Bosco Ntaganda : après le scandale de Goma, Kinshasa peut-il encore le soutenir?

A toutes les demandes formulées aussi bien par les capitales occidentales que les ONG de défense des droits de l’homme pour transférer Jean-Bosco NTAGANDA à la Cour Pénale Internationale, Kinshasa a toujours réservé une fin de non-recevoir au motif que cet homme constitue un élément de stabilisation de la paix dans cette région chaude. Après cet épisode tragi-comique de l’atterrissage jeudi dernier à Goma d’un Jet privé venu réceptionner un tonnage important d’or auprès de ce général des FARDC, moyennant une importante somme d’argent, quelle sera la réaction des autorités politiques de Kinshasa ? Vont-elles répondre positivement aux demandes formulées ? Un véritable nœud gordien que Kinshasa devra résoudre. Ou à tout le moins une situation shakespearienne très inconfortable d’être ou ne pas être.   Si à ce jour, les coffres de la succursale provinciale de la Banque Centrale du Congo gardent par  les 436 Kgs d’or, l’on se demande toujours si le général recherché par le procureur de la Cour Pénale Internationale va libérer la contrevaleur de ce marché de troc évaluée à des millions de dollars Us.

    Un autre élément troublant et qui sonne comme un message fort en direction de Kinshasa et de l’opinion, c’est le fait que jusque là les aéronefs atterrissaient sur des aérodromes de brousse. Or, indique-t-on, aujourd’hui un Jet privé se permet de se poser au grand jour sur l’aéroport international de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu où se trouvent les sièges des institutions provinciales politico administratives, militaires et ceux de la Monusco ainsi que ceux des représentants des Ongs Internationales. Quel est le sens de ce message ?  En termes d’élément de stabilisation, c’est la découverte d’un trafic illicite des matières précieuses entretenu par celui-là même qui est recherché par la justice  internationale et que Kinshasa a toujours protégé contre vents et marrées. Comment alors continuer à soutenir un officier supérieur qui est pris la main dans le sac dans trafic illicite des matières précieuses au motif qu’il constitue un élément de stabilisation de la paix dans cette partie du territoire national ? Comment continuer à soutenir que l’interdiction d’exploitation artisanale des matières précieuses va rétablir la sécurité dans cette région ? Luis Moreno Ocampo doit rire sous cape tout comme toutes les organisations de défense des droits de l’homme qui n’ont cessé de réclamer le transfert de ce général à La Haye pour y répondre des crimes qu’il a commis en Ituri.

    A regarder de près les épisodes de ce film semblable à une scène de science fiction, l’on se rend compte que l’équipage et les passagers de ce Jet privé en provenance de Lagos ont été surpris par la réaction des services de sécurité. Ils ne s’y attendaient guère car convaincus que le troc allait se dérouler sans heurts. En étaient-ils à leur énième coup ? Tout porte à y croire car non seulement, l’officier proche du général Jean-Bosco NTAGANDA ne s’est pas du tout inquiété lorsque des éléments de l’Agence Nationale des Renseignements l’ont escorté jusqu’au domicile de Bosco NTAGANDA. Et il s’est même permis de leur interdire l’accès avant de revenir plus tard à l’aéroport international de Goma avec les colis des matières précieuses. Pire encore, les autorités militaires provinciales n’ont même pas osé convoquer le général J-Bosco NTAGANDA pour l’entendre sur son comportement pour le moins irresponsable pour un officier de son rang.

    A considérer la thèse selon laquelle  c’est ce trafic illicite des matières précieuses qui entretient l’insécurité à l’Est du pays, Kinshasa aura du mal à continuer de protéger NTAGANDA comme élément de stabilisation de la paix  dans cette région. Sinon ce serait appuyer une chose et son contraire à la fois.  A moins que cet homme ne soit que la face visible d’un iceberg ou l’un des éléments des opérations retour pour le confort des complicités tapies dans l’ombre et qui font peur aussi bien à Kinshasa que dans les capitales occidentales. Comme les objets du crime, notamment le Jet privé, les colis d’or, les complices des deux côtés ont été saisis, le commun des mortels attend avec fièvre l’ouverture du procès qui va mettre face-à-face les quatre membres de l’équipage, les quatre passagers de ce Jet privé venu du Nigéria et le général Jean-Bosco NTAGANDA pour répondre des infractions de violation des mesures d’interdiction de trafic des matières précieuses dans les territoires de l’Est, des mesures prises par le chef de l’Etat lui-même pour rétablir la sécurité dans cette partie du pays. Selon le ministre de la Communication et des Médias, ce Jet est recherché par les autorités américaines pour trafic de drogue, des armes et munitions de guerre. Ce sera peut-être l’occasion inattendue de se saisir de cet officier supérieur des FARDC recherché par la Cour Pénale Internationale. En attendant, comme les colis d’or se trouvent déjà dans les coffres de la Banque Nationale du Congo, veillons et prions pour que les millions des dollars encore entre les mains du général NTAGANDA ne disparaissent pas dans la nature.                 

Fidèle Musangu

 

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