Après «Type K», Kingasani/Terminus, Goma…. : Crash de Kisangani: le tournant ?

La République Démocratique du Congo a enregistré, le vendredi 08 juillet 2011, une des catastrophes aériennes les plus meurtrières de son histoire. Une fois de plus, l’on réclame des sanctions sévères contre toutes les personnes physiques et morales portant une quelconque responsabilité dans cette hécatombe. L’histoire nous apprend qu’au lendemain du crash du Marché Type K, en janvier 1996, dans lequel avait péri plus de 500 compatriotes, il avait été décidé, sous le coup de l’émotion, la fermeture de l’aérodrome de Ndolo et l’interdiction de vol, pour une durée indéterminée, aux aéronefs de type Antonov.

Quelques mois après, les Antonov étaient de nouveau maîtres du ciel congolais, pour des raisons économiques et humanitaires, en raison du désenclavement de l’arrière-pays. Quant à la piste de Ndolo, elle a été rouverte au trafic aérien 5 ans après. Jusqu’à ce jour, les rescapés du Marché Type K ainsi que les familles des victimes décédées, regroupés au sein d’une association, écument les couloirs des cabinets des décideurs politiques et des animateurs du pouvoir judiciaire dans l’espoir d’être dédommagés. Sans succès.

Après le crash d’un Antonov au quartier Kingasani/terminus, à Kinshasa, le limogeage du ministre des Transport alors en fonctions, Kuseyo, avait paru suffisant pour calmer les esprits. Les députés, interpellateurs du ministre d’Etat Nkulu, avaient trouvé le moyen de le sauver d’une « mort » subite.
Pour leur part, les morts de Kisangani refusent que l’on verse des larmes de crocodile sur leurs tombes, avant de les précipiter dans les tiroirs de l’oubli. En fait d’oubli, il s’agit de cette manie consistant à prendre des demi-mesures en lieu et place de celles, radicales, devant arrêter la descente aux enfers de l’aviation civile congolaise. Le scénario mécanique du lendemain d’un crash est archiconnu : on limoge un ministre, on cloue momentanément au sol un avion, on suspend quelques fonctionnaires… et le tour est joué.

A quand la fin du « fula-fula » aérien ?

Le « fula-fula » aérien est entré dans les mœurs congolaises à la suite de la prise en otage du secteur par des décideurs politiques affairistes, ceux-là à qui aucun fonctionnaire ne peut opposer la législation en vigueur. C’est au Congo qu’une compagnie aérienne peut se livrer au transport des passagers et des marchandises sans avoir souscrit au préalable une police d’assurance. C’est dans notre pays qu’affluent des aéronefs aux origines et spécificités techniques douteuses. C’est toujours chez nous que des pilotes et mécaniciens de bord retraités ou inexpérimentés se créent un espace parmi les équipages.

En RDC, l’exploitant d’un aéronef peut passer outre les délais d’envoi en « check » ou de paiement des redevances aéronautiques sans être inquiété. Le non respect des charges en termes de carburant, de passagers et de fret est courant. Bref, le trafic aérien domestique baigne dans une grande anarchie au plan technique et administratif.

S’agissant de l’état des pistes et des instruments d’assistance au sol, en dépit d’efforts louables de leur modernisation par la RVA (Régie des Voies Aériennes), beaucoup reste encore à faire pour satisfaire totalement aux standards internationaux. Quant à la météo, l’invasion de son siège à Kinshasa/Binza, son sous-équipement et le vieillissement du personnel devraient interpeller les décideurs politiques.

Relance ou création d’une compagnie aérienne nationale ?

Une certaine cacophonie semble avoir été entendue, dans la journée d’hier, au sujet des mesures urgentes envisagées pour l’assainissement du transport aérien en RDC. On a cru comprendre, au terme de la concertation pilotée par le Premier ministre, Adolphe Muzito, avec la participation des experts du ministère des Transports et des LAC (Lignes Aériennes Congolaises) que le gouvernement allait mettre les moyens pour la relance rapide des activités de cette compagnie aérienne nationale.

Tandis qu’à son retour de Kisangani, le ministre des Mines, qui assure l’intérim de la tutelle des Transports, a laissé entendre que la volonté politique était là pour la création d’une vraie compagnie aérienne nationale. Au niveau de l’exécutif national, s’agit-il là une même vision d’une même réalité exprimée en des termes différents ou assiste-t-on, comme cela est déjà arrivé par le passé, à l’exhumation du projet de liquidation des LAC au profit d’une nouvelle société aérienne publique.

Les Congolaises et Congolais aimeraient être rapidement fixés. Car, dans le contexte actuel, le gouvernement ne devrait pas se tromper de cible dans sa volonté politique d’avoir un instrument à lui capable d’observer les normes administratives et techniques dans l’exploitation du transport aérien. Quelle que puisse être l’option à lever, la démarche la plus souhaitée serait d’examiner, sans passion, les opportunités de relance des LAC, auxquelles ne manquent qu’une flotte et un fond de roulement, avant de se lancer dans un projet de création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale.

Toutes les études visant la remise en marche des LAC moisissent dans les tiroirs des ministères des Transports et du Portefeuille ainsi que  dans les archives de l’Assemblée Nationale (Commission Bofassa) et de la Présidence de la République. Tout récemment, à l’occasion du Cinquantenaire de cette société publique, le président de son Conseil d’Administration a ficelé un mémo brossant succinctement l’état des lieux, sans oublier les pistes de sortie de la crise.
Que les décideurs politiques ne fassent pas comme si aucune donnée technique, financière et sociale n’était disponible sur la situation des LAC.

Kimp

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