Anto N’Sambo, président de l’ONGD «Mabele» : « La non application de la loi et les constructions anarchiques sont aujourd’hui à la base de l’insalubrité »

La notion de protection de l’environnement semble ignorée par la majeure partie de la population congolaise en général et Kinoise en particulier. Conséquence : nous assistons actuellement à l’insalubrité à travers nos différentes villes, au déboisement, à la pollution de l’environnement,… parce que cette population n’est pas suffisamment informée sur l’importance d’un environnement salubre pour la survie de l’être humain. Dans cette optique, Le Phare s’est entretenu avec Antoinette N’samba, activiste de la société civile et présidente de l’ONGD environnementale « Mabele ».

Le Phare : Pour quelle raison portez-vous  votre lutte particulièrement sur la protection de l’environnement?

Antoinette N’samba : Notre planète est aujourd’hui menacée par le réchauffement climatique. Dans d’autres pays du monde, la protection de l’environnement a même été institutionnalisée. Mais chez nous, la population n’est pas très informée à ce sujet. Raison pour laquelle il est important que la RDC ait des animateurs intéressés dans ce domaine pour se battre pour la protection de l’environnement.  Et ce, à travers la sensibilisation, le renforcement des capacités, la formation de la population et de tous ceux qui déboisent sans reboiser, ainsi que ceux qui construisent anarchiquement. Puisque j’aime la nature, je me suis décidée à mener cette lutte.

Quelle lecture faites-vous de la situation écologique actuelle en RDC ?

Nous déplorons cette situation, surtout dans l’est du pays victime des guerres à répétition avec toutes les conséquences qui s’en suivent, notamment le massacre des okapis dans la réserve d’Epulu, en Province Orientale. Dernièrement, nous avons appris le cas de l’attaque du Directeur du Parc de Virunga, chose que nous déplorons énormément. Ce dernier a été victime de la convoitise du pétrole découvert dans ce parc. Pourtant le parc Virunga est un patrimoine de l’UNESCO et personne n’a le droit d’y toucher. Le gouvernement congolais, ensemble avec sa population, ont le devoir de protéger ce patrimoine. Surtout que la RDC regorge en son sein de la deuxième plus grande réserve mondiale de forêt  après l’Amazonie. Nous devons prendre conscience de l’intérêt que nous avons à protéger notre environnement (forets, eaux, airs protégées…), afin d’éviter le déboisement et le réchauffement climatique.

Qu’est-ce qui fait que malgré le nombre important d’ONGD environnementaux existant à Kinshasa, la population kinoise ne semble toujours pas sensibilisée la salubrité ?    

Nous devons tout d’abord faire la part des choses. La sensibilisation de la population est avant tout le travail du gouvernement. C’est à l’Etat que revient la charge de vulgariser les lois, afin qu’elles soient effectives. Malheureusement sur ce point, l’Etat est déjà défaillant. La mise en application ne suit toujours pas. Ce que nous faisons en tant que Société civile ou ONGD est entre autre du volontariat. Pourtant, la vulgarisation demande des moyens financiers conséquents. Nous sommes là pour plaider la cause de la population auprès des gouvernants et leur rappeler leurs promesses et le respect de leurs engagements. Nous faisons tant bien que mal ce travail de vulgarisation et de sensibilisation, mais ça ne sera pas suffisant dès lors que l’Etat, acteur principal de la vulgarisation de la loi, ne fera pas son travail.

Il y a quelques années, la ville de Kinshasa ne connaissait pas cet état d’insalubrité. D’après vous, qu’est-ce qui peut-être à la base de cette recrudescence ?

Plusieurs causes peuvent-être à la base de cette situation. La non application de la loi et les constructions anarchiques font partie des facteurs à la base de l’insalubrité aujourd’hui. Les ministères de l’Environnement et de l’Urbanisme ont une grande responsabilité dans l’assainissement de l’Environnement.  Aujourd’hui, les véhicules en charge de ramasser les immondices n’existent presque plus. Ce travail est fait actuellement par des entreprises privées ou des associations non gouvernementales qui ont peu de moyens. Pourtant, auparavant, c’était uniquement le travail du gouvernement au quotidien. En plus de cela, les normes de construction ne sont pas respectées. Les gens achètent des parcelles n’importe où et construisent en désordre. C’est ainsi qu’on retrouve souvent des canalisations des eaux qui conduisent à des érosions ou même des bouchons des caniveaux. Et à la longue, ces caniveaux sont transformés en poubelles. Mais la population a également une part de responsabilité. Celle-ci doivent comprendre que l’assainissement et la protection de l’environnement doit commencer avant tout dans sa propre parcelle et sur son avenue. Parce que si son environnement est malsain, c’est elle-même qui en sera la première victime.

Depuis la création de l’ONGD «Mabele», quelles sont les actions que vous avez déjà menées pour rendre palpable votre démarche ? 

  Nous étions porteurs d’un projet de gestion des déchets solides pour protéger notre environnement. Par cette occasion, nous avions donné des sacs plastiques à certains ménages et leur avions demandé de scinder les déchets non récupérables de ceux qui sont récupérables et pouvant servir à d’autres fins telles que le fumier. Mais les résultats de ces actions restent timides jusque là surtout qu’en RDC, parler environnement demeure encore chose nouvelle pour beaucoup. Les gens préfèrent subventionner des projets d’autres thématiques que ceux de l’environnement. C’est ce qui fait que pour le moment, nous nous attelons d’abord à sensibiliser la population. Nous travaillons timidement avec le ministère de l’Environnement. Le gouvernement, par l’entremise de ce ministère, nous associe quelquefois à des ateliers comme ceux de vulgarisation sur le code forestier par exemple, afin que nous qui sommes aux cotés de la population, puissions la former pour la protection de l’environnement au quotidien. Nous avons tant de projets, malheureusement le financement nécessaire ne vient pas. Ce qui ne nous permet pas de mener à bien lesdits projets.

Pensez-vous qu’à travers votre lutte, le problème d’insalubrité pourra un jour être résolu dans la ville de Kinshasa ?

Cette lutte est une question de volonté et de changement de mentalité de tous. Nous sommes confiants que ce pari sera bel et bien gagné si les autorités prêtent oreille à nos demandes et nous subventionnent. Pour que l’environnement soit bien assaini, la population doit être bien informée. Et la sensibilisation doit partir de la base, au niveau des collectivités locales. A ce niveau, nous voyons les bourgmestres des communes. Ces derniers doivent sensibiliser les chefs des quartiers, afin qu’ensemble avec nous de la société civile et des Ongd environnementales, puissions lutter efficacement contre l’insalubrité dans notre pays et réduire ainsi les cas des maladies qui en découlent.

Myriam IRAGI et Perside DIAWAKU

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