Colère a Kisangani : les manifestants s’attaquent aux symboles du pouvoir

 

Suite aux informations de la chute de la chute de la ville de Goma aux mains des rebelles du M23,  la Coordination des Etudiants de l’Université de Kisangani, après avoir informé les autorités locales, a organisé une marche de protestation le mardi 20 novembre 2012 dans les principales artères de Kisangani.Vers 8 heures du matin, la marche est partie du bâtiment administratif de l’Université de Kisangani où un rassemblement d’environ quatre mille étudiants des établissements d’enseignement supérieur et universitaire de la Ville était observée.

D’après les étudiants, la marche visait à exprimer aux autorités nationales et à la communauté internationale leur protestation sur la prise de Goma par les rebelles du M23, l’abandon des Forces armées de la République Démocratique du Congo et la passivité des forces de la Monusco à s’acquitter convenablement de leur mission.

Les manifestants, majoritairement constitués des étudiants à 80%, auxquels s’étaient joints quelques élèves des écoles secondaires, de gré ou sous pression morale, et des chauffeurs des taxis-motos, ont emprunté l’avenue Munyororo de l’Université de Kisangani jusqu’à l’avenue de l’église ou le groupe s’est scindé en plusieurs sous-groupes : les uns se sont dirigés vers le cabinet du gouverneur de province, les autres vers la mairie de la ville de Kisangani, d’autres encore vers les bâtiments de la Monusco/Onatra et le quartier général de la Monusco pres de l’ancienne résidence du président Mobutu.

Durant le déroulement de cette marche, les manifestants ont vete encadrees par deux jeeps de la police, armée de fusils et de grenades lacrymogènes. Bien que les manifestants scandaient des chansons très hostiles au Président de la République et utilisé certaines effigies du régime Mobutu, la police a observé une attitude neutre et pacifique.

La marche a dégénéré au niveau du cabinet du gouverneur de la province, du bâtiment de la Monusco/Onatra et du quartier général de la Monusco et du siège du parti présidentiel (Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement) quand les manifestants ont jeté des pierres et incendié le siège de ce parti. La police a ainsi tiré en l’air pour disperser les manifestants mais aussi tiré à balles réelles, touchant quelques étudiants qui ont été évacués vers les cliniques universitaires.

Il s’est observé la colère des manifestants devant les symboles du pouvoir en place et les bâtiments de la Monusco car, pour eux, ces deux institutions ont failli a leur mission de sécurisation de la ville de Goma et de protection de la population.

Devant l’escalade de la violence marquée par la détermination des manifestants de s’attaquer aux symboles du pouvoir, au bureau de Commission électorale nationale indépendante et aux résidences de certains dignitaires du régime, la garde républicaine a rejoint la police en tirant a balles réelles et occasionnant un mort parmi les civils manifestants.

Ainsi, le bilan provisoire dressé par le groupe LOTUS vers 16heures du même jour, fait ressortir les dégâts humains et matériels suivant :

 

· Deux morts parmi les civils dont un atteint par balle au niveau de la poitrine devant la résidence de l’ancien Gouverneur et l’autre étant prisonnier est mort

en essayant de s’évader lorsque les manifestants ont tenté de casser la porte de la prison centrale ;

· Six blessés parmi les étudiants évacués aux cliniques universitaires dont M. Ndomba Mangaza, M. Ndibu Ntambwe et Mlle Falonne ;

· Le siège du parti PPRD, situé sur l’avenue Tanganyika en plein centre ville incendié complètement ;

· le véhicule anti-incendie qui a été dépêché par le maire de la ville ;

· le siège du parti politique MSR et le bureau de la représentation provinciale de la majorité présidentielle (MP) saccagés ;

· quatre véhicules de la Monusco complètement incendiés au port de l’Onatra (Movcon) ;

· le bureau exécutif de la commission électorale nationale indépendante (CENI)/Kisangani partiellement incendié et totalement saccagé ;

· la résidence de l’ancien gouverneur de province, Médard AUTSAI partiellement incendié ;

· les matériels de l’église Jésus Seul Sauveur (JSS) du pasteur RUNIGA Jean-Marie devenu chef rebelle du M23, cassés et d’autres matériels emportés ;

· le tribunal de paix/Kabondo saccagé.

Si cette marche a mobilisé la majorité des étudiants de la ville de Kisangani, elle a été aussi soutenue par divers mouvements des jeunes qui étaient en colère contre le pouvoir en place et la mission des Nations unies en RDC. Ces jeunes ont dressé des barricades dans plusieurs quartiers périphériques de la ville de Kisangani pour empêcher les dignitaires du régime politique et les agents de la Mission des Nations unies de circuler librement ou de quitter la ville.

Les autorités locales, à plusieurs niveaux, ne s’attendaient pas à un revirement de la situation. Si au début, elles pouvaient imaginer la colère des manifestants contre la Monusco (Mission des Nations unies), la révolte des manifestants contre toute autorité congolaise les poussait à se protéger elles-mêmes et ainsi les amenait à mener des actions pour contenir les manifestants. C’est dans cet esprit qu’on peut situer l’intervention de la garde républicaine devant une passivité de la police, observée au début de la manifestation.

De même, des mesures d’encadrement efficace et d’anticipation de dérapage des manifestants n’ont pas été mises en place par des autorités locales.

Si des mesures correctives et préventives de réduction de violence populaire ne sont pas mises en place à tous les niveaux, il y a risque de craindre un vide de l’autorité

de l’Etat et une xénophobie qui seront difficiles à gérer à court et à long terme.

Au regard de cette montée de colère et de violence populaire à Kisangani, le Groupe

LOTUS appelle les autorités congolaises et la population à :

privilégier les voies non violentes et pacifiques pour exprimer leurs opinions et faire entendre leurs voix tant aux niveaux national et international ;

protéger et sécuriser toute personne étrangère vivant en RDC ;

respecter les droits humains en toute circonstance;

encadrer pacifiquement toute manifestation publique ;

traduire devant la justice toute personne responsable d’une infraction et toute autorité ou tout agent de l’ordre public responsable des violations des droits

humains. 

Fait à Kisangani, le 20 novembre 2012. 

Pour le Groupe LOTUS

1. Brejnev BAKA

2. Emmanuel KABENGELE

3. Lucien MUKONKOLE

4. Joseph LOINGO

5. Guilaine LUMALIZA

6. Gisèle EDUMU

7. Goretty MATETE

8. Jean-Claude MOSALA

9. Christian BIONA

10. Olivier BAKIA

11. Adrien BANWITIYA

12. Dismas KITENGE

 

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