Centenaire de la Grande guerre : le jour où les soldats congolais prirent Kigali

Les cérémonies commémoratives de la 1ère Guerre mondiale connaissent une solennité particulièrement en Europe, et plus spécialement dans des pays comme la Belgique, la France et la Grande-Bretagne, la troïka victorieuse de l’Allemagne et de son alliée, l’Italie. Pendant que les Européens remplissent leur devoir de mémoire en hommage aux « héros » du premier conflit interplanétaire, les Congolais donnent l’impression de ne pas être concernés par l’événement.

 

Et, pourtant, c’est pendant les péripéties de la première Guerre mondiale que leur armée, appelée alors « Force Publique », avait écrit les plus belles pages de son histoire. Créée le 30 octobre 1885 à l’initiative du Roi Léopold II en personne, au lendemain de la Conférence Internationale de Belgique destinée au partage de l’Afrique entre puissances coloniales, elle eut pour mission principale la protection de sa « propriété privée » dénommé Etat Indépendant du Congo.

Comme vestiges de hauts faits d’armes de nos ancêtres ayant servi dans cette armée coloniale, il y a la «  Maison du Combattant », rebaptisée, par abus de langage, « Maison des Anciens Combattants », dans la commune de Kasa-Vubu, à côté du marché Gambela. Il y a aussi des avenues telles que Gambela, Mahenge, Saïo, Assosa, Ethiopie, Birmanie pour rappeler encore, à la mémoire collective, les conquêtes militaires de l’armée belgo-congolaise appelée « Force Publique ».

Il est fort dommage que le nom de Tombeur ait été effacé de la carte géographique de la ville de Kinshasa, au profit de Tombalbaye d’abord et maintenant de TabuLey. Car, la première Guerre Mondiale marque le point de départ de l’histoire commune au grand Congo, au Rwanda et au Burundi. En effet, les archives signalent que c’est le 6 mai 1916 que les troupes belgo-congolaises, commandées par le général belge Charles-Henri Tombeur, battirent à plate couture les troupes allemandes et leur arrachèrent la ville de Kigali, alors capitale du Rwanda-Urundi. Pour cette bataille, raconte, le général Tombeur eut même recourent aux hydravions, qui firent une démonstration de force sur le lac Tanganyika.

Après Kigali, la « Force Publique » partit à la conquête de Tabora (actuelle Tanzanie), qu’elle soumit le 19 septembre 1916, considérée alors comme la capitale administrative de l’Afrique orientale allemande. Les chutes de Kigali et Tabora eurent comme conséquence, après la proclamation de l’Armistice, le 11 novembre 1998, date marque la fin de ce conflit mondial, le passage des territoires du Rwanda-Urundi sous la tutelle de la Belgique.

On n’oublie pas non plus les exploits de la Force « Publique » dans d’autres colonies allemandes d’Afrique telles que le Cameroun, la Rhodésie (Zambie et Zimbabwe), l’Abyssinie (Ethiopie), le Togo, l’Egypte, Madagascar mais aussi Moyen-Orient et d’Asie (Birmanie, Inde).

 

« Oublier, c’est trahir »

 

« Oublier, c’est trahir » : l’expression est du maréchal Foch. Pour ne pas jeter les vétérans congolais de la première Guerre Mondiale dans la poubelle de l’oubli, un groupe de compatriotes résidents en Belgique, avec à leur tête Joseph MbunguNkandamana, journaliste émérite, ancien Editeur du journal « Présence Congolaise », bat campagne en leur faveur depuis 2009. Depuis lors, ils organisent, à leur manière, des manifestations d’hommage aux anciens combattants congolais chaque 11 novembre, parallèlement aux manifestations officielles du gouvernement belge.

Le 11 novembre 2013, c’est-à-dire une année avant le centenaire de la première guerre mondiale, ils avaient confectionné un méga-programme ayant eu pour cadre la place de l’Eglise Sainte Famille, rue Richard Vandervelde, à Schaerbeek, dans la ville de Bruxelles. A cette occasion, les Congolais de la diaspora ainsi que les Belges intéressés par le passé de la Force Publique avait suivi des communications de haute facture. On peut citer, dans l’état, celles de Jean-Jacques Wondo, diplômé de l’ERM, sur « Genèse et évolution de la Force publique : de 1885 à 1960 », du colonel Dominique Kalonga, diplômé de l’ERM et officier ex-FAZ sur « Les campagnes de la Force Publique du Congo », de Odette Kudjabo, petite-fille d’Albert Kudjabo, volontaire de la guerre 14-18 sur « Les Volontaires Congolais en Belgique », de Anicet Mobe, chercheur et membre du collectif « Défis » sur « L’effort de guerre et les dividendes des victoires de la Force Publique au profit de la Belgique ». Cette année encore, Joseph Mbungu et compagnie comptent récidiver.

La RDC, la mère patrie des vétérans de la Force Publique est-elle préoccupée par les exploits militaires de ses fils ? Apparemment non.

Kimp

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