Ambassadeur de l’UE en RDC : Richard Zink : « Le Phare est le journal le plus lu dans les chancelleries »

« C’est une opportunité pour moi d’apprendre vos réalités », a déclaré hier, mercredi 26 octobre 2011, l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC, Richard Zink, à l’éditeur du journal le Phare, Polydor Fortunat Muboyayi Mubanga, en arrivant à notre rédaction. Accompagné de son chargé de communication, Cyprien Banyanga, le diplomate a cependant surpris les journalistes de cet organe de presse en leur apprenant que « votre journal est le plus important et le plus lu dans les chancelleries occidentales ». L’éditeur l’a remercié pour cette information qui échappait à la rédaction jusque-là.

Avant de répondre aux questions des journalistes, l’ambassadeur Zink s’est longuement entretenu avec l’éditeur sur la situation de la presse congolaise. « Je me demande chaque jour que font les journaux congolais pour paraître avec des pannes récurrentes de l’électricité », a dit le diplomate. Le patron du quotidien de l’avenue Lukusa a profité de l’occasion pour lui faire un état des lieux succinct du journal le Phare et de la presse congolaise. Le diplomate d’origine allemande a appris que créé le 8 septembre 1983, Le Phare a 28 ans cette année. Le canard a connu les derniers soubresauts du régime Mobutu, son personnel a été victime des arrestations, des tortures, le journal a connu le plasticage. « Mais tout cela ne nous a pas découragés. Nous continuons à faire notre travail en toute responsabilité », a déclaré l’éditeur du journal Le Phare.

Il a poursuivi en signalant au diplomate européen que « rien n’est produit localement dans tout ce qui est comme intrants pour la production d’un journal. Le pays, malgré la présence d’une grande forêt, n’a pas une industrie de pâte à papier. Donc, tout est importé». Le diplomate a réagi en déclarant que « tout est importé sauf les cerveaux ». A la question du diplomate de savoir s’il n’a jamais existé une usine de papier dans ce pays, l’éditeur du journal le Phare a déclaré qu’il y en avait une à Kingabwa, qui produisait du papier qui n’était pas de bonne qualité pour la presse. « On pratique le journalisme des pays pauvres 51 ans après l’indépendance du pays, on espère que cela ne va pas s’éterniser », a dit Polydor Muboyayi.

Toujours dans le registre des médias, le diplomate européen a appris de son interlocuteur que le pouvoir d’achat des Congolais est faible, la consommation du journal aussi est faible. « Mais Le Phare est bien consommé même s’il perd beaucoup par la vente des journaux en photocopie. Ces photocopies expriment clairement qu’il ya un besoin de lecture du journal dans le public. Si on pouvait produire le journal à faible coût, c’est le produit lui-même qu’on acheterait », a dit Muboyayi.
Pour le patron du quotidien Lukusa, les choses pourront évoluer dès qu’il y aura augmentation du pouvoir d’achat. La perte du pouvoir d’achat s’est amplifiée avec les pillages de 1991 et 1993. Les grands consommateurs des médias sont les fonctionnaires et les enseignants, mais quand on regarde leurs revenus, on se rend vite compte qu’ils ne sont pas en mesure de consommer le produit.

Elections

Au chapitre des élections, le patron du quotidien de l’avenue Lukusa a déclaré que le rôle de la presse est d’être la sentinelle des élections, elle doit livrer aux électeurs l’information sur les candidats, leurs programmes de gouvernement et les éclairer sur tout ce qui se passe sur ce processus électoral. « Nous sommes indépendants, nous sommes fiers de l’être, nous n’avons nullement l’intention de mettre le feu à la maison, nous allons travailler en toute responsabilité », a-t-il dit à son interlocuteur.

Prenant la parole, l’ambassadeur de l’Union européenne a déclaré qu’il était fasciné par le discours intellectuel qu’il entend dans le pays et par la liberté d’expression. Avec des radios étrangères et télévisions captées en Rd Congo, il estime que « le pays a ses fenêtres ouvertes. »
Qui est Richard Zink ? Le diplomate qui ne s’est pas trop étendu sur sa carrière de diplomate, a indiqué qu’il a passé 4 ans au Nigeria à l’époque du président Babangida, 4 ans en Ethiopie et 4 ans en Afrique du sud. Il a signalé qu’au Nigeria il y avait la parution de 40 journaux par jour, tout y était permis, sauf critiquer le président de la république. Avec l’internet, les médias ont beaucoup de défis à relever maintenant, a dit le diplomate européen. L’éditeur du journal le Phare est d’accord avec lui sur cette question, mais le drame, estime-t-il, c’est que beaucoup de gens n’aiment pas s’abonner pour lire les journaux en ligne. « Depuis que le Phare a son propre site gratuit, il y a beaucoup d’internautes qui lisent le Phare. Aujourd’hui, par exemple, il y avait plus de 500 internautes branchés sur le site du journal à midi. »

Répondant aux questions des journalistes, sur le chapitre des actions de l’Union européenne en RDC, le diplomate a signalé que les observateurs européens venaient d’arriver. 144 observateurs sont attendus, une partie est pour le long terme et une autre arrivera 10 jours avant les élections. Il a signalé l’arrivée de 6 parlementaires européens pour observer ces élections. D’autres pays, comme la Belgique, enverront aussi des missions importantes d’observateurs. Il espère que les élections vont bien passer. Pour lui, c’est maintenant, avant les élections qu’il faut mettre fin à toutes les suspicions « en donnant accès au serveur central et en publiant la liste des électeurs ». A ce sujet l’éditeur du journal a dit au diplomate européen qu’il avait déploré la réaction de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à la déclaration de la Fondation Carter.

L’UE, a-t-il dit, finance les élections en Rd Congo par le truchement du PNUD avec 47,5 millions d’euros. Pour la sécurisation des élections, l’UE, à travers ses missions EUSEC et EUPOL qui joue un rôle important dans la formation de la police et le matériel de communication pour un montant de 2 millions d’euros. L’UE a appuyé l’organisation d’un recensement qui a abouti à la délivrance de la carte biométrique à chaque policier et chaque militaire. Cela permettra des données statistiques disponibles. Pour le moment, on a 100.000 militaires et pas plus. Sur la question des bavures policières, le diplomate européen a déclaré que la RD Congo n’est pas le seul pays au monde où il y a des manifestations. « Nous suivons le travail de la police de très près, car la police qu’un équipement létal », a dit le diplomate.

A la question de savoir si l’équipe d’observation électorale de l’UE fera mieux son travail que celui de 2006, le diplomate a répondu qu’il n’était pas là en 2006, mais d’une façon générale, on avait dit que les élections y étaient bien passées. L’équipe actuelle est plus large et sa présidente est une Bulgare qui a travaillé en Afrique, notamment au Nigeria, au Soudan et au Togo. Comme elle vient d’un pays qui est sorti du socialisme et a connu beaucoup de problèmes, elle va bien cerner les défis et les problèmes. Dans tous les cas, c’est une mission indépendante et il faut discuter avec elle.
Il a souligné le fait qu’auparavant il y avait l’ambassade de la commission européenne, aujourd’hui c’est l’ambassade de l’Union européenne. « Le statut a changé, le travail aussi », a-t-il dit. Il a parlé de 10ème FED qui a réservé à la RDC 650 millions d’euros à titre d’aide non remboursable. Chaque année, l’Union européenne octroie à la RD Congo 45 millions d’euros en moyenne par an à titre d’aide humanitaire.

Les routes

Richard Zink a signalé qu’une grande partie de l’assistance de l’union européenne va dans des routes. Il a indiqué grâce à l’apport de l’UE plus de 2000 Km des route ont été rouvertes pendant les derniers cinq ans. Elle a équipé l’Office des routes qui travaille dans plusieurs coins du pays comme à Mbandaka, Lisala, Bandundu, Bukavu, Goma, Mongata, Kananga, Beni, et bientôt ce sera à Maniema. Il a signalé qu’aujourd’hui, avec l’aide de l’UE, on peut prendre sa voiture et aller de Goma à Bukavu sans problème. Il en est de même en ce qui concerne la route Mbandaka- Bikoro ; Lufimi- Kenge- Kwango. Il a signalé qu’une réunion devra se tenir à Bruxelles pour appuyer la construction de la route Kashamba- Tshikapa pour un montant de 50 millions d’euros.

A la question de savoir pourquoi l’union européenne ne communique-t-elle pas en ce qui concerne les routes réhabilitées et laisse le gouvernement les mettre dans le cadre de 5 chantiers, Richard Zink a déclaré qu’il n’a pas voulu être celui qui fait des promesses et qui ne réalise rien. La phase actuelle est de faire le travail et non des promesses. Actuellement, le programme est avant tout de rouvrir le pays en faisant en sorte que le trafic routier puisse augmenter.

La gouvernance

La gouvernance est le deuxième secteur que l’UE appuie la Rd Congo. L’UE, a dit l’ambassadeur, collabore avec le ministère de la Justice, ceux de la Décentralisation et des Finances publiques pour l’introduction de la TVA, la promotion du commerce et des finances publiques. Il a formulé le vœu de voir l’OHADA être rapidement d’application dans le pays pour encourager les investissements non seulement des étrangers, mais aussi des Congolais nantis. Come tous les autres pays du monde, il espère que le pays fera des progrès avec le secteur privé qui doit jouer son rôle naturel de principal moteur de développement.
Il a signalé que la plus grande partie de l’aide à la RDC passe par le Fonds européen de développement (FED) qui, pour la période de 2008- 2013, le 10ème FED s’élève à 634 millions d’euros. Bientôt, a-t-il dit, il y aura le 11ème FED et il faudra définir les priorités pour les six ans à venir.

La santé

Le troisième secteur dans lequel intervient l’UE est la santé. L’UE organise des fournitures des médicaments pour les hôpitaux et les dispensaires dans le deux Kasaï, la Province orientale et le Sud- Kivu.

L’environnement

Le diplomate a signalé que l’UE s’implique dans les questions environnementales à Kisantu, Mbandaka et Kinshasa. L’UE a beaucoup investi dans le parc des Virunga et cette année, avec le tourisme, le parc des Virunga a produit 1 milliard des dollars. De telles actions ont été entreprises aussi pour les parcs de Salonga, Upemba et Garamba. L’environnement c’est aussi les forêts.

A la question de savoir quel est l’apport de l’UE dans le secteur de l’enseignement, Richard Zink a admis que l’UE n’était pas dans l’éducation et ne peut pas aller dans tous les secteurs. « L’UE doit se limiter et n’a pas l’ambition de s’engager partout », a-t-il dit. Il en est de même en ce qui concerne la presse où l’Ue n’a pas un programme spécifique. L’éditeur du Phare est venu à la rescousse du diplomate en déclarant qu’entre 2004 et 2007, l’UE, à travers la structure dénommée GRET, avait permis le financement de plusieurs activités organisées par la presse congolaise. Aujourd’hui, le projet est récupéré par la Grande Bretagne qui collabore avec la France dans ce domaine. Le chargé de communication de l’UE a indiqué qu’il y a des financements réservés aux acteurs non étatiques qui pouvaient aussi aider à financer les activités de la presse congolaise, mais malheureusement il n’y a pas de projets bancables.

Jean-René Bompolonga

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