Alors que les FARDC acculent le M23 : Goma, la population redoute une trahison de Kinshasa

La rumeur du limogeage du colonel  Mamadou Ndala des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), commandant des opérations au Nord-Kivu, a jeté des centaines de jeunes de la ville Goma sur l’axe Katindo-Goma ainsi que sur la route de l’aéroport durant toute la matinée d’hier jeudi 17 juillet. Selon des sources locales, des femmes des militaires se seraient mêlées aux manifestants. Pendant plusieurs heures, des barricades étaient dressées sur ces deux voies principales du chef-lieu du Nord-Kivu, y bloquant la circulation automobile.

Certains extrémistes se sont même permis de se positionner dans les installations de l’aéroport, prêts à empêcher le décollage de tout aéronef chargé de ramener le colonel Mamadou Ndala à Kinshasa.

On signale que sous cette forte tension, des véhicules des Nations Unies ont essuyé des tirs de projectiles. Tous protestaient contre ce qui apparaissait à loeurs yeux, comme un nouveau coup fourré porté aux FARDC.

            L’atmosphère était tellement surchauffée que le gouverneur Julien Paluku a dû lancer un appel au calme à travers les médias, attribuant la nouvelle du prétendu rappel du colonel Mamadou à Kinshasa à une campagne d’intoxication orchestrée par le M23 et ses parrains rwandais. Peu après ce message, le colonel Mamadou en personne est intervenu à son tour pour démentir la rumeur de son retrait du front. Rassurant, il a fait savoir à la population que jusqu’à preuve du contraire, il n’a reçu aucun ordre de mutation de la part de son supérieur direct, le général Bauma, commandant de la 8me Région Militaire.

Les deux sorties médiatiques, indique-t-on, ont eu pour effet immédiat de faire baisser la tension et de faire tomber toutes barricades dressées à travers les artères principales de la ville. Ainsi, la situation a pu se normaliser dans l’après-midi.

Crainte d’une trahison de Kinshasa

            La réaction épidermique de la population de Goma face à la rumeur d’une mise à l’écart du commandant des opérations est liée, croit-on savoir, au cauchemar de la chute de la même ville entre les mains des rebelles du M23 en novembre 2012, après que des contre-ordres aient démobilisé les troupes des FARDC qui tenaient les différents verrous établis pour faire échec à leurs incursions. Les images de l’abandon inexplicables de la base de Rumangabo d’abord puis de la cité de Rutshuru ensuite au même mouvement rebelle quelques mois plus tôt, au moment où les FARDC étaient sur le point de l’écraser, sont également remontées à la surface.

            La population du Nord-Kivu en général et de la ville de Goma en particulier n’est pas prête d’oublier les revers divers subis dans le passé par les troupes régulières sur la ligne de front à cause des cas d’abandon volontaire des stocks d’armes lourdes et de munitions à l’ennemi, suite à des consignes en provenance de nulle part. Afin d’anticiper sur un éventuel nouvel épisode de trahison, à l’heure où les nouvelles du front font état de la nette supériorité des FARDC sur le M23 sur différents fronts, notamment à Motaho, Kibati, Buhama, Vubiro et ailleurs, et de la libération en série de plusieurs localités de cette province, les Gomatraciens ont décidé de faire entendre leur voix.

            Ce signal fort lancé en direction des autorités civiles et militaires, tant nationales que provinciales, traduit le ras-le-bol des compatriotes qui tiennent à avoir clair dans la guerre de l’Est. La voix de la « rue » se veut un avertissement aux ennemis de la paix tentés d’assener un nouveau coup fourré aux FARDC, dont le comportement sur le front répond cette fois -ci au profil d’une force de défense dont rêve, depuis plus de 15 ans, le peuple congolais. Les succès militaires engrangés depuis le dernier week-end par nos compatriotes sous le drapeau font penser à nombre de Congolais que Goma pourrait constituer le point de départ de la campagne de libération de l’ensemble de la province.

            Ce qui s’est passé hier au chef-lieu du Nord-Kivu démontre aussi que la guerre de l’Est n’est plus l’affaire des seules FARDC mais aussi celle des populations civiles fatiguées de vivre continuellement dans la peur, devant une nébuleuse rebelle qui ne survit que grâce aux complicités internes. S’il y a des traîtres à la cause de la patrie sur le front de l’Est ou des éléments anti-patrie tentés de trahir une fois de plus, la population de Goma vient de leur montrer que les temps ont changé.

                              Kimp

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