CENI : le Vatican dit «NON» à Malumalu

Le CALCC a tenu hier un point de presse à son siège, dans la commune de Kalamu. L’un des points saillants a été la confirmation du refus catégorique du Saint-Siège de voir l’abbé Malumalu ou un autre membre du clergé catholique siéger à la CENI. Ci-dessous, l’intégralité de cet importante déclaration.

I. Recrudescence de l’insécurité dans le Kivu

1. Au nom de tous les fidèles laïcs catholiques du Congo, le Bureau National du CALCC élève sa voix pour faire entendre le cri de détresse qui nous vient de Goma et de tous les villages du Nord Kivu où nos frères et sœurs sont de nouveau plongés dans l’horreur. Nous voulons amplifier la voix de Mgr Théophile Kaboy, Evêque de Goma, pour dénoncer les abominations qui se commettent dans son Diocèse et au Nord-Kivu en général. Dans un message signé le 6 mai et publié dans l’Hebdomadaire DIA nº16 du 26 mai au 1er juin, le Pasteur de Goma dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire particulièrement dans les milieux ruraux du Diocèse, là où il n’y a ni Police, ni médias, ni ONG. La même situation est vécue dans le Diocèse de Beni-Butembo où des inconnus kidnappent impunément des compatriotes sans que les services de l’Etat ne réagissent. Pas plus tard qu’il y a une semaine, près de 15 personnes ont été enlevés dans la région de Mbawu, là où 3 prêtres assomptionnistes avaient été enlevées il y a six mois. Au total, il y aurait plus de 50 personnes enlevées et dont on n’a pas de nouvelles. Tout ce monde serait détenu dans la jungle.

2. Ceux qui connaissent Mgr Kaboy savent combien il est réservé.

Lorsqu’il en arrive à publier des récits si choquants, c’est qu’on a atteint les limites de l’inacceptable. Qu’est-ce qui peut justifier de tuer sur la route une mère portant un bébé de deux mois ? Qu’est-ce qui peut justifier les tortures sexuelles, pudiquement présentées comme violences sexuelles ? Qu’est-ce qui peut justifier les enlèvements des cadres enseignants, médecins et prêtres qui sont au service des petits et des humbles dans les villages ? Qu’est-ce qui peut justifier de brûler les maisons et les villages d’autrui ?

Qu’est-ce qui peut justifier de mettre sur la route des centaines de milliers de personnes dont des enfants qui manquent de tout ? Ce calvaire dure depuis l’entrée de l’AFDL. Ceux qui posent ce type d’actes ont perdu la conscience. Et ceux qui ont la responsabilité d’y mettre fin, les animateurs de l’Etat, tergiversent. Ce n’est pas normal de continuer à être complaisant pendant que des milliers de nos compatriotes sont innocemment tués, sur notre propre sol, la terre de nos ancêtres. Il faut bien un moment où on dit STOP. 3. Nous voulons le dire très clairement. L’insécurité dans notre pays est due principalement à la volonté de M. Paul Kagame du Rwanda et Museveni de l’Ouganda de vouloir à tout prix occuper les riches terres du Kivu, en complicité avec leurs parrains occidentaux et asiatiques.

Il y a ensuite des compatriotes qui prennent les armes pour diverses raisons, dont certaines sont légitimes. Pour mettre fin à ce calvaire, la solution doit venir de l’Etat congolais qui devrait disposer d’une armée et d’une police bien forméee, disciplinées pour imposer l’autorité de l’Etat partout sur le territoire national. Cela se fait anormalement attendre depuis plus de dix ans.

II. Désignation du Représentant des Confessions religieuses à la CENI

4. Le Président de l’Assemblée nationale, l’honorable Aubain MINAKU, a indiqué avant-hier n’avoir pas reçu un document de la CENCO récusant le candidat désigné par les confessions religieuses en la personne du Révérend Abbé Apollinaire Malumalu. Sans doute, la CENCO n’a pas adressé un courrier à l’Assemblée parce qu’à notre avis, elle avait expliqué la position de l’Eglise aux autres Confessions religieuses qui devraient normalement en tenir compte. Mais ces dernières, on ne sait pas trop pour quelle raison, ont délibérément poursuivi le processus avec cette grave entorse, mettant l’Abbé dans une position pas très confortable. Il faut savoir que le NON à sa désignation est une instruction officielle du Saint- Siège. Cette mesure ne frappe pas un individu pour une fonction, mais tous les ecclésiastiques Evêques, prêtres, religieux et religieuses, pour toutes les charges politiques.

C’est en vertu de ce principe que les prêtres ne se présentent pas aux élections.

5. Si un ecclésiastique veut assumer des charges politiques, il doit renoncer à son ministère sacerdotal. L’exception existe. Elle a été appliquée dans les années 1990 pour la tenue des Conférences nationales en Afrique qui étaient des espaces de dialogue et de réconciliation. Elle a été appliquée au cas de l’Abbé Malumalu en 2005 pour présider la CEI, institution citoyenne assumant une fonction clé pour mettre fin à un conflit armé. En 2013, le contexte est différent.

La CENI est une institution ordinaire de l’Etat pour organiser les élections. C’est pratiquement le Ministère des Elections. Un clerc ne peut pas être Ministre. Voilà tout le problème.

6. Nonobstant cette interdiction de principe qui frappe les ecclésiastiques, l’Eglise ne renonce pas à soutenir le processus électoral. Faut-il rappeler que l’exigence de modifier la structure de gestion des élections et de changer les animateurs s’est fait jour du fait du cafouillage et du chaos qui ont marqué les élections de novembre 2011. Nous savons tous la position très courageuse, voire audacieuse prise par l’Eglise catholique et qui a valu insultes et

calomnies à son Eminence Laurent Cardinal Monsengwo et des menaces de mort contre des prêtres et des laïcs engagés de l’Archidiocèse de Kinshasa. La position de l’Eglise a été relayée par un groupe de laïcs qui ont fait signer une pétition demandant la démission du bureau de la CENI. En avril dernier, le leader de ce groupe, M. Jean Bosco PUNA a été victime avec son épouse d’un grave accident de circulation qui avait tout l’air d’un attentat.

7. Pourtant, l’action de l’Eglise tant au niveau de l’épiscopat qu’au niveau des laïcs engagés n’a qu’un seul et unique but : rendre crédible le scrutin. A n’en point douter, des élections bien organisées, libres et transparentes, génèrent la confiance entre les citoyens et les dirigeants ; elles cimentent la confiance dans les institutions et donc participent à bâtir la cohésion nationale dont le pays a grandement besoin en cette période.

8. L’Eglise qui, contre vents et marées, brave les insultes et les menaces, pour défendre l’unité, l’intégrité territoriale et la souveraineté de notre Nation jusqu’à en payer le prix le plus fort par la mort de plusieurs Evêques, et non des moindres, cette Eglise va-t-elle aujourd’hui démissionner alors que cette Nation qui est la prunelle de ses yeux a besoin d’elle ? Non. Elle ne démissionne pas.

Elle est là au service de la Nation et du peuple congolais. Mais elle ne peut pas rendre le service à la Nation en violant ses propres principes de vie.

9. Conformément à ses normes, l’Eglise a désigné une personne pour assumer la charge que l’on veut la voir assumer. Cette personne, M. Léon Botolo Magoza n’est pas un étudiant. C’est un des principaux, sinon le plus grand leader de l’apostolat des laïcs en RDC. Initiateur et Berger de la Communauté Famille Chrétienne, une des plus grandes associations d’apostolat des laïcs de notre pays dont la réputation a traversé les frontières nationales, Léon Botolo est membre du Conseil Pontifical pour la Famille où il représente l’Afrique francophone. Il est une personne très bien connue des fidèles laïcs catholiques et des milieux chrétiens de notre pays. Il est apolitique, travailleur compétent et honnête, il est un homme juste et très équilibré. Ce n’est pas pour rien que les Evêques lui ont fait confiance.

10. Nous en profitons pour dire clairement à l’opinion publique que l’interdiction faite à l’Abbé Malumalu ne vient pas du Cardinal Monsengwo qui est aussi frappé par cette même interdiction. C’est la loi de l’Eglise. On y déroge que dans certaines conditions. Ces conditions ne sont pas réunies pour le moment.

11. Nous demandons donc à ceux qui ont la décision sur la désignation du futur Président de la CENI de faire confiance à l’Eglise. Et aux citoyens congolais de ne pas désespérer. L’Eglise est déterminée à participer au redressement de la Nation. Elle donne à la Nation ses meilleurs enfants.

Fait à Kinshasa, le 29 mai 2013

Pour le Bureau national du CALCC

Vincent de Paul KEKOLEMBA,

Porte-parole

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