Campagne électorale sauvage : tous des « Ponce Pilate »

Le nombre des calicots, pancartes, banderoles et affiches ne cesse de s’accroître chaque jour qui passe alors que le ministre provincial de l’Intérieur avait donné l’ordre de les enlever au lendemain de la conférence de presse tenue il y a deux semaines par le bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante. Au cours de cette sortie médiatique haute en couleurs, le Pasteur Daniel NGOYI Mulunda avait joué au Ponce Pilate en déclarant à haute et intelligible voix avoir saisi toutes les autorités compétentes, dont particulièrement le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur pour instruire tous les autres responsables politico-administratifs à divers niveaux concernés en vue de procéder à l’enlèvement de tous les signes distinctifs et promotionnels des partis et associations politiques, toutes tendances confondues.

Le bureau de la CENI réagissait ainsi aux remarques lui adressées par les partis politiques de l’opposition invités à signer le Code de bonne conduite en relevant que l’existence de ces signaux rentraient dans le cadre de la pré- campagne avant l’heure, conformément au calendrier électoral. Face à ces arguments en béton, le pasteur Daniel NGOYI Mulunda était sans voix avant de recourir à ce raccourci car convaincu de son impuissance du fait de ne pas disposer des pouvoirs de coercition pour imposer la loi.

Voilà pourquoi la cérémonie de la signature du Code de bonne conduite a été différée et renvoyée sine die. Car, d’une part il s’observe que certains partis politiques et surtout ceux de la Majorité Présidentielle s’adonnent à cœur joie et ne se gênent pas le moins du monde de placer là où bon leur semble des calicots, pancartes, banderoles et mêmes effigies en l’honneur de leur autorité morale. Tandis que leurs frères et sœurs de l’opposition s’en tiennent aux prescrits du calendrier électoral tel que fixé et rendu public. Où est la transparence ? Ensuite, et c’est ce qui est révoltant, la CENI recourt à toutes les stratagèmes dilatoires pour opposer un refus poli à toutes les demandes formulées par les formations politiques de l’opposition pour leur ouvrir le fameux serveur en vue de procéder au toilettage du fichier électoral. Une démarche tout de même légitime à la suite des dénonciations persistantes de l’existence des doublons, des noms des enfants mineurs enrôlés frauduleusement, de militaires, des étrangers, etc.

Absence de la transparence !

Pour bon nombre d’observateurs, ce refus opposé par le bureau de la CENI est suspect et prête à confusion avant de soulever plusieurs interrogations. Il est établi que la loi n’interdit pas aux partis politiques de vérifier le fichier électoral car il s’agit d’un exercice régulier en cas de doute ou de suspicions, conformément au principe universel sacro-saint selon lequel la confiance n’interdit pas le contrôle. Pourquoi le bureau de la CENI résiste-t-il à cette demande ? Y a-t-il des choses à cacher ? C’est la raison de l’existence de la Cour des Comptes et de l’Inspection Générale des Finances pour vérifier à tout moment les comptes des recettes et des dépenses de l’Etat. Il en est de même pour les entreprises commerciales tant étatiques que privées qui, en plus des organes internes d’audit, doivent recourir à des cabinets d’audit externe pour la certification de leurs états financiers.

Il est quand même étonnant et surprenant que ceux qui vont concourir aux élections soient privés du droit de vérifier l’état du fichier électoral, c’est comme si l’on interdisait aux équipes de sport de vérifier les identités des adversaires et des arbitres, le contenu du règlement du jeu, la qualité du ballon et surtout l’état du terrain sur lequel vont se tenir les rencontres de la compétition.
Il est aussi surprenant et bizarre de constater que les partis de la Majorité Présidentielle se rangent curieusement du côté du bureau de la CENI qui, du reste et c’est là où le bât blesse, tente de justifier son refus par celui opposé par les Kabilistes de faire le déplacement du lieu où est logé le fameux serveur. Un refus qui cache bien des choses. Ce qui a fait dire à un cadre de l’opposition que la CENI a perdu sa crédibilité et sa neutralité en prenant fait et cause pour les thèses de l’un de deux camps protagonistes.

Tout compte fait, la multiplication des signaux de pré-campagne, en violation du calendrier électoral et la Loi électorale fait désordre. Au cas où les partis de l’opposition entreraient dans le jeu, ce sera l’anarchie totale et sauvage aux conséquences indicibles. Etonnant que tout le monde, comme Ponce Pilate, se lave les mains et renvoie la balle au voisin et personne ne prend le courage de sévir.

F.M.

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