Alors que Museveni s’active à Kampala : la SADC disqualifie la Monusco !

 

Kampala, capitale de l’Ouganda, qui abrite depuis le 09 décembre 2012 les négociations entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23, a accueilli le vendredi 25 janvier 2013, une réunion des chefs d’état-major des armées des pays membres de la SADC (Communauté de Développement des pays de l’Afrique Australe). Lors du compte-rendu fait à la presse, le patron de l’armée ougandaise, le général Aronda Nyakairima, a surpris plus d’un observateur en affirmant que les galonnés de ces deux sous-régions de l’Afrique ont convenu de solliciter, auprès de l’Union Africaine et des Nations Unies, le remplacement de la Monusco par la Force Internationale Neutre.

Cette dernière, a-t-il soutenu, devrait être composée des troupes entièrement africaines, qui ont une meilleure connaissance du relief du continent que des soldats d’autres continents qui se retrouvent dans les rangs des casques bleus. A leur avis, la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo) a largement montré ses limites. Car, depuis qu’elle est là, la RDC n’est ni pacifiée, ni stabilisée.

Attention au piège

Pour nombre d’analyses des questions politiques, militaires et sécuritaires de l’Afrique Centrale et des Grands Lacs, les autorités congolaises devraient faire très attention à une démarche qui s’apparente à un dangereux piège. Il est en effet fort surprenant de voir des chefs des armées des Etats de l’Afrique Centrale, Orientale et Australe choisir l’imminence du déploiement des drones et de la Force Internationale Neutre version Monusco dans l’Est du pays pour sortir du chapeau une proposition incongrue. Où se trouvaient ces présumés amis du Congo au moment où le Rwanda et l’Ouganda, sous le label du M23, décidaient de faire couler de nouveau le sang des filles et fils du Congo et de piller leurs ressources naturelles, à compter du mois d’avril 2013 ?

Quelle serait l’efficacité d’une Force Internationale Neutre entièrement composée d’officiers et soldats africains, quand on voit ce qui se passe au Mali, où toute l’Afrique a ses yeux tournés vers la France pour chasser les groupes terroristes qui occupent la moitié de son territoire voici plusieurs mois ? N’eut été l’intervention de l’armée française, qui a dû mobiliser ses troupes, ses blindés, ses avions et ses hélicoptères de combat, pour sauver le Mali du naufrage, quel est ce pays ou cette armée du continent capable défier les groupes terroristes islamistes qui avaient pris le peuple malien otage ?

En termes d’efficacité, les armées africaines ont la triste réputation de ne mater que les populations civiles et les leaders d’opinions sans armes. Dès qu’un mouvement insurrectionnel armé se déclare dans un pays, l’armée régulière étale toutes ses faiblesses sur la place publique. L’Afrique l’avait vécu en 1994 lors de la marche des rebelles de l’APR (Armée Populaire du Rwanda) sur les FAR (Forces Armées du Rwanda) de Juvénal Habyarimana. L’histoire s’était répétée en 1996-1997 lors de l’épopée des « Kadogo » de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) contre les ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises) de Mobutu. On se souvient qu’en 1997, les troupes de Sassou avaient mis en déroute, en quelques semaines, celles de l’armée régulière de Pascal Lissouba au Congo /Brazzaville. L’on ne saurait oublier la marche victorieuse de la rébellion du général François Bozizé en 2003 jusqu’à Bangui, malgré le soutien apporté par des mercenaires à l’armée régulière, celle du président Ange Félix Patassé. Il y a moins d’un mois, le président Bozizé a failli lui-même être balayé par la rébellion de Séléka, qui a mis en déroute son armée et occupé près des 3/4 de la République Centrafricaine.

Il serait risqué, pour les officiels congolais, de compter sur des armées nationales africaines dont la plupart sont incapables de sécuriser les Etats dont elles sont chargées d’assurer la défense. Plutôt que de tomber dans le piège de la disqualification de la Monusco, dont la visée  cachée est l’éloignement d’un témoin gênant de la partie Est du pays, où les drones pourraient  faire découvrir au monde entier un tas de délits d’initiés, les officiels congolais ont intérêt à faire confiance à cette force onusienne, en dépit de ses faiblesses. Par ailleurs, l’idée de construction d’une nouvelle armée nationale, républicaine et dissuasive, dont rester plus que jamais d’actualité, de même que la recherche d’un consensus national à même de fédérer les forces politiques et sociales internes, en vue de la sauvegarde des intérêts de la patrie.

Museveni enfin optimiste

 Les chances de poursuite des négociations entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 semblent de nouveau  très franches à Kampala. Tout au long du week-end dernier en effet, le président Yoweri Museveni, médiateur officiel de ce dialogue congolo-congolais, a reçu séparément les deux délégations en vue de leur garantir d’abord sa neutralité et ensuite d’aplanir les divergences apparues entre elles dans le processus d’évaluation de l’Accord du 23 mars 2009.

Le président ougandais a chargé le Secrétariat technique de la facilitation de revisiter, avec chaque partie protagoniste, les amendements apportés au texte de base d’abord, ensuite les nouveaux termes de référence adoptés par consensus et enfin les points de désaccord restés en suspens. Il a fait savoir aux uns et aux autres que toutes les questions, aussi bien politiques, sécuritaires, sociales qu’économiques, allaient être mises sur la table, quitte aux unes et aux autres de lever des options définitives au sujet de celles qui devraient faire l’objet d’un nouvel accord.

Au vu de la disponibilité des délégués de Kinshasa comme de ceux de Bunagana à poursuivre le dialogue, Yoweri Museveni s’est même permis d’afficher son optimisme quant à l’atterrissage en douceur des négociations de Kampala. Toutefois, aucune date précise de la reprise des pourparlers interrompus depuis le mardi 22 mars n’a été avancée, en raison des absences de Raymond Tshibanda, ministre congolais des Affaires Etrangères et de son homologue ougandais Crispus Kiyonga de la Défense, partis à Addis-Abeba participer au sommet de l’Union Africaine.

Jacques Kimpozo

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