Après son évasion à la prison de Kasapa : le commandant Gédéon menace les élections au Katanga

Le commandant Gédéon s’est évadé de la prison de Kasapa ! Cette nouvelle a fait hier l’effet d’une bombe à travers toute la ville de Lubumbashi et probablement dans la région où cet homme avait opéré à l’époque où il dirigeait le mouvement des Maï Maï, notamment dans le district du Nord Katanga. De son vrai nom KYUNGU Mutanga, cet homme qui avait été condamné à la peine de mort pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et mouvement insurrectionnel, constitue un véritable cas de conscience pour les autorités provinciales et les organisations de défense des droits de l’homme.

La première question qui tombe sous les sens est celle de savoir comment ce commando des hommes en cagoule a pu opérer au grand jour sans attirer l’attention des éléments armés de la Garde Spéciale de Sécurité Présidentielle qui sont positionnés autour de cette prison. Comment ont-ils pu s’introduire jusqu’au lieu où se trouvait le commandant Gédéon et disparaitre dans la nature alors que la prison de la Kasapa est situé aux environs du Camp Militaire et des habitations civiles qui ont envahi l’ancienne brousse ? Autant des questions troublantes qui doivent interpeller les autorités provinciales et surtout les services de sécurité tant civile que militaire.

Que va faire le commandant Gédéon ? Va-t-il se réfugier dans un pays voisin pour échapper à la peine de mort que la justice lui avait infligée ? Va-t-il reprendre le commandement de ses troupes pour assouvir ses ambitions politiques en vue de négocier la grâce en échange de la paix ? Quelles seront les réactions des familles de toutes les victimes tombées sous les balles et les tortures ignominieuses perpétrées par les éléments dirigés par cet homme ? Le monde entier garde encore en mémoire les images insoutenables des corps d’hommes déchiquetés, des têtes découpées et portées autour du cou par des éléments armés du commandant Gédéon et surtout les témoignages des scènes des tortures, des viols massifs, des incendies des villages entiers commis régulièrement par ses hommes. Des images qui avaient fait le tour de la planète et qui avaient été projetées lors de son procès devant la Cour Militaire de la garnison de Lubumbashi au lendemain de sa capture par des éléments des FARDC.

Il est donc établi que l’objectif principal de ce commando d’hommes en cagoule visait tout simplement de récupérer le commandant Gédéon avant de créer la diversion en ouvrant grandement les portes de la prison de la Kasapa aux 967 détenus qui se sont évadés mais dont 150 ont été rattrapés, a indiqué à la presse DIKANGA Kazadi, ministre provincial de l’Intérieur.
Pourquoi alors les autorités de la province n’ont-elles pas déplacé cet homme condamné à la peine de mort vers un autre lieu de détention ? Pourquoi ne l’a-t-on pas placé dans une cellule spéciale quelque part dans la ville de Lubumbashi ?

La perméabilité des prisons congolaises

De toutes les façons, ce coup spectaculaire repose la question de la sécurité des maisons d’arrêt et de détention en RDC car il ne se passe plus un jour sans que l’on annonce une évasion dans telle ou telle prison de la République. La prison de Buluwo avait toujours été considérée comme un lieu fortement sécurisé et cela depuis l’époque coloniale. L’on disait que personne ne pouvait s’en évader. Ainsi, c’est là où le Prophète Simon KIMBANGU avait été envoyé après sa condamnation à mort en 1930 par la justice de l’époque et il y mourut en 1953. C’est toujours là où l’on avait déféré feu Patrice Eméry LUMUMBA après sa condamnation par le tribunal de grande instance de Stanleyville. Il n’y demeura que l’espace de quelques jours car réclamé par ses pairs qui en avaient fait une condition sine qua non pour démarrer les travaux de la Table Ronde politique de Bruxelles en 1959.

Ce mythe d’invincibilité de la prison de Buluwo va tomber en désuétude avec l’évasion tout aussi spectaculaire en 1998 de trois détenus politiques congolais, en l’occurrence Joseph OLENGHANKOYI, Anselme MASASU Nindaga et Arthur ZAHIDI Ngoma. Ces infortunés vont errer dans la nature pendant deux jours jusqu’au moment où l’un d’entre eux, à savoir l’ancien vice-président de la République Arthur ZAHIDI Ngoma va tomber malade car ne pouvant plus supporter ce calvaire et c’est ainsi que les villageois vont alerter les services de sécurité.

Perturbation des élections dans le Nord-Katanga

Cette évasion risque de compromettre le déroulement des opérations des élections présidentielle et législatives de Novembre prochain, a indiqué au Phare un acteur politique candidat dans l’une des circonscriptions électorales du Nord Katanga. D’une part, si cet homme parvient à rassembler ses hommes, il va perturber la paix et la sécurité dans cette partie du territoire national sous forme de chantage pour obtenir une amnistie générale en échange de sa reddition. D’autre part, sa réapparition dans cette région risque de provoquer une panique généralisée parmi les populations qui ont vécu les affres des crimes de guerre et contre l’humanité perpétrés par ses hommes. Ce qui va certainement aboutir à des déplacements massifs des populations, diminuant ainsi le nombre des voix dans les urnes. Un autre acteur politique est d’avis que le commandant Gédéon va jouer le rôle d’un nouveau Laurent NKUNDA revu et corrigé pour obtenir une place dans l’échiquier politique national.

F.M.

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