Anna Mayimona : «L’accès à l’information permet de renforcer la transparence, de lutter contre la corruption et l’exclusion sociale…»

INTRODUCTION

Dans le cadre de la campagne que mène l’Observatoire des Médias Congolais (OMEC) sur l’adoption d’une loi sur l’accès à l’information, il nous a été demandé de faire le lien entre cette loi et la sécurisation du genre. Nous tenons à remercier les organisateurs, et particulièrement le président de l’OMEC qui nous ont donné cette opportunité pour parler de le question de genre qui est le cheval de bataille de l’Union Congolaise des Femmes des Médias (UCOFEM).

 Avant de partager les résultats de mes réflexions, je vais circonscrire certains concepts clés à savoir : l’information ; la sécurisation et le genre. Après ce regard rapide sur ces trois concepts, je vais me proposer de répondre à quelques questions « Pourquoi une loi sur l’accès à l’information ? » ; « Quelles sont les implications d’une telle loi sur la vie des citoyens congolais et sur la nation toute entière ? » et enfin « Quel lien doit-on établir entre cette loi et la question de l’égalité hommes/femmes ».

 Les concepts clés

L’information : est un renseignement ou événement qu’on porte à la connaissance d’une personne ou d’un public. A cette définition du dictionnaire je voudrais ajouter celle retenue par les rédacteurs de la proposition de loi sur l’accès à l’information  qui dit : « toute donnée ou tout renseignement, quel qu’en soit le moyen, la forme ou le support, en possession ou sous le contrôle de l’organe public, de l’organe privé concerné ou de l’organe privé auquel une demande a été adressée ».

Je voudrais dire en conclusion que l’information est « UNE CONNAISSANCE ET DONC UN POUVOIR ».

La sécurisation : C’est le fait de sécuriser et sécuriser qui est défini comme « faire passer d’un sentiment d’angoisse à un sentiment de sécurité, à une impression de confiance. Sécuriser c’est donc tout simplement rassurer

Le genre : est la répartition sociologique des tâches entre les hommes et les femmes. En parlant de relation du genre, on peut dire qu’elles sont dynamiques parce que socialement construites, or les sociétés bougent. Ces relations varient dans le temps et en fonction des lieux et entre différents groupes de personnes. Des facteurs tels que la race, l’ethnie, la classe sociale peuvent influencer ces relations

 Pourquoi une loi sur l’accès à l’information ? 

L’accès à l’information ou le droit à l’information est un droit universel reconnu par les différents instruments juridiques internationaux et régionaux notamment :

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 en son article 19,

La Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples du 27 juin 1981 en son article 9,

Le Pacte International sur les Droits Civils et Politiques en son article 19;

Les standards internationaux sur la Liberté de l’Information ; etc.

            La Constitution de la République démocratique du Congo garantit également ce droit à travers son article 24, en son alinéa 1er.

            Si le monde entier a pris l’option de dédier une journée à l’accès à l’information, c’est pour reconnaitre ce droit fondamental. La RDC, qui a ratifié les différents textes cités ci haut, est appelée à honorer ses engagements en adoptant cette loi pour combler le vide relatif au dispositif normatif qui offre à tout citoyen, à toute citoyenne la faculté de demander les informations ou d’accéder aux archives de tous les services publics, bien sur, sous réserve des exceptions limitativement prévues.

Quelles sont les implications d’une telle loi sur la vie des citoyens congolais et sur la nation tout entière ?

            Comme nous venons de le noter, l’accès à l’information constitue un droit humain fondamental. Il est également un outil important pour assurer le développement du pays, une meilleure gouvernance démocratique, une réforme des différents services de l’Etat. L’accès à l’information  permet, par ailleurs de renforcer la transparence, de lutter contre la corruption et l’exclusion sociale et enfin d’assurer l’exercice des droits socio-économiques.

            La situation de crise généralisée que connait le pays nécessite une amélioration de conditions d’accès à l’information. Cela aura des implications sur la vie des citoyens et sur la gestion du pays. A ce moment où, le monde est devenu un grand village, la RDC ne peut pas rester encore longtemps en marge de l’évolution. Certains pays africains ont fourni cet effort et aujourd’hui ils ont amélioré leur gestion, ils sont mieux côtés.

            Donc la RDC, pays post conflit ou en conflit a tout intérêt a accéléré non seulement l’adoption, mais également son application par tous ses fils et toutes ses filles pour un développement intégral.

            Quel lien doit-on établir entre cette loi et la question de l’égalité hommes/femmes ?

            Comme outil important pour lutter contre l’exclusion sociale, l’accès à l’information soulève les questions de la participation de toutes les catégories sociales à la vie de la nation : les jeunes, les femmes, les personnes vivant avec handicap sont bien concernées.

            L’accès à l’information cadre bien avec la problématique des droits des hommes et des femmes.

            Si je me réfère aux deux aspects qu’une loi sur l’accès à l’information à savoir :  la liberté de presse, la liberté d’information et d’émission par la radio et la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication  (pour le premier aspect) et le dispositif normatif  offrant à tout citoyen la faculté de demander les informations ou d’accéder aux archives de tous les services publics (pour le deuxième), je peux soutenir que cette loi offre l’opportunité de combler beaucoup de lacunes pour la prise en compte  et le respect des droits des hommes et des femmes.

            Dans une société engagée dans le processus démocratique comme la RDC, il est important que la femme qui représente, en poids démographique, un peu plus de la moitié des populations, sache prendre place comme l’homme, dans le débat public en vue de résoudre les problèmes contemporains de la vie.

            Cela n’est possible que si dans les contenus des médias, elle y a accès au même titre que l’homme : comme source ou détentrice d’informations et professionnelles dans le traitement de l’information. A ce titre, beaucoup reste à faire, car les études menées sur les questions de genre dans les médias ont révélé que les femmes s’expriment ou interviennent dans les médias à 22% contre 78% pour les hommes. Elles sont représentées dans les rôles plus limités que les hommes dans les contenus médiatiques.

            Des messages ou informations véhiculés dans les médias comportent souvent des solides partis concernant les rôles de la femme et de l’homme dans la société. Dans la majorité de cas, soit les femmes n’existent presque pas dans les informations soit elles sont montrées dans quelques rôles secondaires ou avilissants.  La loi sur l’accès à l’information peut se présenter comme une réponse pour ouvrir plus de possibilités de sources aux médias en vue de présenter des contenus équilibrés en matière d’égalité hommes/femmes.

            Par ailleurs, la situation des femmes congolaises, plus analphabètes que les hommes  se présente plus préoccupante sur le deuxième aspect de la loi dans la mesure où, on ne peut demander des informations ou accéder aux archives de services publics que si on a un certain niveau d’instruction. Et la majorité des femmes sont marginalisées. Or elles ont des besoins d’informations spécifiques  par rapport aux droits légaux, à la gouvernance, à l’éducation et la formation, à l’accès à l’emploi et aux ressources économiques, à la santé, aux violences basées sur le genre et particulièrement les violences sexuelles, etc pour améliorer leur vécu et réduire les écarts entre elles et les hommes. Cela est d’autant plus pressant qu’il conditionne le vrai développement.

La majorité de femmes congolaises perdurent dans une situation de pauvreté, de victime à cause de manque d’informations. Elles ont, peut être, le pouvoir de changer leur situation, mais les pouvoirs publics aussi ont l’obligation de les aider à sortir de leur ignorance. Et l’adoption d’une loi sur l’accès à l’information se présente comme un grand pas à franchir.

Je vous remercie.

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