Après les incidents malheureux de Goma : Vital Kamerhe et l’UNC triomphent à Bukavu

Geste fortement symbolique et d’une portée politique indéniable ! Telle est la compréhension du choix porté par le leader de l’Union pour la Nation Congolaise en allant s’adresser hier à ses partisans de la ville martyre de Bukavu sur la place où a été assassiné Mgr MUNZIHIRWA en 1996 tout au début de la guerre de l’AFDL. Depuis longtemps, le marché de Nyawera a toujours été l’une des grandes places historiques de cette ville. Ce fut tout d’abord l’un de deux marchés des légumes à l’époque coloniale et c’est dans ses environs que se trouvaient trois sites touristiques, à savoir le premier stade de football de la ville, l’une des riches pépinières agricoles du pays après celle de Bengamisa et qui deviendra plus tard une école secondaire d’agronomes et vétérinaires, l’hippodrome et le célèbre camp Saïo où, au lendemain de l’indépendance, des militaires congolais commandés par feu colonel KWIMA Félix avaient mis en déroute les para commandos Belges venus du Rwanda voisin. C’est donc là que Vital KAMERHE a conféré hier avec les centaines des milliers des sympathisants et combattants de son parti dès son arrivée dans le chef-lieu de la province du Sud Kivu en provenance de Goma.
 
            Pourquoi a-t-il choisi cet endroit ? Selon notre correspondant local relayé par la Radio Okapi et l’Agence France Presse, le programme initial avait prévu la tenue du meeting sur la grande place de l’Indépendance car c’est là que tous les partis politiques, toutes tendances confondues, ont l’habitude de s’adresser à leurs partisans. Mais Hélas ! Depuis tôt le matin, cette place a été ceinturée par des agents de l’ordre qui dispersaient tous ceux qui s’en approchaient. Est-ce sur instructions des autorités politiques et administratives ? Rien n’est moins sûr, mais toujours est-il que l’on a vécu le même scénario avant-hier à Goma. Le Maire de cette ville avait ordonné aux forces de l’ordre d’empêcher tout rassemblement dans le chef-lieu de la province du Nord Kivu.
 
Accueil triomphal et délirant
 
            Toujours selon nos deux correspondants, l’avion qui transportait la délégation de l’UNC a atterri à onze heures trente à l’aéroport de Kavumu et c’est vers 17 heures que le long cortège du président Vital KAMERHE est arrivé au marché de Nyawera. Le cortège de la délégation de l’UNC a reçu un accueil historique, a indiqué le correspondant de l’AFP. De mémoire des habitants de Bukavu, c’est du jamais vu, car de l’aéroport de Kavumu jusqu’au centre-ville, tout le long de ce parcours était noir de gens, tous sexes et âges confondus, dont certains portaient des calicots, pancartes en scandant les slogans en l’honneur de ce nouveau-né dans la grande famille des partis politiques en RDC. Un véritable triomphe qui rappelle l’arrivée de feu le pape Jean-Paul II à Kinshasa en 1981, s’est exclamé un habitant de la ville.
            Vital KAMERHE a été contraint par ses partisans d’effectuer à pied le trajet menant de l’aéroport jusqu’au niveau du centre de recherche agronomique de Mulungu. Il en a été de même à tous les carrefours, dont particulièrement Miti, Murhesa, Mudaka, beach du Collège Saint Paul, Bwindi, Pharmakina, Brasserie, hôpital général de référence. Partout le leader de l’UNC était obligé de sortir de sa voiture pour marcher à pied et tradition oblige, il devait chaque fois effectuer des pas de danse traditionnelle des Bashi aux côtés des Intole. Les services de sécurité étaient très débordés car tout le monde tenait à voir Vital KAMERHE à défaut de le toucher ou de se faire photographier avec lui. Dieu merci, l’on n’a déploré aucun accrochage ni entre les manifestants ni avec les agents de l’ordre dépêchés par les autorités politiques administratives.
 
L’heure de vérité…
 
            Par mesure de prudence, le cortège ne s’est pas arrêté sur la Grande Place de l’Indépendance et a poursuivi son chemin jusqu’au marché de Nyawera. Malgré la fatigue de ce long trajet et à la demande de ses partisans, Vital KAMERHE a pris la parole pour d’abord remercier les habitants de la ville de leur accueil chaleureux qui témoigne de leur attachement aux vertus de la démocratie et de la défense des valeurs républicaines.  En animal politique avisé, Vital KAMERHE savait d’avance ce que les Bukaviens attendaient de lui et il est vite entré dans le vif du sujet. Pourquoi a-t-il quitté définitivement le PPRD, parti pour lequel il a failli plusieurs fois sacrifier sa vie et celles des siens ? Le leader de l’UNC n’a pas mis des gants pour déclarer à haute et intelligible voix que c’est lorsqu’il s’est rendu compte que le programme sur lequel il avait été élu n’a pas été du tout respecté, qu’il a décidé de reprendre sa liberté. Ce que j’étais venu vous dire ici pour solliciter vos voix en 2006 n’a pas du tout été suivi par mes pairs du PPRD. Bien au contraire, des gens se sont constitués en gouvernement parallèle pour donner des injonctions aux parlementaires et même au vrai gouvernement de la République. La corruption bat son plein, l’impunité est devenue un mode de gouvernement, les droits de l’homme sont délibérément violés, la constitution du pays est constamment violée, les salaires des fonctionnaires et hommes des troupes au front sont détournés, des contrats léonins sont régulièrement signés, etc. Je suis venu vous dire aujourd’hui que je ne ménagerai aucun effort pour obtenir l’augmentation des bureaux d’enrôlement et de vote afin que tous les électeurs et mêmes nos compatriotes sous le drapeau puissent avoir l’occasion d’aller exprimer librement leurs choix lors des élections prévues pour l’année prochaine, a-t-il dit.
            Selon le programme arrêté, la journée de ce vendredi sera consacrée aux visites que le président national de l’UNC va effectuer aux différents chefs coutumiers et aux hauts responsables des confessions religieuses traditionnelles afin de leur  expliquer les motifs de son départ du PPRD. Des audiences seront aussi accordées à des représentants locaux des partis politiques de l’opposition dans laquelle va désormais militer l’Union pour la Nation Congolaise. Va-t-il se rendre dans d’autres localités de cette province ? On ne tardera pas à le savoir.
 
Un complot étouffé dans l’oeuf
 
            Toujours selon nos deux correspondants, il a failli de peu que des incidents graves se produisent hier à Goma. Tout d’abord, aussi curieux que cela puisse paraître, une grève a été déclenchée par tous les exploitants des bateaux opérant sur le lac Kivu. Ensuite, à l’aéroport de Goma, aucun avion n’était disponible pour Bukavu et il ne restait plus que la solution de prendre la route en très mauvais état et qui traverse la chaîne des montagnes par un escarpement abrupt et très dangereux de Makengere. Ce trajet passe par des territoires constamment visités par les Interahamwe et autres Maï Maï. C’est finalement vers 11 heures qu’un avionneur a accepté de prendre à son bord la délégation venue de Kinshasa, ce qui a causé un retard significatif sur le programme initialement arrêté. Comme quoi, Vital KAMERHE n’est pas encore au bout de ses peines.                        
                                      F.M. 

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