Berlin remis en question : Afrique, retour aux « Etats-villages » ?

L’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, une théorie chère aux pères fondateurs de la défunte OUA (Organisation de l’Unité Africaine) vient de subir un nouveau coup dur, avec l’émergence d’une nouvel Etat au Soudan, jusque-là baptisé Sud-Soudan. Le pays africain le plus étendu en terme de superficie, depuis la conférence de Berlin en 1885, a déjà éclaté en deux, par référendum. Dans le passé, il y a eu le Sahara Occidental devenu République Arabe Sahraouie, puis l’Erythrée, née d’un pan de l’Ethiopie.

Ainsi va l’Afrique, où le virus de la création des micro-Etats ronge plusieurs peuples à travers le continent, sur fond de frustrations consécutives à la mauvaise gestion des richesses découlant de l’exploitation des ressources naturelles. Encore provinces aujourd’hui, le Zanzibar en Tanzanie et le Cabinda en Angola vont-ils rester éternellement sous ce statut ? On sait une chose : des leaders politiques cabindais réclament, depuis 1975, année de l’indépendance de l’Angola, l’autonomie du Cabinda. Comme pour le Sud-Soudan, l’enjeu de cette exigence est à chercher dans la manne pétrolière.

Au moment où l’Europe chemine vers son unité politique, après avoir réalisé son unité économique et financière, l’Afrique, de son côté, semble avoir résolu de progresser à reculons, dans la direction des Etats-villages, à construire sur la base tribale ou ethnique. La leçon principale à tirer de la naissance virtuelle du Sud-Soudan en tant qu’Etat indépendant est que les Africains devraient se mettre résolument à l’école de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la distribution équitable des richesses, de la justice, du respect des droits de l’homme, de la liberté d’expression et d’opinion, de la tolérance, de l’égalité des chances entre citoyens, du développement communautaire, etc.

Les hommes forts, qui ont tendance à privatiser le pouvoir d’Etat, devraient disparaître au profit d’Etats forts, garants de mêmes droits et mêmes devoirs pour leurs citoyens. Les Africains devraient comprendre que les mandats publics qu’ils exercent ou qu’ils aspirent à exercer ne sont pas pour leur enrichissement personnel, celui de leurs familles biologiques ou de leurs copains… mais pour chercher le bien de la collectivité.

Loin d’applaudir l’exemple sud-soudanais, il faut au contraire y voir les germes de la fragilisation de l’Afrique. Personne ne devrait être dupe : le Sud-Soudan n’a pas été poussé à l’autonomie pour les beaux yeux de son peuple. Les tireurs des ficelles, internes comme externes, n’ont qu’une préoccupation : tirer le maximum de profit des recettes pétrolières.

 

La RDC sur la liste noire

 

Les Congolaises et Congolais doivent-ils craindre l’effet de contagion ? La réponse est affirmative. L’histoire récente nous apprend qu’entre 1996 et 2003, il s’est trouvé au sein de la communauté internationale de chauds partisans de la balkanisation de notre pays, au motif qu’il était trop riche et que la meilleure façon de lui épargner les guerres à répétition, les convoitises d’autres Etats et des multinationales était d’agir ainsi. Mais un curieux sentiment de vouloir vivre ensemble a refroidi l’ardeur des tenants de la création des Républiquettes.

La République Démocratique du Congo peut-elle s’estimer à l’abri des velléités d’indépendance de l’une ou l’autre de ses provinces ? Rien n’est moins sûr. Chacun a vu comment, sur pied du découpage territorial, certains Districts ont failli franchir la « ligne rouge » de la rupture avec le pouvoir central, à la date du 15 mai 2009.

L’insécurité récurrente dans la partie Est du pays, l’omniprésence des seigneurs de guerre et des forces négatives internes et externes, les mouvements insurrectionnels annoncés et étouffés au Katanga, à l’Equateur, au Bas-Congo, au Bandundu, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Province Orientale constituent, si besoin était, des signes non négligeables de l’existence d’agendas cachés par rapport à l’avenir de l’Etat-Nation.

L’une des parades contre les menaces de balkanisation du pays reste la transparence du processus électoral en cours mais aussi la distribution équitable du revenu national, le désenclavement effectif des provinces, la construction de l’Etat de droit, le partage des valeurs morales, la libéralisation de l’espace politique, etc. Le pays a toujours été présenté comme un Etat fragile, susceptible de se désintégrer à tout moment, surtout si de nouveaux conflits électoraux et post-électoraux, mêlés aux conditions sociales précaires pour le grand nombre, viennent empoisonner la vie entre ses citoyens.

Jacques Kimpozo

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