Malheureusement, la requête est restée sans suite, Kinshasa estimant que l’intégration de Bosco Ntaganda au sein des FARDC, après son coup de force contre le général rebelle Laurent Nkunda au sein du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), était le prix à payer pour le retour de la paix au Nord-Kivu. Présenté alors comme citoyen congolais, ce redoutable criminel a continué de se la couler douce dans sa ferme de Kitchanga, sous la protection du pouvoir en place à Kinshasa.
 Il a fallu la mutinerie du CNDP début avril 2012 et la publication, par Le Phare, du mandat d’arrêt international renouvelé par la CPI contre lui, pour découvrir que le fugitif avait la nationalité rwandaise. Depuis que le pot aux roses a été révélé au grand public, plus aucun officiel congolais n’ose soutenir que Bosco Ntaganda est Congolais.

Circonstances aggravantes

 Selon le dossier judiciaire de ce général identifié finalement comme sujet rwandais, il lui est reproché l’enrôlement d’enfants mineurs dans un groupe armé, le massacre des civils, les viols de jeunes filles, des actes de tortures sur des innocents, etc. Mais, comme si ces griefs n’étaient pas suffisamment accablants pour lui, Bosco Ntaganda vient d’aggraver son cas avec la mutinerie qu’il pilote depuis avril 2012, avec l’appui logistique, militaire et financier du Rwanda.
 En effet, le safari de ses troupes, appuyées par celles de l’armée rwandaise, à travers Bunagana, Rutshuru, Kiwandja et autres localités du Nord-Kivu s’accompagne de nouveaux massacres de civils, de déplacements massifs de populations, de pillages des biens publics et privés, d’arrestations arbitraires, d’actes de tortures, de viols des femmes et jeunes filles, de sabotage des infrastructures, etc. Ce nouveau feuilleton de contestation du pouvoir établi, de violences et d’atteintes aux droits de l’homme mérite la particulière attention du Procureur de la CPI.
 Si Thomas Lubanga s’en est tiré avec 14 ans, en raison de circonstances atténuantes lui reconnues, alors que le ministère public en avait requis 30, l’on pense que Bosco Ntaganda, s’il était arrêté et jugé, ne devrait pas bénéficier de la clémence des juges. Sa condamnation à la peine la plus forte serait un grand soulagement pour ses victimes et leurs familles. 

 Kimp

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