Affaire «Morgan» : la version officielle relance le doute

M. Paul SADALA, alias « Morgan », ancien chef d’une milice opérant dans le district de l’Ituri, serait mort le 14 avril dernier au village de Molokaï des suites des traumatismes dus aux tortures subies. Tel est le résultat du rapport établi avant-hier par le général-major Mukuntu Kiana, premier avocat général près la Haute Cour Militaire qui avait été chargé des enquêtes judiciaires au lendemain de la mort de ce chef milicien. Avant d’autoriser l’inhumation du corps de l’infortuné 34 jours après son décès. Toujours selon le rapport de l’examen radiologique, il a été constaté des blessures profondes causées par un objet tranchant, des fractures au niveau du tibia et d’autres blessures par balles.

         Le général-major Mukuntu Kiana a aussi déclaré disposer des informations nécessaires de nature à déclencher des poursuites judiciaires dans un proche avenir. Et de rappeler que le général Fal SIKABWE, commandant de la Zone opérationnelle des FARDC en Ituri et certains éléments de sa garde rapprochée avaient été auditionnés au lendemain de la mort du chef milicien.

         Zones d’ombre

         Est-ce le moment de rendre hommage au député provincial Joseph NDIYA qui avait été le tout premier acteur politique à mettre en cause des militaires des FARDC considérés comme responsables de la mort de ce chef milicien ? C’est peut-être encore tôt, car il faut attendre le dépôt du rapport complet des enquêtes judiciaires et surtout la réouverture du procès à cet effet, dès lors que le responsable des enquêtes judiciaires a déclaré détenir des éléments nécessaires pouvant aboutir à des poursuites judiciaires.

         En attendant, force est de se rendre à l’évidence que les premières informations officielles se sont avérées peu fiables au sujet de la mort de ce compatriote ayant choisi de prendre les armes pour défendre sa cause à l’instar d’autres chefs miliciens dont certains se retrouvent sur le devant de la scène politique avec des responsabilités importantes.

         Il se fait malheureusement que pendant 34 jours, l’opinion a été convaincue.Paul SADALA, alias « Morgan » était mort des suites des blessures au cours d’un accrochage entre lui, ses hommes contre les éléments des FARDC dépêchés pour les escorter vers la ville de Bunia pour s’y installer en attendant d’être transférés vers un centre de formation militaire. Cet homme avait répondu à l’appel lancé par le gouvernement de la République en direction de tous les mouvements politico-militaires en vue de déposer les armes et de rejoindre soit les centres de formation pour leur intégration dans les FARDC soit pour le programme DDRR.

         La main de l’Eternel a joué car ce sont des autorités officielles, dont particulièrement un officier supérieur chargé des enquêtes judiciaires, qui ont rendu un rapport établissant que le défunt a été victime des traumatismes suites aux tortures subies, notamment des blessures occasionnées par un objet tranchant et par des balles d’armes de guerre. Un assassinat pur et simple commis par ceux qui avaient été chargés d’escorter le défunt et d’assurer sa sécurité pour lui-même et ses 42 hommes vers la ville de Bunia. C’est dans ce cadre que l’opinion est restée sceptique et méfiante vis-à-vis de l’assassinat du général Mamadou NDALA, héros de la guerre contre le M23.

La reddition des miliciens mise à mal

         Quel milicien va-t-il se rendre encore aux centres de regroupement pour répondre au programme DDRR ? Cette affaire va inévitablement porter un coup dur à ce programme de DDRR dans la mesure où aucun milicien ne pourra plus se rendre après avoir négocié sa reddition sous conditions et subir ensuite le sort peu enviable et injuste infligé à feu Morgan. Cela risque d’affaiblir très sensiblement l’autorité de l’Etat dès lors que le commun des mortels ne prendra plus au sérieux les informations officielles. A qui profite ce crime ? Qui a intérêt de voir Morgan éliminé ? C’est dans cette direction que l’on pourra connaitre les tenants et les aboutissants de cet assassinat.

Les antécédents de l’histoire

 

         L’histoire politique de ce pays est riche. Au lendemain de l’assassinat de Patrice LUMUMBA à Lubumbashi, les médias officiels de l’Etat sécessionniste avaient diffusé des fausses informations selon lesquelles le tout Premier Ministre du Congo indépendant s’était évadé du lieu de sa détention avant d’être rattrapé quelques heures après par des villageois qui l’exécutèrent sans autre forme de procès. Le colonel TSHIMPOLA et ses compagnons d’armes de l’armée sécessionniste katangaise réfugiés en Angola après leur départ de la Ville de Bukavu en 1967 négocièrent leur reddition avec le gouvernement de Kinshasa. Une fois dans la capitale, ils furent internés au Camp Tshatshi où quatre jours plus tard ils furent exécutés à l’issue d’une parodie de procès et leurs corps jetés dans la forêt équatoriale.

                            F.M.       

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