Bureaux de vote, bulletins de vote, urnes, couplage, découplage… : Ngoy Mulunda, dites-nous la vérité !

Les nuages du doute se sont accumulés au firmament de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) depuis le couac du dimanche 23 octobre 2011. C’est à cette date en effet que devaient atterrir, aux aéroports internationaux de Ndjili (Kinshasa) et de la Loano (Lubumbashi), les aéronefs devant ramener de la République Populaire de Chine vers la RDC, un lot de 90.000 urnes destinées à la tenue, le 28 novembre 2011, des élections présidentielle et législatives nationales.

Ce premier stock des urnes, sur un total de 186.000 représentant la commande passée par la CENI auprès d’une firme chinoise, était attendu comme un signal fort de la détermination du pasteur Daniel Ngoy Mulunda et de ses collaborateurs à respecter une échéance devenue désormais un des enjeux majeurs du processus électoral congolais. Le raté du dimanche 23 octobre comporte ceci d’inquiétant qu’il tend à confirmer tous les pronostics pessimistes émis jusque-là par des acteurs politiques congolais, des activistes de la Société Civile, des ONG nationales et internationales rompues dans la gestion des questions électorales ainsi que des diplomates au sujet de l’incapacité de la CENI à conduire le peuple congolais aux élections en cette année 2011.

Compte tenu de ce fâcheux précédent, une pressante préoccupation est largement partagée par les Congolais et leurs partenaires étrangers : Daniel Ngoy Mulunda, dites-nous la vérité ! Cette exigence trouve son fondement dans le sentiment que ressentent beaucoup de personnes, et selon lequel ce ministre de Dieu leur cacherait le véritable état des lieux dans les préparatifs, surtout techniques, des élections.

C’est le lieu de lui demander de jouer franc jeu, de manière que tout le monde sache où il en est en ce qui concerne la cartographie des 62.000 bureaux de vote, l’impression des bulletins de vote, la fabrication des urnes, l’hypothèse de couplage ou découplage des scrutins présidentiels et législatifs nationaux. Candidats et électeurs congolais sont impatients d’identifier et localiser les sites retenus pour le vote, de savoir si les 186.000 urnes et les 32 ou 45 millions des bulletins de vote seraient livrés à la CENI dans les délais compatibles avec la tenue des élections.

Il est surprenant qu’à 33 jours de scrutins, le flou reste total au sujet des bureaux de vote, ces locaux si précieux et stratégiques pour le contrôle des compatriotes éligibles à la qualité d’électeurs par les témoins des candidats et les agents de la CENI, le comptage manuel des voix, la compilation des résultats, la rédaction et la signature des procès-verbaux devant attester de la transparence des résultats. Il n’est pas normal que cette institution d’appui à la démocratie réclame aux partis politiques les listes de leurs témoins alors que ses partenaires ignorent à quels endroits les positionner.
Les 62.000 bureaux de vote devraient être physiquement repérables sur la carte géographique du pays pour permettre aux formations politiques ayant des « bases » sur l’ensemble du territoire national de mobiliser effectivement 62.000 témoins. Cette cartographie est par ailleurs importante pour leur permettre de s’assurer qu’il n’y a pas des sites fictifs destinés à recueillir des votes au noir, notamment ceux des mineurs, des policiers, des militaires, des expatriés et des morts.

Stratégie pour ruiner certains candidats ?

Le jeu de cache-cache auquel se livre la CENI, qui n’arrive toujours pas à donner aux candidats et aux électeurs des garanties suffisantes quant à la tenue des élections présidentielle et législatives nationales à la date du 28 novembre 2011 commence à intriguer les états-majors politiques. Cette institution d’appui à la démocratie n’entretiendrait-elle pas un agenda caché consistant à pousser certains candidats à dilapider leurs maigres fonds de campagne avant de décréter, sur le tard, le report des scrutins ?
D’aucuns sont tentés d’y croire car pendant que des milliers de candidats consignent en lieux sûrs affiches, calicots, dépliants, polos, pagnes, képis, stylos, médicaments, savons et autres dons en nature comme en espèces, ils ne sont toujours pas fixés sur les détails techniques et logistiques de l’organisation des scrutins. S’il y a effectivement des contraintes techniques et autres qui l’empêchent de respecter le rendez-vous du 28 novembre 2011, la CENI devrait avoir le courage et l’honnêteté d’éventrer le boa.

Qu’il s’agisse du couplage ou du découplage des élections, les difficultés restent les mêmes. Le découplage, à ce stade du processus électoral, ne réglerait rien. Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda devrait ainsi cesser de croire que l’organisation des élections est son affaire personnelle et que toute décision de report porterait atteinte à son honneur personnel. Le processus électoral est une œuvre commune de l’ensemble des Congolais. Sa réussite ou son échec, total ou partiel, aurait des conséquences, heureuses ou fâcheuses, sur l’avenir commun. Dès lors, il n’y a pas de raison qu’il se mette constamment sur la défensive, comme si le ciel lui tomberait sur la tête dans le cas du non respect de la date du 28 novembre. Ce qui pourrait le couvrir de ridicule, c’est son entêtement à faire croire que tout va bien alors la CENI se trouve devant des contraintes difficiles de calendrier aussi bien pour le déploiement des urnes, des bulletins de vote que des bureaux de vote.

Kimp

 

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