Amnistie : ces rebelles aux identités volatiles !

makengaL’opinion congolaise devrait, à priori, se réjouir de l’établissement, par les autorités congolaises, d’une liste noire des rebelles du M23 non éligibles à l’amnistie et à l’intégration au sein des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Cette déclaration d’intention est d’autant louable qu’elle rencontre l’état d’esprit de la majorité des Congolais, qui ne comprennent rien aux contacts suivis entre ceux qui les gouvernent et cette rébellion à Kampala.

Seulement voilà ! Le pays dispose-t-il d’un fichier fiable de tous les infiltrés d’hier et d’aujourd’hui « brassés » et « mixés » et qui font la navette entre l’armée nationale et les mouvement rebelles, au grès des circonstances ? La RDC a-t-elle les moyens de contrôler les mouvements des soldats et officiers étrangers qui passent la frontière tantôt pour venir renforcer les rangs des groupes armés, tantôt pour infiltrer les contingents de ceux-ci présumés candidats à la reddition, sous la supervision de la Monusco, voire du commandement provincial des FARDC ?

Makenga et les autres

Il a été démontré, lors de sa révocation des FARDC en juillet 2012, que le colonel Sultani Makenga serait en réalité un sujet rwandais répondant au nom de Ruzandiza. Même alors, personne ne sait qui se cache réellement derrière les masques de Makenga et de Ruzandiza. On se souvient qu’à l’époque, plusieurs officiers supérieurs de notre armée passés au M23 et ayant subi le même sort que le précité, avaient été sanctionnés sous des noms et des prénoms d’emprunt.

Un autre ancien officier supérieur des FARDC, Laurent Nkunda ou Nkundabatware de triste mémoire et de l’âge d’or du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), l’ancêtre du M23, avait réussi à se faire passer pour un citoyen congolais de 1998 à 2004. Depuis l’époque du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), un mouvement rebelle pro-rwandais, il a évolué dans la chaîne de commandement des troupes loyalistes au Nord-Kivu et au Sud-Kivu avant d’entrer dans la dissidence, à partir de juin 2004 à Bukavu, en compagnie d’un autre infiltré connu sous l’identité de Jules Mutebusi.

Neutralisé ou plutôt retiré de l’échiquier congolais au début de l’année 2009, il était présenté plus tard comme ressortissant du Rwanda, en réponse à la demande d’extradition adressée par Kinshasa au régime de Kigali. Depuis lors, l’homme qui est censé se trouver en résidence surveillée dans la capitale rwandaise est signalé comme régulièrement en contact avec ses poulains du M23.

Un autre cas intriguant au niveau du commandement des FARDC est celui du général Bosco Ntaganda, successeur de Laurent Nkunda ou Nkundabatware à la tête du CNDP. Il s’agit en fait d’un vieux baroudeur qui avait roulé sa bosse dans plusieurs mouvements rebelles congolais de 1998 à 2012 (RCD, RCD/K/ML, UPC, CNDP) mais aussi sous la bannière des FARDC, grâce au phénomène de « brassage » et « mixage ». Présenté comme un des socles de la paix au Nord-Kivu après la signature de l’Accord du 23 mars 2009 entre le gouvernement et le CNDP, il a longtemps joui de la protection de Kinshasa face aux mandats d’arrêt ficelés contre lui par le Procureur Moreno Ocampo de la CPI (Cour Pénale Internationale), qui l’accusait pourtant de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il n’a finalement évacué la scène qu’en mai 2012, dès la mutation du CNDP en M23. Une fois sa mission au Congo terminée, il a retraversé la frontière pour se constituer prisonnier à l’ambassade des USA à Kigali, en vue de son transfèrement au centre pénitencier de la CPI à La Haye. Et selon son CV au niveau de cette juridiction internationale, il serait d’origine rwandaise. Mais nul ne peut affirmer que Bosco Ntaganda répond réellement à l’identité lui collée avant son intégration au sein du corps des officiers des FARDC.

Et, il y a des milliers de soldats et officiers rwandais, tant au sein de l’armée nationale que des groupes armés congolais, dont le signalement est sujet à controverse.

Qui est criminel et qui  ne l’est pas ?

Quant à savoir qui est criminel et qui ne l’est pas au sein des combattants du M23, c’est une tâche impossible à ce stade. Car, celui que l’on croit être Jean ou Jacques,  James ou Juvénal, Makenga ou Kabongo, Amisi ou Musafiri, Nkunda ou Lumingu… cache en réalité un étranger. En principe, on ne devrait évoquer à Kampala ni amnistie, ni réintégration, ni désarmement, ni réinsertion. Car, ce mouvement rebelle qui fait tant de mal aux Congolais, ne peut pas comporter des saints dans ses rangs. Permettre à cette rébellion de présenter une liste de candidats à l’amnistie serait ouvrir la brèche à une vaste tricherie.

De même, des patriotes congolais ne veulent plus entendre parler des sujets tels que ceux en rapport avec des compensations financières pour des biens des rebelles expropriés… des présumés réfugiés congolais éparpillés entre l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi ou déplacés internes…un mécanisme de suivi d’un éventuel Accord entre Kinshasa et le M2. D’où, d’aucuns pensent que la poursuite des négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et ce mouvement rebelle est suspecte. S’il y a, dans le chef des décideurs politiques de Kinshasa, une volonté réelle de rétablir la paix, l’autorité de l’Etat et l’intégrité territoriale au Nord-Kivu, il n’y a pas d’autre alternative que d’exiger, à la facilitation ougandaise, un délai butoir au M23 pour son auto-dissolution. Dans le cas contraire, toutes les spéculations seraient ouvertes au sujet d’un agenda que l’on cache aux Congolais.

Kimp

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