Bryan Aimes invite le gouvernement à plus d’efforts et de prudence

La délégation du FMI venue en RDC, pour procéder à la première revue de la Facilité élargie de crédit qui comme on le sait, vient de remplacer la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance, a terminé samedi dernier, sa mission de trois semaines.

Avant de prendre son avion, Bryan Aimes, chef du département Afrique au FMI, a coanimé au siège de son institution, une conférence de presse avec le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu.

 

Dans son intervention, le chef du département Afrique a indiqué que sa mission avait deux objectifs principaux, à savoir évaluer les progrès réalisés quant au respect de sept déclencheurs de l’atteinte du point d’achèvement  de l’Initiative pays pauvres très endettés, ainsi que les performances macro-économiques à fin 2009. Bryan Aimes et sa suite ont ensuite discuté avec les officiels congolais de l’état de la mise en œuvre du budget 2010 et des réformes structurelles clefs, y compris les sept déclencheurs de l’Initiative PPTE.

La délégation du FMI a également mis son séjour à profit pour organiser à Kinshasa, des ateliers d’information sur le rôle de son institution, à l’intention de la commission économico-financière du Sénat et de l’Assemblée nationale, et des représentants des organisations syndicales et non gouvernementales.  

Dressant le bilan de sa mission, Bryan Aimes a jugées satisfaisantes, les performances macro-économiques durant la deuxième moitié de 2009, tandis que la croissance économique a connu un ralentissement de l’ordre de 6,2 % en 2008 et de 2,8 % en 2009. Ralentissement dû aux effets de la crise économique et financière mondiale sur le pays. Après une baisse en août, il a noté que l’inflation a augmenté en septembre et octobre, suite à l’augmentation de la masse monétaire et la dépréciation du Franc congolais par rapport à la devise américaine.

A la fin de l’année, a fait observer le chef du département Afrique du FMI, l’inflation a baissé à environ 53 % légèrement au-dessus de l’objectif du gouvernement de 49 %. Evoquant l’évolution des réserves internationales brutes passées d’un niveau historiquement bas, soit de 25 millions de dollars  en février 2009, à un milliard de dollars à fin décembre, soit dix semaines d’importations hors assistance, Bryan Aimes a fait remarquer que cette augmentation fait suite au décaissement d’une aide d’urgence du FMI et d’autres partenaires au développement, au décaissement de la première tranche  du pas-de-porte de l’Accord sino-congolais de coopération et aux allocations générales et spéciales de droits de tirage spéciaux DTS du FMI aux pays membres.

 Des efforts recommandés à l’exécutif pour la poursuite des réformes et de la discipline budgétaire

La délégation du FMI qui a eu des séances de travail avec le Premier ministre Adolphe Muzito, les ministres des Finances et du Budget, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu, ainsi que de plus hauts fonctionnaires de l’Etat, s’est réjouie du succès enregistré dans la mise en œuvre du programme économique du gouvernement 2009, ainsi que de tous les critères de performance quantitatifs et toutes les cibles indicatives à l’exception de celle liée à la masse monétaire, dû à un manque de coordination entre le Trésor et la Banque centrale, résultant en une surliquidité dans l’économie.

Poursuivant son examen des paramètres macro-économiques, Bryan Aimes note d’autre part, que 2 de 9 repères structurels sous examen ont été observés, par contre, les sept autres restants devraient être mis en œuvre d’ici fin avril.

Il a relevé d’autres efforts déployés par l’exécutif, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre en janvier et février 2010 du plan de trésorerie du gouvernement sur base caisse avec un crédit net au gouvernement égal à zéro. Cependant, le niveau et la structure des dépenses se sont écartés du programme, financé en grande partie par des recettes fiscales pétrolières ponctuelles plus élevées que prévu. Sa mission est parvenue à un accord avec les autorités sur un plan du trésor révisé pour 2010 qui soit conforme aux objectifs macro-économiques du gouvernement.

Le chef du département Afrique a fait également part à la presse, des séances de travail avec la Banque mondiale, au cours desquelles ils ont passé en revue le statut de sept déclencheurs PPTE, dont le respect de leur mise en œuvre  est une condition pour l’atteinte du point d’achèvement et l’obtention de la réduction substantielle d’un allègement de la dette de la part des créanciers extérieurs.

Bryan Aimes a noté de bons progrès sur tous les fronts, mais a prévenu que les sept déclencheurs exigeront des actions rapides de la part du gouvernement congolais. Ceci, a-t-il dit, sera facilité par le comité de surveillance créé à la Primature. Au regard de ces avancées, les services de la Banque mondiale et du FMI entendent soumettre la demande d’allègement de la dette dans le cadre de l’Initiative PPTE et de l’Initiative de l’allègement de la dette multilatérale à leurs conseils d’administration respectifs avant fin juin. A l’avenir, un appui budgétaire supplémentaire de la part des donateurs aidera à maintenir la stabilité macro-économique et à protéger les dépenses pro-pauvres.

Fixant les idées sur la dette, Bryan Aimes a rappelé que le niveau de la dette extérieure en terme nominal est de 14,2 milliards de dollars, comprenant la dette multilatérale, bilatérale, du Club de Paris et du Club de Londres. Le stock de la dette au regard de la valeur annualisée nette, indice PPTE, est de 10,9 milliards soit 11 milliards de dollars. Quel sera l’impact de l’allègement de la dette. De 10,9 milliards avant le point d’achèvement, ce chiffre va tomber à 2,3 milliards de dollars.

Le service de la dette est de 922 millions de dollars. Il pourrait passer à 104 millions de dollars.

Pour les créanciers commerciaux, il ne détenait pas des chiffres fixes de la dette leur due.  

 Le gouverneur Masangu : « Nous devons maintenir le cap ! »

Complétant le chef du département Afrique du FMI, le gouverneur Jean-Claude Masangu a fait observer qu’en termes d’inflation, on a terminé 2009 avec 53 %, et en 2010, le pic de 67 % a été atteint en janvier et février. Aujourd’hui, il note une tendance baissière avec un taux annualisé en mars de 21%, l’objectif visé étant de 15 %.

Par contre, le taux de change qui était de 903 FC le dollar est monté à 920 Fc le dollar. Aujourd’hui, avec 903 FC le dollar, Jean-Claude Masangu estime que la BCC a fait mieux.

En termes de croissance, l’objectif à atteindre était de 5 % en 2010. Il note qu’on a terminé l’année avec 2,9 %. Sa conclusion : il faut maintenir le cap.

A une question sur l’après-point d’achèvement, Bryan Aimes a formulé quelques recommandations au gouvernement congolais. Pour lui, il faut poursuivre les efforts déployés dans la mise en œuvre du programme économique, les stratégies sectorielles dans l’éducation, la santé et autres, et les réformes en cours. Il a insisté pour l’application d’une politique macro-économique cohérente, l’augmentation du niveau des réserves internationales, afin de protéger le pays contre les chocs exogènes.

Les besoins du pays sont immenses, fait-il observer, mais il faut continuer à avoir des appuis budgétaires. S’agissant des dettes, il prévient qu’il faudra à l’avenir, être vigilant au niveau du gouvernement et augmenter le niveau d’investissements. Il faudra souscrire aux dons, parce que on ne les paye pas. Quant aux prêts, il faut chercher des prêts concessionnels dont le taux d’intérêt est très bas et avoisinerait 0,25 %. Il faut en outre s’assurer que les investissements sont de bonne qualité pour entraîner une augmentation de la croissance, et mettre en place une politique fiscale cohérente pour arriver au but.

 J.R.T.

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