Autisme : Un trouble mental qui handicape le développement de l’enfant

Le monde célèbre aujourd’hui la journée mondiale de l’autisme. Cette maladie infantile qui se compte actuellement parmi celles affectant le plus  le développement de l’enfant et dont les symptômes se manifestent avant l’âge de trois ans, semble encore être méconnue par une majeure partie de la population congolaise. Saisissant cette occasion afin de vulgariser l’information à ce sujet, Le Phare a rencontré, le lundi 31 mars 2014 à son bureau, Dr David Mpaka Mbeya, neuropsychiatre au Centre Neuro Psycho Pathologique de Mont Amba (CNPP/MA) et spécialiste en   Troubles Associés à l’autisme au village Bondeko, dans la commune de Barumbu.

Le Phare : Qu’est-ce que l’autisme ?

Dr. Mpaka Mbeya : l’autisme vient du mot « autos » qui veut dire repli sur soi.  En effet, c’est un trouble neuro-développemental qui dérange le développement normal de l’enfant dès la naissance jusqu’à l’âge adulte. Déjà avant l’âge de 3 ans, l’enfant présente des troubles dans 3 domaines de sa vie : Interaction sociale (difficulté de s’intégrer dans la société),  communication (difficulté de communiquer ses pensées) et comportement (restreint et stéréotypé). Pour déclarer qu’un enfant est bel et bien autiste, il faut qu’il y ait nécessairement association de 2 symptômes en rapport avec la socialisation, 1 avec la communication et 1 lié au comportement.

Comment reconnaître un enfant autiste ?

On peut le reconnaître à partir des 3 domaines cités ci-haut. En ce qui concerne la socialisation, l’enfant autiste a du mal à entrer en contact avec les autres, il est souvent isolé et en groupe, il provoque souvent des bagarres. Il  ne supporte pas les endroits publics (bus, églises, marchés, etc.) et lorsqu’il est en face des visiteurs, il cherche où se cacher. S’agissant de la communication, le langage de l’enfant autiste pose problème. Soit il ne parle pas, soit le langage arrive en retard ou encore il parle correctement mais avec difficulté de communiquer ses pensées. Ses réponses seront évasives avec un langage idiosyncrasique (élémentaire). En plus, un enfant autiste a du mal à se nommer (au lieu de je, il dit tu),  à indiquer ce dont il a besoin.  Du point de vue comportemental, c’est un enfant qui manifeste des attitudes anormales qui sortent de l’ordinaire. Il aime que son environnement demeure intact avec chaque chose à sa place comme d’habitude. Dans le cas contraire, il se sent perdu et s’énerve. Il peut se mettre à battre les mains sans relâche, s’accrocher ou jouer avec des choses inutiles (2 bouchons, 2 cacahuètes, 2 lacets) et lorsque vous tentez de les lui arracher, il s’agite brutalement jusque même à se tordre, se mordre, se mutiler ou se cogner la tête contre un mur. Les enfants souffrants des troubles d’autismes sont difficilement consolables et ne compatissent pas avec leur entourage.

Ne pensez-vous pas que ce problème de communication serait lié à une certaine surdité ?

C’est vrai qu’il peut avoir une confusion entre les deux. Mais la différence est qu’un enfant sourd ne parle pas mais communique avec des gestes. Tandis que l’enfant autiste ne compense pas son langage verbal par des gestes. Il se suffit à lui-même. Contrairement au sourd, il n’indique pas ce dont il a besoin mais se sert sans demander l’avis de qui que se soit. Dans le cas contraire, il peut se mettre à se taper la tête à l’aide d’un gobelet s’il a soif ou peut vous tenir à la main en vous entraînant vers la nourriture pour signifier qu’il a faim. Et c’est à vous de comprendre ce dont il a besoin. Pourtant ce n’est pas de cette manière qu’on communique. Hormis cela, il peut vous donner l’impression de ne rien entendre lorsque vous lui adressez la parole mais après quelques temps, il vous répète textuellement les mêmes paroles. Cet enfant peut manifester la même attitude à l’école en faisant semblant de ne rien comprendre de tout ce que lui enseigne son maître, mais une fois à la maison ou sur papier, il reprend correctement la matière lui enseigné.

Quelles sont les causes exactes de cette anomalie mentale ?

Jusqu’à présent, aucune cause avérée n’a été encore décelée. D’ailleurs, pour les maladies psychologiques, on parle généralement de trouble puisqu’ elles n’ont pas d’origine exacte.  Et concernant l’autisme, il y a des facteurs tels que la génétique et l’environnement qui entrent en jeu. Mais le plus incriminé est le facteur génétique parce que l’autisme est parmi les maladies les plus héritables. Par exemple pour les vrais jumeaux, il y a une probabilité de 70 à 80% de chance que l’un fasse la maladie si l’autre en souffre déjà. En plus c’est une maladie qui touche plus le sexe masculin, et les raisons ne sont toujours pas connues. Dans une famille, lorsqu’il y a quelqu’un qui a fait l’autisme, il y a plus de chance qu’on retrouve ce cas dans la descendance. Ce qui prouve à suffisance que cela relève d’un problème génétique.  S’agissant de l’environnement, les causes peuvent être liées aux stresses et souffrances de la maman pendant la grossesse, aux infections etc. Mais jusque là, il n’y pas encore de preuves très nettes en ce qui concerne ce facteur.

Les symptomes de l’autisme peuvent-ils être associés à d’autres troubles psychologiques ?

L’autisme peut s’associer à d’autres maladies d’enfances qu’on appelle troubles en matière de développement ou troubles neurologiques, comme l’épilepsie, le retard mental et le trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité. Ce dernier qui se caractérise par l’impulsivité, la turbulence et l’agressivité chez l’enfant, peut aussi être isolé de l’autisme. Mais les deux premiers sont parmi les facteurs de mauvais pronostic chez les enfants autistes.

 

Est-il possible qu’un enfant autiste guérisse de sa maladie ?

Jusque là, il n’y a qu’un traitement symptomatique puisqu’il n’existe encore aucun traitement spécifique. Nous ne soignons que les symptômes de la maladie. Même s’il est possible de supprimer ces symptômes, les séquelles demeurent car la maladie relève de la génétique. Nous ne traitons que les signes qui gênent les parents et qui mettent en danger l’épanouissement et l’adaptation sociale de l’enfant. Ce traitement n’est pas seulement médical, mais  aussi éducationnel. Cela demande le concours des généralistes, des psychologues-cliniciens, des généticiens,  des logopèdes, des psychomotriciens, etc. afin de diagnostiquer avec certitude l’autisme et les symptômes qui le distingue d’autres maladies. Mais il faut souligner que certains enfants autistes n’ont pas besoin de médicament. Une simple rééducation leur suffit pour qu’ils deviennent autonomes et capables de s’intégrer en société. Mais dans tous les cas, l’idéal c’est le diagnostic précoce pour une prise en charge précoce en vue d’une évolution favorable.

Comment s’effectue donc cette prise en charge ?

Il est vrai que la prise en charge de l’autisme exige énormément de moyens vu le coût des soins appropriés. En principe, on devrait faire de l’autisme une cause nationale comme  l’ont fait les autres pays (France, USA, etc.). Malheureusement dans notre pays, rien n’est encore fait à ce sujet. Sauf que dernièrement, une loi concernant les handicaps en général a été déposée au Sénat, mais cela n’est pas suffisant étant donné que l’autisme n’est pas signifié d’une manière particulière. Au-delà des moyens, cette maladie est une charge émotionnelle énorme pour les parents car elle demande beaucoup de courage et de patience surtout qu’elle est comptée actuellement parmi les maladies les plus dévastatrices chez l’enfant. Raison pour laquelle, nous  vulgarisons cette information pour que les parents découvrent à temps les symptômes de cette maladie afin que leurs enfants soient orientés dans des écoles spécialisées puisqu’on ne peut pas suivre l’état d’un pareil enfant dans une classe de 60 élèves de peur qu’il ne soit pas attentif pendant les cours. En plus à Kinshasa, nous n’avons que 2 logopèdes si je ne me trompe pas en matière de rééducation de langage. Du coté  des spécialistes en autismes, je pense qu’on ne peut être qu’à 4 hormis des psychologues. Cela est insuffisant pour traiter les différents cas qui proviennent des 4 coins de la capitale. C’est ainsi qu’il faut encourager les gens à étudier en fonction de la demande du marché et non par simple prestige.

Comment prévenir la maladie ?     

Une prévention précise serait envisageable que si les causes exactes de cette maladie étaient connues. Comme l’autisme est génétique, il est difficile de le prévenir.

Myriam IRAGI et Perside DIAWAKU

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