Chebeya : la piste policière relancée !

 

L’audition des prévenus et renseignants liés au meurtre de l’activiste des droits de l’homme, Floribert Chebeya, s’est poursuivi hier lundi 31 janvier 2011 à la Prison Centrale de Makala devant la Cour militaire de Gombe. D’entrée de jeu, au moment où deux officiers de la Police nationale congolaise(PNC), le Commissaire Kasamba Kisimba et la Sous-commissaire Corine Mpila, étaient attendus devant la cour, la greffière a indiqué à l’auditoire que cela s’avérait impossible car ces « deux personnes sont inconnues de leurs unités ». Nonobstant ce « raté », l’instruction s’est enrichie des informations techniques fournies par  un expert de la société téléphonique « Tigo », Mangwana. Chargé de la régulation et de l’interconnexion, ce dernier a analysé les échanges téléphoniques du 28 mai 2010 entre le Commissaire Michel Mwila de la PNC et Olivier Kungwa, membre de l’Ong « la Voix des Sans Voix »(VSV). A cette occasion, l’expert a indiqué, d’après les relevés en sa possession, que les deux individus se sont entretenus une fois la journée à 11 heures 48’ et 2 fois le soir (18 heures 24’ et 18 heures 34’).

            S’aissant de l’appel de la journée, l’agent de la VSV a confirmé l’avoir enclenché afin de rappeler le policier qui voulait rencontrer le Directeur exécutif de la VSV, Floribert Chebeya, en vue de déposer un courrier. Cependant, a renchéri Olivier Kungwa, le Commissaire Mwila l’a rappelé à deux reprises le soir pour avoir la suite du rendez-vous entre l’activiste et sa hiérarchie. Version confirmée techniquement par l’expert de Tigo qui a démontré que tous les deux appels du soir avaient pour émetteur le Commissaire Mwila. Invité à justifier les raisons de sa démarche, le policier a indiqué qu’il avait pris l’initiative en second lieu après avoir lui-même découvert un appel en absence sur son portable. « Après avoir rappelé ledit numéro, j’ai eu le monsieur de la VSV avec qui nous nous sommes entretenus la journée. Et il m’a demandé la suite de l’entretien que j’ai eu la journée avec son chef… » a  expliqué l’agent de l’ordre.

            Cependant, l’expert de Tigo, Mangwana, a fait noter que les relevés téléphoniques en sa possession ne reprennent que les appels entrants et sortants. Aucune information donc sur les appels en absence.
            Intervenant dans cette polémique, le Ministère public a rappelé que le Commissaire Michel Mwila niait avoir appelé Olivier Kungwa le soir du 28 mai. Appuyé par le collaborateur de Chebeya, ce dernier a ajouté qu’il n’avait pas besoin d’appeler le policier car son chef lui avait remis personnellement sa carte de visite lors de leur entretien pendant la journée.

            Il faudrait aussi noter que ces deux personnages se sont rappelés, toujours au téléphone, deux jours plus tard, le 30 mai 2010. Alors qu’Olivier ne se souvient pas avoir émis cet appel, Michel confirme qu’il a été appelé par le collaborateur de Chebeya pour savoir si son chef serait effectivement reçu par la hiérarchie de la PNC. « Je lui ai même répondu que j’avais déjà transmis le message… »
 
Gomer Martell réapparait…
 
            Unique personne témoignant avoir vu et reconnu Floribert Chebeya à l’Inspection Générale de la police nationale, la veille de son assassinat, le Camerounais Gomer Martell a été confronté à la Commissaire Aleine Tshimanga, au cours de l’audience d’hier. Opportunité de raconter, une nouvelle fois, les circonstances de son arrestation, l’homme d’affaires Martell a souligné le piège que lui avaient tendu les agents de la Direction Générale des Renseignements Spéciaux parmi lesquels se retrouvait la Commissaire Tshimanga. Cette dernière, déguisée en femme d’affaires pour ladite opération, a au contraire affirmé que ce sujet étranger exerçait le trafic de faux billets de 500 FC et que la mission était bel et bien de lui tendre un piège afin de démanteler le réseau. « Pour les besoins de la cause, nous lui avions même avancé 1500 USD pour adhérer dans le deal moyennant une décharge lors d’un rendez-vous à la terrasse Planète J à Gombe… » a rapporté l’agent de la PNC.

Toutefois, Gomer Martell a tenu à confier  à haute voix au juge et à l’assistance les menaces sérieuses dont il fait l’objet depuis qu’il a apporté son témoignage à la Cour contre le prévenu Colonel Mukalayi et sa suite. « Je suis en insécurité totale car chez moi n’est pas loin du bataillon Simba. Même mes proches se méfient de moi, depuis que j’ai parlé à visage découvert et récemment j’ai aperçu des mouvements suspects des personnes louches devant chez moi… » s’est-il plaint.

            Concernant l’affaire de contrefaçon des billets de banque, Gomer Martell soutient mordicus qu’il s’agit d’un coup monté afin de lui ravir ses biens et de l’argent. Et pour preuve, beaucoup de ses biens ont été saisis  illégalement alors qu’il a été blanchi par le juge du Tribunal de Grande Instance de la Gombe. Décision dont  la Cour militaire a pris acte, en promettant de saisir le Procureur de la République près la Cour de Gombe pour être informer de la requête de Gomer Martell.
            Invité en dernier lieu, l’Inspecteur Jerry Kahuzi, chef du département étude et analyse à la DGRS, a indiqué qu’après la découverte du corps de Chebeya, le Colonel Mukalayi, son supérieur hiérarchique, l’avait dépêché à l’Inspection générale pour voir le communiqué de presse fait à ce sujet et le rendre conforme à notre style. Arrivé sur place, poursuite-t-il, j’ai trouvé un texte, alors que l’Inspecteur divisionnaire adjoint, le Général Oleko, s’est amené lui aussi avec un autre texte. De ces deux textes, j’avais préféré celui amené par le Général car plus explicite et exhaustif. Mon rôle s’est arrêté là car je ne suis pas enquêteur. Je n’ai pas non plus participé à l’élaboration dudit texte. Mon apport et mon appréciation n’étaient pas judiciaires mais communicationnels… »a-t-il clamé, jurant qu’il n’a posé aucun acte pour dissimuler quoi que ce soit dans cette affaire.
            Suspendue, l’audience reprend le jeudi 3 février , avec l’audition très attendue des autres opérateurs téléphoniques que sont Airtel et Vodacom.

Tshieke Bukasa 

 

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