Cadavres mutilés : vive tension en Ituri

Après une brève accalmie, relative à l’état de ni guerre ni paix entre les milices locales d’une part et entre les FARDC et Cobra Matata d’autre part, le district de l’Ituri est de nouveau sous très haute tension. Selon des informations parvenues au Phare, la communauté Hema est pratiquement sur pied de guerre, prête à en découdre avec tout le monde, mais principalement avec Cobra Matata et le pouvoir de Kinshasa, représenté par les autorités locales et les FARDC.

Le motif de la colère des membres de cette ethnie est à chercher dans une tragédie survenue dans le secteur de Walendu Pindi, dont les circonstances restent encore à élucider. Selon des sources locales, plusieurs positions que tenaient les FARDC avant leur départ en régiments, au début de l’année, sont toujours occupées par les troupes de Cobra Matata, en dépit de la fin de la formation et du retour au bercail des soldats de l’armée régulière.
Il semble que les éléments de cet officier des FARDC en rupture de banc profiteraient de l’absence de l’armée régulière dans certaines localités pour se livrer à des tracasseries diverses sur les populations civiles, notamment des opérations de rançonnement en nature comme en espèces.
Le mercredi 25 juillet 2012, indique-t-on, des membres de la communauté Hema ont sollicité le concours de deux motocyclistes, communément appelés « Toleka », pour se rendre dans la localité de Rwabongo. Mais, jusqu’au lendemain de leur départ de Kasenyi, leurs familles sont restées sans nouvelles, ne sachant s’ils étaient arrivés à destination ou pas. Fort inquiètes, elles ont demandé à un groupe de jeunes d’aller aux nouvelles.


La randonnée de ces « limiers » sur la route menant à Rwabongo a donné lieu à une découverte macabre entre les localités de Katuru et Kombi, à savoir celle de cinq cadavres mutilés après avoir été sommairement exécutés. Une fois l’information transmise aux notables de Kasenyi, elle s’est répandue comme une traînée de poudre à travers le district de l’Ituri, plongeant la communauté Hema dans une grande consternation mêlée d’une soif immédiate de vengeance.
Des menaces directes étaient adressées aux miliciens Ndiki, alliés de Cobra Matata, soupçonnés d’être les auteurs de ce massacre.
Saisi en urgence du climat de tension et du risque de confrontation entre Hema et les hommes de Cobra Matata, le général Amuli est arrivé en catastrophe pour calmer les esprits. Interrogé au sujet des accusations portées contre sa milice, le nouveau seigneur de guerre de l’Ituri a soutenu être étranger à la boucherie.
En l’absence d’explication claire à ce qui venait d’arriver à leurs malheureux frères, les Hema ont mis dans le même sac Cobra Matata, les FARDC et les autorités administratives locales. A ces dernières particulièrement, il est reproché leur incapacité à sécuriser les biens et les personnes à travers le district de l’Ituri et leur refus d’accepter la main tendue de Cobra Matata, pour la signature de la paix des braves.


Le Phare a appris, aux dernières nouvelles, que les cinq cadavres mutilés ont finalement été ramenés hier dimanche à Bunia. Cela a de nouveau ravivé la tension dans cette ville, où l’on a vu des miliciens Hema sortir de partout avec des armes blanches, prêts à faire un malheur. Un contingent de la Monusco a même essuyé un jet de pierres, au motif que la force onusienne était jugée défaillante dans sa mission de protection de la population civile.
Les autorités civiles et militaires de Bunia ont dû déployer un important dispositif de sécurité pour prévenir des dérapages. C’est en fin d’après-midi que sont finalement intervenues les obsèques des victimes de l’insécurité et de l’intolérance. Toutefois, le chef-lieu de l’Ituri ainsi que plusieurs localités où vit la communauté Hema restent encore sous tension.


Kimp

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