Chefs d’Etat africains : le temps des cartons rouges

L’Afrique avait connu, après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Empire soviétique, la vague des conférences nationales à partir de l’année 1990. Partie du Bénin, elle avait déferlé sur plusieurs Etats d’Afrique noire, rasant les dictatures sur son passage. Pour n’avoir pas voulu s’incliner devant l’ouragan de l’histoire, en dépit de la tenue d’une Conférence nationale sur les terres du Zaïre, Mobutu avait fini par être chassé du pouvoir par les armes.
Depuis le début de l’année, le continent est secoué, dans sa partie Nord, par des « révolutions populaires », dont la caractéristique principale est de balayer les dictateurs et leurs systèmes par des manifestations de rue, à mains nues. Il avait fallu un mois en Tunisie, pour faire plier Ben Ali.
 L’Egyptien Moubarak a cru devoir résister jusqu’en septembre 2011. Il est tombé, comme une feuille morte, après 18 jours d’un malheureux combat d’arrière-garde. Il a pourtant eu la chance, le jeudi 10 février, jour de son dernier message à la Nation, de se retirer avec tous les honneurs dus à son rang. S’il avait annoncé la démission tant attendue par son peuple, il n’allait pas connaître, 24 heures après, l’humiliation d’un exil intérieur, dans le désert du Sinaï.
 Les temps des cartons rouges ont ainsi sonné pour les « hommes forts » allergiques à la démocratie, à la bonne gouvernance, aux libertés individuelles, au bonheur collectif… en Afrique. Après ce qui est arrivé à Ben Ali et Moubarak, les Chefs d’Etat qui se reconnaissent dans la peau de dictateurs devraient s’interroger sur leur propre avenir. Car, la révolte des sans-voix, des casseroles vides, des ventres affamés, des sans-emploi, des prisonniers politiques et d’opinions, des laissés pour compte, des miséreux, des déshérités…ne va pas s’arrêter au Nord de l’Afrique. L’effet de contagion ne saurait épargner les terres d’accueil des présidents à vie, qui ont choisi de faire carrière au sommet des Etats.

 Chaque Chef d’Etat du Nord, de l’Ouest, de l’Est, du Centre et du Sud de notre continent devrait faire son examen de conscience ou regarder autour de lui pour chercher à savoir s’il n’a pas confisqué, à son seul profit, le pouvoir politique, le Trésor public, les canaux publics d’information et de communication, le droit à la parole de l’opposition et des forces vives, le droit à la vie de ses concitoyens, le patrimoine immobilier et foncier national, etc.
 Les cartons rouges infligés à Ben Ali et Moubarak ne devraient pas être banalisés mais plutôt perçus comme de sévères mises en garde à analyser sous toutes les coutures pour apporter, le plus tôt possible, les correctifs nécessaires pour être, tant soit peu, en phase avec le souverain primaire. Celui-ci a en effet démontré, à la face du monde, qu’il est plus fort que les matraques, les baïonnettes, les bombes lacrymogènes, les chars de combat, les blindés, les avions de chasse, les services de sécurité, les généraux, les milices privées politisées, les partis uniques, les constitutions personnalisées, etc.
 Les peuples tunisien et égyptien viennent d’administrer à leurs bourreaux des 23 et 31 dernières années la preuve de leur impuissance face à leur détermination à recouvrir leurs droits à l’Etat de droit, à la liberté de parole, d’association et de réunion, au bien-être, à la justice distributive, au travail rémunérateur, à la sécurité, à l’égalité des chances, à la dignité d’être humain, etc. Que ces leçons servent aux dictateurs en sursis, afin que les choses changent en Afrique, dans le sens des nations modernes et civilisées.
Jacques Kimpozo

 

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