CENI : nouvelles menaces de l’UE et de l’ONU

 L’Union Européenne ne semble pas prête à s’embarquer dans le bateau du calendrier électoral réaménagé par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et échelonnant de 2012 à 2014 les élections des députés provinciaux, des sénateurs, des gouverneurs de provinces, des maires de villes, des bourgmestres et des chefs de secteurs. Elle pose des préalables, lesquels sont à remplir à la fois par cette institution d’appui à la démocratie, le CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication), la Cour Suprême de Justice et le gouvernement congolais.
Dans sa « Résolution » en rapport le nouveau processus électoral congolais enclenché en 2011 et rendue publique le mercredi 13 juin, il est rappelé au « pouvoir organisateur » des élections en République Démocratique du Congo tout le potopoto ayant entaché le fichier électoral, le vote, la compilation des résultats et le traitement des contentieux électoraux. L’UE exige une restructuration profonde de la CENI, qui devrait toucher jusqu’à sa composition, de manière à en faire une institution effectivement indépendante, neutre et performante, capable d’offrir aux Congolais des élections réellement démocratiques, libres et transparentes.
En clair, elle tient à faire savoir à cette institution d’appui à la démocratie qu’elle avait échoué dans sa mission consistant à faire éclater la vérité des urnes. La volonté du souverain primaire n’ayant pas été respectée en novembre 2011, elle exige avec fermeté de la CENI un changement radical dans ses méthodes de travail, afin que les règles du jeu démocratique ne soient pas galvaudées entre 2012 et 2014.
 
Au CSAC, il est reproché son impuissance face à la mainmise du pouvoir en place sur les médias publics. D’où, la campagne électorale de 2011 s’est déroulée dans un contexte de déséquilibre total entre candidats des partis au pouvoir et ceux de l’opposition dans l’occupation des plateaux des télévisions et des antennes des radios publiques. L’UE en appelle vivement à l’indépendance effective du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication et sa neutralité dans le contrôle de la couverture médiatique du processus électoral par les médias tant publics que privés.
Un des socles d’une démocratie digne de ce nom, la liberté d’expression et de presse devrait être débarrassée de tout ce qui est de nature à la restreindre ou, plus grave, l’étouffer. Dans l’entendement de l’Union Européenne, il serait impossible à la RDC de cheminer vers l’Etat de droit si la presse est bâillonnée… et si les acteurs politiques comme les activistes de la société civile sont empêchés de sensibiliser l’électorat.
 
L’autre pilier de la démocratie, à savoir la justice, devrait rompre avec sa position d’otage du pouvoir en place. Déçue par les décisions judiciaires ayant sanctionné les contentieux électoraux de 2011, elle souhaite que les choses changent et que l’appareil judiciaire congolais joue correctement son rôle de juge électoral indépendant et impartial.
Entre autres tares du processus électoral de 2011, l’UE a épinglé les violations des droits de l’homme. Arrestation arbitraires des candidats et militants des partis politiques, répressions sanglantes des manifestations conduites par des civils non armés, voies de fait et tirs à balles réelles sur des manifestants, avec en prime blessés et morts, destructions méchantes et incendies des sièges des partis politiques n’ont pas échappé à son attention. Dans le souci du retour de la RDC à l’Etat de droit, elle exige que soient absolument sanctionnés commanditaires et auteurs des violations des droits de l’homme en période électorale. L’impunité dont continuent de bénéficier ces ennemis de la démocratie l’agace.
 
Qui avait dit que le dossier Chebeya était classé sans suite ? En tout cas, l’UE continue de se montrer préoccupée par l’opacité qui entoure le dossier judiciaire de ses présumés assassins. La vérité judiciaire est instamment réclamée, de même qu’il est demandé au gouvernement congolais de ne pas faire obstruction au film réalisé par Thierry…. sur cette affaire de criminalité.
Enfin, beaucoup de choses ont été dites au sujet de la mauvaise utilisation, par les animateurs de la CENI, des ressources financières mises à la disposition de leur institution. L’UE est formelle : elle attend un chronogramme précis et un tableau clair des prévisions budgétaires du processus électoral de 2012-2014 avant de lever une quelconque option au sujet de sa participation. Quant au Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon, il a fustigé une fois de plus les fraudes électorales et violations des droits de l’homme en RDC en 2011. C’était dans son rapport devant le Conseil de sécurité. Il en a appelé à l’amélioration sensible du travail de la CENI et sa réforme.
 
Au regard de ce qui précède, les observateurs pensent que les partenaires européens de la RDC risquent de fermer le robinet si les différents préalables sous examen ne sont pas remplis. Même si Kinshasa a jugé négligeable la participation de l’Union Européenne dans le financement des élections présidentielle et législatives nationales, un éventuel embargo financier ayant pour signataire le vieux continent serait un message fort négatif pour la crédibilité des résultats. Une telle sanction aurait pour symbolique le refus de cautionner un nouvel hold up électoral.
Fragilisée au sortir du premier round du processus électoral, à cause du jeu malsain joué par la CENI dans l’organisation des scrutins de 2011, la RDC va-t-elle faire la sourde oreille aux observations de l’UE ?
 
Kimp

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