Assemblée Nationale : guerre de l’Est : deux motions étouffées

La situation sécuritaire de l’Est  de la République Démocratique du Congo semble toujours frappée de tabou au niveau de la représentation nationale. En effet, deux députés ont vu leurs motions en rapport avec la situation sécuritaire qui prévaut dans cette partie du pays étouffées dans l’œuf lors de la plénière d’hier mardi 17 juillet 2012, consacrée à l’examen du « budget » de l’Assemblée nationale pour l’exercice 2013.

Dès l’ouverture de la séance plénière, le président du bureau de la Chambre basse du Parlement a annoncé aux députés nationaux l’indisponibilité du Vice-premier ministre et ministre de la Défense, Alexandre Luba Tambo, pour répondre à la motion de défiance initiée contre lui par l’honorable Fabrice Puela.
Aubin Minaku a porté à la connaissance  des députés que ce membre du gouvernement se trouvait en mission officielle de dix jours à Harare, au Zimbabwe, depuis le 11 juillet.
 Il a dit détenir cette information du Premier Ministre, qui répondait à sa lettre introduite à la Primature à la date du 6 juillet et demandant au chef du gouvernement d’informer le patron de la Défense qu’il était attendu au Palais du Peuple le mercredi 18 juillet.


 Dans sa réponse au bureau de l’Assemblée nationale, le Premier ministre Matata a sollicité le report de cette séance à une date à convenir de commun accord.
Non satisfait des raisons évoquées par le président de la chambre basse du Parlement, le député Puela a dénoncé la fuite en avant de ce membre du gouvernement, d’ autant plus que sa motion, appuyée par 65 signatures des députés, est du point de vue de la procédure, conforme à la Constitution et au règlement d’ordre intérieur de l’Assemblée nationale.
 Pour ce député, le fait que le Premier ministre demande au bureau de se mettre d’accord pour une date, démontre que ce dernier et son gouvernement n’ont aucun respect pour l’Assemblée nationale qui les avait pourtant investis.
 Puela s’est dit convaincu que le déplacement du Vice-premier ministre et ministre de la Défense au pays de Robert Mugabe, au moment où la nation congolaise connaît une situation dramatique dans sa partie Est est une preuve de l’insouciance du gouvernement  sur le sort de cette population et l’intégrité territoriale menacée. 
 « Le Vice-premier ministre et ministre de la défense  devait se retrouver au Rwanda et en Ouganda, les pays agresseurs », a-t-il martelé. L’élu de Matadi n’a pas apprécié la démarche du président du bureau de l’Assemblée nationale qui a adressé sa correspondance au Premier ministre au lieu de saisir le Vice-premier ministre de la Défense, qui est aussi concerné par le dossier.


 Toutefois, l’auteur de la motion a promis de ne pas renoncer à sa démarche, en dépit du fait que sa motion est devenue hypothétique pour cette session extraordinaire. Il a obtenu d’Aubin Minaku l’engagement du bureau de l’Assemblée nationale  de garder cette motion pendante jusqu’à la prochaine session (septembre-décembre 2012).

Juvénal Munubo déçu aussi


 Aussitôt après le coup de gueule de Puela, un autre député, Juvénal Munubo, a sollicité la parole pour informer la représentation de la « chute », selon lui, de sa circonscription électorale entre les mains du groupe armé  Raia Mutomboki. Malheureusement pour cet élu de Walikale, le président du bureau de l’Assemblée, qui a estimé que cette intervention ne changerait rien à la situation de ce territoire du Nord-Kivu, a systématiquement refusé de lui accorder la parole.
 Révolté par cette attitude d’Aubin Minaku, Juvénal Munubo a improvisé, dès sa sortie de l’hémicycle, un point de presse dans les couloirs du Palais du peuple, au cours duquel il a énergiquement condamné l’attitude du speaker de l’Assemblée nationale.
Il a déploré le fait que ce denier banalisait les souffrances endurées par la population de Walikale, victime de graves violations des droits humains de la part de ce groupe armé qui s’affronte avec les FARDC dans cette partie du pays.
 Munubo a appelé le gouvernement à donner les moyens logistiques requis à l’armée nationale pour protéger cette population qui a déjà payé un lourd tribut à une guerre interminable à l’Est du pays.

ERIC WEMBA  

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