AMP : comment gérer les dégâts?

 

En apprenant l’existence d’une liste mise en circulation au Palais du Peuple par l’AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle) et ayant déjà récolté plus de 300 signatures destinées à enclencher le mécanisme lié à la révision constitutionnelle, l’opinion publique congolaise ne se doute plus de la volonté de cette famille politique de modifier les règles du jeu lors des scrutins attendus dans dix mois. Cela va certainement faire des dégâts difficiles à évaluer dans les cœurs et les esprits, dans ce Congo où des divergences visiblement inconciliables sont apparues entre « pro » et « anti » révision constitutionnelle.

La participation des ecclésiastiques au débat, avec un refus appuyé contre ce qui est perçu comme une initiative visant à fausser les bases du jeu démocratique, est fort révélatrice des enjeux et de la volonté d’un groupe de dribbler le souverain primaire pourtant unique arbitre des rencontres électorales à tous les niveaux, mais surtout à la magistrature suprême du pays.

L’idéal serait que députés et sénateurs acquis à la thèse de la révision de la Constitution et de la Loi électorale aillent vers le public, pour prendre son véritable pouls et recueillir le feedback de l’option levée. Ceci leur éviterait d’avoir contre eux une opinion publique intérieure non convaincue de l’impératif de revisiter la loi fondamentale de la République et, partant soupçonneuse du pouvoir de chercher à tricher. L’image du recours à une pratique malsaine pour chercher à fausser les élections risque de rester figée dans les esprits, au point d’inciter le grand nombre au vote-sanction contre les « fraudeurs », au lieu d’un vote bonificateur des mérites.

Si le pays pouvait disposer de structures sérieuses de sondages, l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) comme l’Opposition, parlementaire et extra-parlementaire, seraient déjà en train de lire les signaux négatifs d’une sourde contestation populaire contre le projet de révision de la Constitution. C’est en pareilles circonstances en effet que les décideurs politiques saisissent le mieux ce que les citoyens des villes et des villages pensent réellement de leurs initiatives.

Hélas, les instituts de sondages, ces précieux instruments de mesure de l’opinion publique, de la température du Congo profond, font présentement défaut. Ils auraient au moins servi à quelque chose. Qu’à cela ne tienne ! Les Congolais ne s’enthousiasment guere d’apprendre que leur Constitution va être amendée, quatre ans seulement après sa promulgation. L’argumentaire avancé pour aller dans le sens de sa modification, sème le doute, comme ce fut le cas en 2008.

Nos compatriotes se souviennent que le Président de la République, fort heureusement guidé par le sentiment de ne pas aller contre la volonté populaire, avait décidé de faire marche arrière hier, devant le Parlement réunion en Congrès en décembre 2008, en proclamant sa ferme opposition à l’idée, lancée par sa propre famille politique, de procéder à une révision constitutionnelle. Qu’est-ce qui a changé, pour que ce qui était rejeté hier revienne en force à la surface ?

Jacques Kimpozo

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