Agir ensemble contre toutes les violences basées sur le genre

femme_africaineEn tant que représentants de la société civile congolaise, du Gouvernement de la République Démocratique du Congo et de l’Organisation des Nations Unies en RDC, nous tenons à montrer notre engagement et notre solidarité dans l’élimination de toutes les formes de violences à l’égard des femmes.  

 Les violences physiques, et en particulier les violences sexuelles dont sont victimes un trop grand nombre de femmes, sont les plus visibles et les plus marquantes.

Dans les pays en conflit, le corps des femmes devient une arme de guerre et la République Démocratique du Congo n’a pas fait exception. Les chiffres sont dramatiques et révèlent l’ampleur et la profondeur de ces violences : 10 322 cas de violences sexuelles et basées sur le genre ont été rapporté en 2011 et ce nombre a augmenté d’un peu plus de la moitié (52%) en 2012, soit 15 654 cas. Ils interpellent notre conscience individuelle et collective. Face ce drame, l’inaction est aussi périlleuse que le traumatisme subi par les milliers de femmes et de filles.

La première manière d’agir est de briser la chaîne du silence qui entoure généralement ce fléau. Nous appelons tous les hommes et toutes les femmes de la République Démocratique du Congo à dénoncer tous les crimes, et en particulier les crimes sexuels qui blessent trop souvent les femmes et les filles. Les violences sexuelles tirent leur source des inégalités structurelles  entre les femmes et les hommes. Il faut donc améliorer le statut de la femme et de la fille pour les éradiquer.

            Ensemble, et à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes célébrée le 25 novembre, nous dénonçons et combattons toutes les formes de violences basées sur le genre. Outre les violences physiques, les femmes subissent de réelles violences sociales et psychologiques. Moins visibles, elles n’en sont pas moins destructrices et traumatisantes pour chaque femme, et également pénalisantes et contreproductives pour le développement de la République Démocratique du Congo.

            L’exclusion précoce des jeunes filles du système éducatif est une injustice importante, qui représente le premier frein à un développement égalitaire et à la valorisation d’une société juste. La proportion de femmes sans instruction est quatre fois plus élevée que celle des hommes (21 % contre 5 %). Parallèlement, plus de 80% des anciennes victimes des violences sexuelles n’ont pas achevé l’école primaire. La privation de la formation est une des premières violences que subissent les jeunes filles ; elle aura des conséquences tout au long de leur vie.

            Cela réduit les chances d’une autonomisation économique, d’une inscription complète dans la vie sociale, ou encore d’avoir une voix qui porte dans les instances décisionnelles.

            Nous nous levons aussi contre les mariages précoces en nous adressant directement au cœur de tout homme ayant pris en mariage une fille qui n’en avait pas l’âge légal, à l’esprit de ceux qui ont accepté la dot et à la responsabilité des instances, traditionnelle ou moderne, qui a formalisé ou béni cette union injuste et enfreignant les droits humains.

            Il faut également lutter contre ce que nous appelons la « violence économique » et qui regroupe toutes les barrières à l’entrée totale des femmes dans l’activité entrepreneuriale légale et florissante. Les femmes doivent avoir les moyens d’investir afin de créer de la richesse et préparer leur avenir et celui de leurs enfants.

            Enfin, il faut de toute urgence palier au déficit de participation des femmes dans toutes les instances représentatives. Dans ce sens nous appelons le parlement à mettre rapidement en œuvre la proposition de renforcer la présence des femmes sur les listes électorales appuyée par le Président Joseph Kabila suite aux concertations nationales. C’est une initiative très positive et qu’il faut absolument saisir et appuyer.

            Le thème de la campagne de cette année, « de la paix chez soi à la paix dans le monde: mettons fin à la violence contre les femmes! » reflète parfaitement l’approche que nous venons d’évoquer : il faut éliminer la violence à l’égard des femmes à tous les niveaux et dans toutes les sphères.

            Il n’y aura pas de paix, pas de stabilité en République Démocratique du Congo sans la pleine participation des femmes à la vie sociale, économique et politique. Pas d’égalité entre les Hommes sans une égalité de genre.

            Nous avons la conviction qu’ensemble, nous pouvons assurer aux femmes et filles de la RDC, un avenir meilleur et leur procurer un environnement social sans violence, ni discrimination.

 

            Martin Kobler, Représentant Spécial du Secrétaire général  des Nations Unies en RDC ; Géneviève Inagosi-Bulo I. Kassongo, Ministre du Genre, de la Famille et de l’Enfant ; Françoise Ngendahayo, ONU Femme ; Bosingizi Sulia Jeanette, Coordinnatrice de l’ONG Logos 1er et Lauréate de Femme de Courage de la RDC éditions 2012 ; Jean René Beya, Président de l’ONG Kin-Cristal ; Kadima Kanyinda, Presidente de l’ONG Innovation et 29 autres représentantes et représentants d’organisations congolaises ; Thérèse Kulungu, Secrétaire Exécutive de la Fondation Panzi ; Descartes Mponge, President de la Societe-Civine du Sud-Kivu ; Colbert Ngongo Lusana, Vice-Président de l’Assemblée Provinciale du Sud-Kivu ; Adele Safi Kagarap, présidente de de la Marche Mondiale des Femmes ; Viviane Okonkwa, Action pour le développement intégral de la jeunesse et de la Femme. 

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