Assemblée Nationale : Minaku ne veut pas d’un « ligablo »

minakuLe président du bureau de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku, a pris un gros risque : c’est celui de soumettre à un audit interne, les livres de caisse et l’état des ressources humaines de son institution. Un tel exercice est fort périlleux dans ce sens que si les « auditeurs » arrivent à déceler des indélicatesses de gestion financière ou administrative ou les deux à la fois, son mandat pourrait tourner court.

Mais l’on croit savoir que cette personnalité politique refuse de manager la Représentation nationale comme un « ligablo », ce prototype de boutique privée ou familiale où le propriétaire peut puiser à volonté dans la caisse, user et abuser du patrimoine, responsabiliser et ou décharger de ses fonctions qui il veut et quand il le veut, sans avoir à rendre compte à quiconque. Dans le souci de rompre sans doute avec une certaine culture fondée sur l’opacité de gestion et d’impulser la bonne gouvernance, il a souscrit volontiers aux prescrits du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale, qui l’oblige à rendre compte à ses collègues députés de la manière dont sont tenues la comptabilité et les ressources humaines de cette entité.

En effet, une commission spéciale de la Chambre basse du Parlement a été mise sur pied, peu avant la clôture de la session ordinaire de mars, en vue de revisiter ses actes de gestion. Composée des représentants des 14 groupes parlementaires de l’hémicycle de Lingwala, dûment mandatés par leurs plénipotentiaires de la Majorité comme de l’Opposition, auxquels se sont joints des non-inscrits, ce groupe de travail a collecté, auprès de l’administration de l’Assemblée Nationale et des banques commerciales de la place, toutes les données nécessaires à l’élaboration de son rapport d’audit.

Une fois réunies toutes les pièces relatives à la situation comptable et à la gestion du personnel, les auditeurs se sont retranchés, pendant deux semaines, à l’hôtel Africana Palace, sous la direction d’un député choisi dans les rangs de l’Opposition, en vue de les passer à la loupe et de ficeler les conclusions de leurs investigations. Au sortir de ce complexe hôtelier de la commune de Lingwala, un volumineux document a été apprêté et déposé sur la table du bureau de l’Assemblée Nationale.

Selon les prévisions initiales, il devait être examiné en urgence par les élus du peuple, à la veille de la clôture de la dernière session parlementaire, le samedi 14 juin 2014, date retenue aussi pour la tenue du « Congrès » – plénière des deux chambres du Parlement – qui devait entériner les noms des trois membres désignés par le pouvoir législatif pour siéger au sein de la Cour Constitutionnelle.

Mais, au tout dernier moment, ce sont les députés eux-mêmes, à l’unanimité, qui ont opté pour le renvoi de l’examen et de l’adoption de ce rapport d’audit à plus tard, soit au cours d’une session extraordinaire, soit au cours de la session ordinaire de septembre à décembre 2014. Ainsi, les députés nationaux, auxquels des copies du document étaient déjà distribuées, vont disposer de suffisamment de recul pour s’imprégner des chiffres et commentaires qui les accompagnent. Mais à en croire des brides d’information en circulation dans les couloirs du Palais du peuple, Minaku pourrait être crédité d’une cote d’excellence, en raison de la transparence de sa gestion des finances et des ressources humaines.

Pareil constat n’étonne pas les observateurs, qui notent que la promptitude avec laquelle il s’est plié à l’esprit et à la lettre du Règlement Intérieur laissait déjà penser qu’il n’avait rien à cacher. C’est le lieu de louer la tradition de l’audit interne qu’il vient d’instaurer dans les annales du Palais du Peuple. Des amoureux de la bonne gouvernance jurent que c’est la première fois que les documents comptables et administratifs de l’Assemblée Nationale font l’objet d’un contrôle interne et indépendant de la part des personnes extérieures à son Bureau.

Ce qu’il faut souhaiter est que la tradition ainsi inaugurée ne s’arrête pas au mandat d’Aubin Minaku. Si l’audit interne peut se traduire en exercice annuel et s’imposer comme une obligation légale pour les futurs gestionnaires de l’Assemblée Nationale, il est permis à cette institution de se mettre à l’abri des allégations de mauvaise gestion souvent en circulation dans les salons politiques, tout simplement parce que les mandataires visés refusent de jouer la carte de la transparence.

Par ailleurs, l’intrusion de la Commission spéciale des députés dans le «domaine réservé» d’Aubin Minaku aurait le mérite de rassurer le grand public quant à la bonne tenue des livres de caisse et à la bonne administration des ressources humaines.

Kimp

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