Cinquantenaire : témoignage de Bernadette Tokwaulu Aena

J’estime que c’est un privilège et un don de Dieu de voir le cinquantenaire de l’indépendance. C’est la commémoration de la somme des efforts, des échecs, des succès dans la construction politique, économique et sociale de notre pays. C’est le jour où nous saluerons la mémoire des pères de l’indépendance et de tous ceux qui ont travaillé pour ce pays à quelque titre que ce soit.

Ma famille a largement contribué pour notre pays, je veux suivre ses traces et je serai sa représentante durant les festivités du 30 juin.

Je pense à mon oncle SALUMU Bernard qui était le Secrétaire Particulier de LUMUMBA et Commissaire de District, Premier Bourgmestre dans la République Libre du Congo de GIZENGA à Stanley Ville après l’assassinat de LUMUMBA. SALUMU Bernard est mort assassiné le 30 octobre 1965 dans une parodie d’accident au croisement des avenues de la Justice et de 24 novembre.

Je pense à mon oncle KIDITCHO Léon, Ministre du Gouvernement TSHOMBE puis Ministre de MOBUTU qui est mort assassiné le 11 janvier 1966, trois mois après son frère SALUMU dans une parodie d’accident au croisement des avenues LUMUMBA et SENDWE.

Je pense à mon oncle KAISALA Augustin, Ministre dans la République Libre du Congo de GIZENGA. Durant tout le régime du Maréchal MOBUTU, il fera de nombreux séjours en prison sous prétexte de tentative de rébellion. Epuisé, sans jamais avoir pu trouver du travail, il se laissera mourir du diabète.

Je pense à mon oncle MANGUBU LOSEMBE. Féru de politique, il s’obstinait à en faire sans jamais percer.  Il mourra dans un accident de camion sur la route de Matadi.

Je pense à ma grand-mère BANGALA BALIMANGA, fille du Chef LOBANGA, Commerçante et millionnaire avant l’indépendance qui a été fusillée par l’armée nationale congolaise et les mercenaires en 1965 après que fut matée la rébellion de GIZENGA. On lui reprochait d’avoir nourri les garnisons des militaires rebelles alors qu’elle ne faisait que donner de l’argent à son fils SALUMU Bernard, Commissaire de District.

Je pense à mon père TOKWAULU BATALE Emmanuel, Ambassadeur du Zaïre à Maputo sous le régime du Maréchal MOBUTU. Il est mort dans l’attentat contre l’avion du Président SAMORA MACHEL du Mozambique.

C’est sur leurs trace que je fais ma part de travail pour notre pays. Je suis une personnalité indépendante de l’AMP. J’ai choisi la veille des élections de suivre Joseph KABILA dans la mise en place et le fonctionnement des institutions démocratiques et dans la reconstruction du pays. Pour ce faire, j’ai battu campagne pour les présidentielles 2006 et en tant qu’Administrateur Directeur Général Adjoint de la Société Nationale d’Electricité, je participe à la reconstruction dans le secteur de l’électricité.

Politiquement, je veux être une femme leader et je suis également fort impliquée dans la vie associative.

D’un point de vue sentimental, je vais saluer la mémoire de ma grand-mère AENA OYOKO LOBANGA, fille du Chef LOBANGA. Je l’ai enterrée l’année dernière. Elle est morte à 101 ans. Imaginez qu’elle a traversé le siècle en grandissant nue dans son village de Yolotsha avec juste ses colliers rouges autour des reins, de la poitrine, du cou et ses bracelets rouges autour des bras. Elle a mis au monde ses premiers enfants dans sa pirogue puis les a élevés à l’occidentale. C’était une grande commerçante qui vendait des haricots et du tabac au marché « Somba sikita » de Kinshasa. A la mort du Ministre KIDITCHO, devant son cercueil, elle s’est présentée nue, manifestation ultime de malédiction, devant le Colonel MOBUTU.

Elle lui a dit : « Tu as tué mes enfants. Il en reste un, KAISALA. Il est dans un de tes cachots. Tue-le aussi qu’on en finisse». MOBUTU a fait libérer immédiatement KAISALA qui fut amené au lieu du deuil.

Quand elle venait me voir à l’internat chez les sœurs à Rouen en France, j’avais honte d’elle. Malgré ses pagnes et son manteau de fourrure, je trouvais qu’elle faisait sauvage avec ses scarifications et tatouages sur la figure et les bras et, sa voix haut perché qui donnait des ordres en Lokele et en swahili aux bonnes sœurs dans leur cuisine. Elle nous amenait de la nourriture congolaise et j’étais morte de honte.

Depuis lors, j’ai compris qu’elle était reine nue ou habillée, partout où elle allait. Je suis fière d’avoir hérité de ses colliers et bracelets rouges en héritant de sa place de fille de chef.

C’est ce bond dans l’histoire que je vais célébrer d’elle à moi.

Chacun de nous est invité à commémorer ses ancêtres et parents.

C’est pour la même raison que le Roi des belges Albert II va venir à Kinshasa.

Il va commémorer ses ancêtres et son peuple qui ont fait entrer le Congo dans l’autre civilisation, saluant les bons côtés des choses et assumant historiquement les mauvais. C’est son devoir de mémoire.

Le cinquantenaire , c’est un devoir de mémoire du passé, une réflexion sur le présent et une option pour améliorer l’avenir de nos enfants.

Après 30 ans de parti unique, une transition 1 + 4 de tous les dangers, le cinquantenaire, c’est aussi l’avènement des Institutions Démocratiques avec les élections de 2006. Donc, également la fête de l’opposition qui a énormément de mérite parce qu’il n’y a pas de démocratie  sans opposition politique forte. Cela favorise la bonne gouvernance et fait avancer les choses.

Beaucoup des miens ont été assassinés donc, je comprends dans ma chair le deuil qui frappe la famille CHEBEYA, Directeur Exécutif de la Voix de sans voix, décédé dans des circonstances à élucider. Tout le pays est affligé par ce deuil.

Il faut donner à la mort de Floribert CHEBEYA sa vraie dimension : le respect des droits de l’homme auxquels il a voué sa vie. Je rends hommage à son combat.

Je salue la volonté du Président de la République et du Gouvernement de voir toute la lumière faite sur cette tragédie et la justice appliquée dans toute sa rigueur.

                                               Bernadette TOKWAULU AENA

Ecrivain et Personnalité  Indépendante de l’AMP

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