Assainissement de Kinshasa : difficile bataille pour Kimbuta

Kimbuta1Faire de Kinshasa, une ville propre, débarrassée d’immondices, de cadavres des chiens et des chats, de fous et des folles, de shegués et autres « Sans domicile fixe », est un défi pour son un gouverneur. On l’a vu primer les bourgmestres les plus méritants, sermonner et suspendre les plus défaillants. Il se démène tant bien que mal pour assainir les communes urbanisées comme Gombe, Limete, Bandalungwa, Lemba, Kalamu, ainsi que certains quartiers tels que Bon Marché, Ma Campagne, Du 20 mai et autres. Renvoyant peut-être à son prochain mandat à la tête de la ville de Kinshasa, La seule volonté, ni la simple initiative, ne suffisent pas pour une mégapole comme Kinshasa où la culture de l’assainissement, de l’hygiène, et du respect de l’environnement, n’existe pas. Il peut se réjouir d’avoir pour administrés, non seulement le chef de l’Etat, le Premier ministre, des ministres, des députés et sénateurs, dont les poubelles sont gérées par des services bien organisés, mais aussi des milliers et des milliers de restaurateurs de coins de rue et leurs clients, ces gros utilisateurs des emballages en plastique non biodégradables, qui ne se gênent pas après usage, de les balancer hors des véhicules en marche ou devant des kiosques ou même dans des caniveaux érigés en dépotoirs.

Aujourd’hui, des bataillons des « techniciens de surface », hommes et femmes, membres des ONG, déployés sur les principales artères des communes de la capitale, dans le cadre de l’opération «Kin Propre» déclenchée depuis le 14 ème Sommet de la Francophonie, ne laissent traîner aucun sachet, ni bout de pain, ni même des mégots de cigarettes et des bouchons de boissons gazeuses. En face de ces centaines de volontaires rétribués à la tâche, mais dévoués à la cause, et qui continuent tant bien que mal à maintenir certains coins de la capitale dans un permanent état de propreté, se dressent comme un véritable front de refus des millions de Kinois inconscients qui remettent en cause de nombreux efforts accomplis.

Avant d’évacuer les vendeurs, il est souhaitable que des solutions leur soient proposées

L’opération de salubrité est en marche, on ne peut en douter, ni méconnaître la détermination du gouverneur de réussir le pari de métamorphoser la capitale. Jeudi 5 septembre 2013, André Kimbuta qui rappelait ses instructions aux différentes unités de la police provinciale de sa ville, est revenu une fois de plus, sur sa volonté de débarrasser Kinshasa, de tous ces micro-marchés pirates qui bordent les grandes avenues et transforment Kinshasa en un grand marché. Pour le faire, il s’est appuyé sur les éléments de la police à qui il a recommandé un peu de compassion à l’endroit des mères de famille, dépourvues d’emploi, aux maris retraités, et obligées de vendre quelques beignets et pains, pour survivre. Ne les brutalisez surtout pas, a-t-il prévenu, car si des magistrats assistaient aux casses des tables, à la saisie des bassins de pains et d’autres produits alimentaires, ils réagiraient en ordonnant des poursuites judiciaires contre vous. Et dans pareils cas, l’on ne saurait pas vous défendre, devait-il conclure, en insistant sur le fait que ces vendeurs de rue soient évacués sans agressivité. Ce qui n’est pas le cas chaque fois que les policiers sont lâchés sur le terrain dans le cadre de l’opération salubrité. «Que ces commerçants de l’informel reviennent des jours plus tard sur lieu, ne peut aucun cas constituer un motif d’actes de vandalisme et de cruauté», a martelé le gouverneur, qui ne veut pas se retrouver dans le collimateur de la justice !

Assainir une grande ville comme Kinshasa, est une tâche louable. Mal émaillée des voies de faits et autres dérapages, cette opération peut susciter de violentes réactions de la population marchande et entraîner un soulèvement des consommateurs. On ne peut pas prétendre résoudre un problème, sans proposer une alternative. D’ailleurs, en créer d’autres, ce serait faire preuve de vision prospective réductrice dans la gestion de ces opérateurs économiques de l’informel qui pourtant, contribuent par le paiement des taxes municipales, à faire marcher les communes.

La difficile bataille de Kimbuta Yango pour l’assainissement de la ville de Kinshasa ne peut donc réussir, croyons-nous, que si des alternatives crédibles sont proposées à la population marchande qui n’attend que ça, avant d’évacuer les trottoirs et les abords de grandes avenues. C’est de ce côté-là qu’il faudrait déployer plus d’imagination et de créativité, au lieu d’exceller avec un acharnement diabolique, dans des actes de répression qui énervent aussi bien les organisations non gouvernementales de défense des Droits de l’Homme que les associations des vendeurs et les regroupements de consommateurs.
J.R.T.

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