Affaire Mike Kasenga: Un embargo suspect !

Les hommes et femmes des médias présents le jeudi 31 décembre 2009 dans la salle d’audience du Tribunal de Paix d’Assosa ont cru, de prime abord, à une plaisanterie de mauvais goût, lorsque le président de cette juridiction les a invités à évacuer. Se souvenant du caractère réputé public de l’affaire « Ministère public contre Mike Kasenga », ils ont vivement protesté contre la décision. Mais, ferme, l’homme qui avait la police des débats a maintenu sa position. De guerre lasse, chevaliers de la plume et du micro, cameramen et photographes sont allés installer leurs pénates très loin, en quête des « briefings » des parties en présence, c’est-à-dire des récits assaisonnés avec les ingrédients de l’une ou de l’autre. 

 

            Vous avec dit rétention de l’information ? C’est indiscutable. Pourquoi ? Voilà ce que les « refoulés » du Tripaix d’Assosa voudraient bien savoir. De là à penser que le procès de l’entrepreneur Mike Kasenga cacherait des zones d’ombres, il n’y a qu’un pas que la presse serait fortement tentée de franchir.

            Mais, ce qu’il convient de souligner, c’est le grand flou dans lequel continuent de baigner de nombreux Congolais soucieux de connaître les tenants et aboutissants des marchés publics liés aux routes, dans lesquels le Trésor public engloutit chaque année sinon chaque mois des millions de dollars américains, sans que cela se ressente positivement sur les réseaux routiers nationaux et locaux.

            Comment savoir qui doit à qui, entre l’Etat congolais, qui réclame 2 millions de dollars USD  à Mike Kasenga dans le chantier inachevé de l’avenue Gambela, et cet entrepreneur, qui revendique une facture impayée de 20 millions de dollars USD au premier cité pour des travaux finis des routes au Kasaï Occidental, si la presse n’assure pas une large couverture du procès ? On aimerait avoir des explications sur le silence de l’Hôtel de Ville, maître d’ouvrage, et connaître les avis des experts de l’Office des Routes et de l’OVD au sujet de l’arrêt des travaux.

             Nul n’ignore que dès que s’annonce un marché public en rapport avec une route à Kinshasa ou en provinces, de gros intérêts s’entrechoquent, le plus souvent dans le sens du partage du « gâteau » que de l’exécution du chantier des infrastructures. L’on a appris d’un cadre de la FEC (Fédération des Entreprises du Congo), lors du Forum sur la lutte contre la corruption organisé en fin d’année dernière au Palais  du Palais, que les « commissions » relatives aux marchés publics oscillaient entre 30 et 40%, que les entrepreneurs et opérateurs économiques sélectionnées sur pied des appels d’offres sont tenus de débourser au prorata du montant à encaisser, avant même la libération des fonds. La voracité des décideurs (ministres, conseillers à la Présidence de la République et à la Primature, gouverneurs de provinces, représentants d’organismes financiers internationaux) est telle qu’il est devenu difficile de réaliser des travaux de construction ou de réhabilitation d’une route, d’un hôpital, d’une école, d’un stade, d’une université, d’un édifice public, d’un monument… selon les normes requises.

            A travers le procès « Ministère public contre Mike Kasenga », un pan de voile pourrait peut-être levé sur les dessous de table qui envelopperaient le dossier. Mais, comment éventrer le boa, en cette phase de « Tolérance zéro », si le président du Tribunal de paix d’Assosa persiste à maintenir hors jeu la presse, ce témoin gênant ? Au nom du droit du public d’être pleinement informé des péripéties du procès du patron de la firme « Steve Construct », nous pensons que la hiérarchie judiciaire de notre pays va prendre les dispositions requises pour garantir une large publicité des débats, comme c’était le cas dans l’affaire de 40.000 carats de diamant, ou encore de l’assassinat de Botethi, l’opinion publique nationale serait portée à croire à la cachotterie dans une affaire où l’utilisation de l’argent du contribuable congolais exige d’être clairement justifiée.

 

                                                Kimp

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