CENI-Majorité-Opposition : processus électoral, impossible consensus !

oppositionDepuis le passage « volontaire » de l’abbé Malumalu, président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) au mois de mars au Palais du peuple, aux fins de donner aux députés nationaux les grandes articulations du processus électoral de 2014 à 2016, et surtout la publication d’un calendrier électoral sélectif, car excluant les élections législatives nationales et présidentielles, la classe politique congolaise est entrée en pré-campagne électorale. Pendant que la Majorité exhorte le peuple à adhérer massivement à la « feuille de route » de cette institution d’appui à la démocratie, l’Opposition appelle, de son côté, le même peuple à barrer la route à une initiative qu’elle juge non consensuelle.

 Trois mois après, les positions restent diamétralement opposées, en dépit de la campagne de sensibilisation menée par la CENI auprès de ses partenaires (Partis politiques de la Majorité et de l’Opposition, organisations de la Société Civile, églises, médias, associations féminines et juvéniles). Les sujets qui fâchent sont ceux liés à la transparence du fichier électoral, à l’audit du serveur central, à la cartographie des circonscriptions électorales, au mode de scrutin applicable aux députés provinciaux (suffrage universel direct ou suffrage indirect), à l’insertion ou non des élections des députés nationaux et du président de la République dans le calendrier électoral actuel, au projet de révision de la Constitution, à la neutralité et l’indépendance de la CENI, etc.

La CENI, solidement soutenue par la Majorité présidentielle et une frange de la Société Civile, est sérieusement critiquée par l’Opposition et une autre partie de la Société Civile. Là où la famille politique du Chef de l’Etat et l’institution pilotée par l’abbé Apollinaire Malumalu voient le cycle électoral réunir les conditions requises pour donner au pays une compétition des urnes libre, démocratique et transparente, l’Opposition et sa « Société Civile » redoutent un hold up électoral planifié.

Le pavé de la Communauté internationale

 Alors que l’Opposition paraissait mener un combat d’arrière-garde, destiné à distraire le peuple congolais, elle s’est trouvée réconfortée par la Communauté internationale dans son combat de revendication d’un calendrier électoral consensuel. En effet, lors de leur dernier séjour à Kinshasa, les Envoyés spéciaux des Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, des USA et de la Grande-Bretagne dans les Grands Lacs avaient, à l’unisson, déploré le caractère sélectif du calendrier électoral publié par la CENI et exigé qu’il soit « global », avec notamment l’insertion des élections législatives nationales et présidentielle.

Leur insistance sur le respect des dispositions constitutionnelles en matière électorale et du délai butoir de 2016 pour la tenue des scrutins législatifs nationaux et présidentiels, a convaincu les contestataires du calendrier électoral et de la révision de la Constitution que la CENI et la Majorité présidentielle faisaient fausse route. Cette entrée en scène de la Communauté internationale a du reste suscité une réaction musclée des autorités de Kinshasa, qui ont fait savoir qu’elles n’acceptaient pas l’ingérence étrangère dans les affaires politiques internes congolaises.

Mais, en dépit de la colère de Kinshasa, les diplomates occidentaux n’en continuent pas moins d’exiger un calendrier électoral global et reposant sur un large compromis politique, la non prolongation du mandat du Chef de l’Etat, le respect du droit du souverain primaire congolais de choisir directement ses élus dans les urnes, l’organisation d’élections libres et crédibles, etc.

Mettre de l’eau dans quel vin ?

 Au vu de la fracture qui se dessine entre la CENI/Majorité présidentielle et l’Opposition dans la perception du cycle électoral de 2014-2016, certains observateurs conseillent aux protagonistes électoraux de mettre de l’eau dans leur vin, afin de donner au pays la chance d’obtenir un calendrier électoral susceptible de mettre tout le monde d’accord. Mais, des humoristes ont surgi de nulle part pour demander dans quel vin faudrait-il mettre un peu d’eau : celui du binôme CENI/Majorité Présidentielle ou celui du singleton Opposition ?

Le consensus parait d’autant difficile qu’aucun camp ne semble disposé à faire des concessions. D’aucuns pensent que pour recréer la confiance entre la CENI et ceux qui doutent de sa bonne foi dans la conduite du processus électoral en cours, celle-ci devrait donner des garanties suffisantes quant à sa détermination à éviter les erreurs de 2006 et 2011, avec des listes électorales truffées de fictifs, de doublons, de mineurs d’âge. L’un des moyens de rassurer les sceptiques serait de leur laisser libre accès à son serveur, afin qu’ils soient persuadés que les données qu’il contient reflètent la taille réelle du corps électoral.

                                    Kimp

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